60. Le prince Olivier et la molécule enchantée
Le roi, après avoir longuement réfléchi, révèle à Olivier son idée pour faire parler Mei-Ling :
— Mei-Ling est une actrice talentueuse, mais visiblement aussi une diplomate aguerrie. Si elle cache quelque chose, elle ne le confessera jamais. Et il n’est pas envisageable d’utiliser la contrainte. En revanche… (le roi esquisse un sourire malicieux) …si nous lui donnons l’impression qu’elle a déjà gagné, elle pourrait se trahir d’elle-même.
Olivier, intrigué, écoute attentivement.
— Comment ça, votre Altesse ?
— Nous allons organiser une soirée en son honneur, avec un banquet somptueux et des divertissements. Pendant ce temps, nous glisserons dans la conversation des indices faux. Comme si le smartphone contenait des secrets militaires par exemple, ce qui laisserait supposer que son IA aurait bien accompli sa mission. Si elle mord à l’hameçon, elle cherchera à en savoir plus… et nous la piègerons.
Olivier hoche la tête, admiratif.
— Très bien. Mais comment l’attirer dans le piège ?
***
Le Banquet Royal et la préparation secrète
Olivier invite Mei-Ling à un dîner officiel en son honneur, avec musique, danse et un festin digne des contes. Parmi les mets raffinés, il y a un dessert spécial à son intention : des pâtisseries aux fleurs de lune, un mets rare et délicieux.
— Goûtez donc ces douceurs, Mei-Ling. Elles sont préparées avec des fleurs cultivées dans les jardins royaux. Elles ont un effet… disons, relaxant, dit-il en lui tendant une assiette.
Mei-Ling, flattée, en mange une bouchée. Peu à peu, elle se sent plus détendue, ce moment délicieux semble s’étirer, un bien-être intense l’envahit, était-ce une légère ivresse qu’elle ressentait ? Pourtant, elle n’avait bu que peu de l’excellent vin servi avec ce dîner merveilleux en la compagnie du Prince, si agréable, si beau, si charmant…
Ce qu’aucun d’eux ne savait, tout particulièrement le Prince Olivier, c’est que le roi avait fait ajouter au dessert une préparation secrète à base de camomille et de lavande, rien que de bien inoffensif, mais additionnée d’une molécule enchantée qui en décuplait les effets. La camomille, apaisante et sédative, et la lavande, relaxante et anxiolytique, sous l’effet de la molécule enchantée, voyaient leurs effets décuplés au point de devenir un redoutable sérum de vérité qui plongeait celui qui en avait bu dans une sorte d’état de rêve éveillé et de béatitude dans lequel il baissait totalement sa garde.
Mais le roi ne voulut pas impliquer le Prince Olivier dans cette action éthiquement très discutable. Seul lui en porterait la responsabilité devant sa fille si cela venait à se savoir. Et leurs sentiments seraient préservés.
Car le roi avait depuis longtemps remarqué les sourires complices, les regards furtifs, les apartés mystérieux, les disparitions soudaines de sa fille et du Prince Olivier. Ces choses ne lui avaient pas échappées. Il n’était pas né de la dernière pluie, et il avait été jeune lui aussi. Il voyait bien qu’il se passait quelque chose entre ces deux-là. Ce qui fut à l’origine des évènements qui s’ensuivirent.
***
La Promenade dans le Parc des Statues
Après le repas, Olivier propose à Mei-Ling une promenade dans le Parc des Statues, un lieu enchanteur où des sculptures anciennes racontent l’histoire de Sylvaria.
— Ces statues sont magnifiques, n’est-ce pas ? dit-il en marchant lentement à ses côtés.
— Oui, elles sont splendides, répond Mei-Ling, un peu rêveuse. Votre royaume est plein de merveilles.
Olivier profite de l’ambiance paisible pour lancer des appâts.
— Saviez-vous que certaines de ces statues cachent des messages secrets ? Par exemple, celle-ci… (il pointe une statue représentant un chevalier) …contient un parchemin indiquant l’emplacement d’un trésor perdu.
Mei-Ling lève un sourcil, intriguée.
— Vraiment ? Et quel genre de trésor ?
— Oh, rien d’important… juste des bijoux anciens et… (il baisse la voix) …un smartphone doré, offert autrefois à une princesse par une délégation étrangère.
Mei-Ling se raidit imperceptiblement.
— Un smartphone ? Intéressant.
Olivier feint l’indifférence.
— Oui, mais ce n’est qu’une légende. En fait, personne ne sait vraiment ce que contient ce trésor.
Mei-Ling hésite, puis sourit.
— Les légendes ont souvent un fond de vérité, Prince Olivier.
Puis, à ce moment-là ses yeux se fermèrent à moitié et un sourire extatique se dessina sur son visage.
— Olivier…Tout est… si beau ce soir, murmura-t-elle d’une voix douce et mélodieuse.
Olivier la regarda avec curiosité.
— Mei-Ling ? Que se passe-t-il ?
Elle posa une main sur son cœur, comme si elle découvrait le monde pour la première fois.
— Les jardins… ils scintillent comme des étoiles. Les lumières… elles dansent comme des fées. Et toi… (elle le regarda avec des yeux brillants) …tu es si… si noble. Si courageux. Si… merveilleusement princier.
Olivier, flatté mais perplexe, sourit timidement.
— Euh… merci ?
Mei-Ling tournoya soudain d’un mouvement fluide et gracieux pour se placer juste devant le Prince Olivier. Elle était drapée dans une robe de soie bleu nuit, brodée de motifs de dragons et de fleurs de cerisier. Son charme naturel, déjà envoûtant, devint irrésistible.
— Olivier… dit-elle en s’approchant lentement. Je crois que je dois te prendre dans mes bras.
Le prince trébucha et manqua perdre l’équilibre, pris au dépourvu. Il recula d’un pas.
— Vous… tu, quoi ?!
Mais Mei-Ling, sous l’effet de la substance, était enveloppée d’une aura de grâce et de mystère. Elle tendit les bras vers lui, en un mouvement fluide et élégant.
— Ne résiste pas, Olivier. Ce soir, tout est parfait. Toi, moi, les étoiles…
Olivier, pris dans un ouragan de confusion et d’incompréhension, avait le cœur qui battait à tout rompre. Il n’avait jamais vu Mei-Ling dans cet état : elle était à la fois mystérieuse, envoûtante et… si effrayante !
— Mei-Ling, qu’avez-vous ? Reprenez-vous, de grâce !
Il recula de trois pas, mais il était trop tard. Mei-Ling l’enlaça avec une force surprenante, le serrant contre elle comme s’il était la chose la plus précieuse au monde.
— Oh, Olivier… murmura-t-elle, les yeux mi-clos. Tu es si doux. Si fort. Si… parfait.
Olivier, coincé dans cette étreinte, lança un regard désespéré autour de lui.
***
Sylvie Intervient et Tout Bascule !
Pendant ce temps, Sylvie, qui avait réussi à échapper à la surveillance de son père, les suit discrètement. Elle entend la conversation et sent que quelque chose ne tourne pas rond. Soudain, elle voit Mei-Ling enlacer fougueusement le Prince !
— Olivier est en train de manipuler Mei-Ling ! tonna-t-elle en se précipitant en avant, outrée.
Olivier, passa de la confusion la plus totale à la panique.
— Sylvie ?! Qu’est-ce que…
— Qu’est-ce que je fais ici ?! hurla-t-elle, les poings serrés. Je vois clair dans ton petit jeu, Olivier ! Tu essaies de séduire Mei-Ling sous l’effet d’une quelconque potion, comme un lâche !
Olivier, pris au piège, tenta de se justifier.
— Non, absolument pas ! Jamais. Je…
— Silence ! rugit Sylvie, pointant un doigt accusateur vers lui. Tu es pathétique ! Tu crois que parce que tu es un prince, tu peux manipuler les gens à ta guise ?
Mei-Ling, toujours sous l’effet de l’infusion, regarda Sylvie avec un sourire béat.
— Sylvie… tu es si belle quand tu es en colère.
Sylvie, trop furieuse pour remarquer l’état de Mei-Ling, continua sa tirade.
— Tu mérites une bonne leçon, Olivier. Et je vais m’en assurer personnellement !
Elle attrapa Olivier par le col de sa tunique et le traîna plus loin, l’arrachant de l’étreinte de Mei-Ling.
— Tu vas passer les deux prochains mois à nettoyer les écuries, et tu vas réfléchir à ton comportement ! Je vais y veiller personnellement !
Olivier, humilié mais comme paralysé, ne tenta même pas de se débattre.
— Sylvie, attends ! Ce n’est pas ce que tu crois !
Pendant ce temps, Mei-Ling restée en arrière, sentit soudain un malaise l’envahir. Sa vision devint floue, et les contours des objets autour d’elle semblèrent se brouiller.
— Qu’est-ce qui… se passe… ? murmura-t-elle, vacillant légèrement.
Elle porta une main à son front, sentant une douleur sourde derrière ses tempes.
— Ma tête… elle tourne…
Les couleurs des jardins, auparavant si vives et éclatantes, se mélangèrent en un tourbillon de teintes indistinctes. Elle entendait des voix confuses et étouffées, comme celles de nombreuses personnes alors qu’elle savait qu’il n’y avait personne d’autre qu’eux ici. Elle avait l’impression d’être comme plongée sous l’eau.
— Pourquoi… tout est si… étrange… ? murmura-t-elle, sentant une nausée monter en elle.
Elle tenta de se concentrer sur Sylvie, mais son image semblait se dédoubler, se multiplier, comme un reflet dans un miroir brisé.
— Sylvie… ? appela-t-elle, d’une voix faible et incertaine.
Sylvie, enfin consciente de l’état de Mei-Ling, se précipita vers elle, libérant brutalement le prince et oubliant momentanément sa colère contre lui.
— Mei-Ling ! Qu’est-ce qui ne va pas ? s’exclama-t-elle, inquiète.
Mei-Ling, les yeux mi-clos, tenta de répondre, mais les mots se brouillèrent dans sa bouche.
— Je… ne sais pas… Tout est… si confus…
Sylvie, réalisant soudain que Mei-Ling n’allait vraiment pas bien, se tourna vers Olivier qui restait pétrifié en arrière.
— Olivier ! Qu’as-tu donné à Mei-Ling ? s’écria-t-elle, furieuse.
Mécaniquement, il répondit.
— Rien qu’un excellent dîner préparé par les cuisines du palais et des pâtisseries aux fleurs de lune. Rien d’autre !
Sylvie, qui n’en démordait pas, outrée, serra les poings.
— Comment as-tu osé ?! Mei-Ling n’est pas un cobaye !
Sylvie se tourna vers Mei-Ling, qui semblait sur le point de s’évanouir. Elle passa un bras autour de sa taille et la soutint avec douceur, jetant un regard furieux en direction d’Olivier.
— Mei-Ling, savez-vous quelque chose sur ce smartphone ?
— Non, princesse… je ne sais rien… (elle soupire et laisse sa tête retomber en arrière) …mais je peux vous dire que… que je trouve votre royaume très beau… et vous… très charmante…
Soudain, elle ajouta, comme émergeant de sa torpeur :
— Princesse Sylvie !? Que faites-vous ici ?
— Je crois que quelqu’un vous a droguée ! dit Sylvie, furieuse.
— Je ne sais rien… je vous le jure… je suis juste une actrice…
Sylvie appelle alors les gardes.
— Emmenez-la à l’infirmerie royale immédiatement !
Les secours arrivent et emmènent Mei-Ling, tandis que Sylvie fusille Olivier du regard et accompagne Mei-Ling.
— Cette conversation n’est pas terminée, nous aurons une explication, toi et moi ! Et tu vas regretter ce que tu as fait.
***
Épilogue : L’Échec de la Mission
De retour au palais, au cœur de la nuit, le roi écoute le récit d’Olivier, qui avait pris sa tête entre les mains.
— Donc… Mei-Ling ne savait rien ?
— Non, votre altesse. Elle était innocente.
Le roi soupire.
— Alors notre enquête est au point mort. Le mystère du smartphone reste entier.
Olivier, honteux, baisse les yeux.
— Je suis désolé, votre Altesse. J’ai échoué.
Le roi pose une main sur son épaule.
— Ne t’inquiète pas, Olivier. Parfois, la vérité se cache là où on ne l’attend pas. Nous poursuivrons notre quête et trouverons la vérité où qu’elle soit.
Le roi soupira profondément. Il ne voulait pas que la relation naissante entre Sylvie et Olivier soit entachée par cette méprise. Il ne voulait pas non plus que sa fille se sente trahie par un acte répréhensible qu’Olivier n’avait pas commis.
Il s’approcha d’Olivier, qui baissait les yeux, honteux et désespéré.
— Olivier… Je dois te parler, commença le roi d’une voix douce.
Olivier leva les yeux, surpris.
— Votre Majesté ?
— Je sais que tu as été injustement accusé. Sylvie s’imagine que tu as tenté de séduire Mei-Ling sous l’effet d’une potion, mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Ou plus précisément, ce n’est pas ce que tu as fait.
Olivier, incrédule, cligna des yeux.
— Que voulez-vous dire, Majesté ?
— Que j’ai moi-même orchestré les évènements de cette soirée. A l’aide d’un narcotique ajouté aux pâtisseries. Mais je n’avais pas prévu que Sylvie puisse y assister. Depuis le début de cette affaire avec Mei-Ling, plusieurs agents étaient chargés de surveiller la princesse et de détourner son attention de ce que tu faisais. Mais elle a réussi à tromper leur vigilance. Et ce chaos s’est produit. Je vais tout lui expliquer.
Olivier, soulagé, sentit un poids se lever de ses épaules.
— Merci, votre Altesse. Je… je ne savais pas quoi faire.
Le roi posa une main sur l’épaule d’Olivier.
— Je sais. Et je suis désolé de t’avoir mis dans cette situation. Mais sache que les évènements qui se déroulent dans l’ombre justifient que nous ayons pris ce risque. Je ne voulais pas te nuire, mais toute la lumière doit être faite.
Ainsi, le roi montra sa sagesse et sa capacité à reconnaître ses erreurs, tandis qu’Olivier réalisant qu’il avait été manipulé, reprenait espoir de retrouver des relations normales avec la princesse.
Pendant ce temps, dans l’infirmerie, Mei-Ling se réveille lentement, entourée de médecins. Sylvie, assise à son chevet, lui tend un verre d’eau.
— Comment vous sentez-vous ?
Mei-Ling, encore faible, murmure :
— Désolée… pour tout…
Sylvie serre sa main.
— Ce n’est pas votre faute. Reposez-vous.
Et tandis que le matin approchait sur Sylvaria, l’enquête allait reprendre… mais cette fois, avec plus de prudence, et surtout, sans drogues magiques !

Annotations
Versions