63. La Réunion des Amies et le Retour des Complices

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Il était une fois, au royaume de Sylvaria, dans les appartements de la princesse héritière Sylvie, un spectacle des plus insolites. Les murs, habituellement ornés de tapisseries somptueuses, étaient désormais cachés sous un océan de tissus chatoyants.

Des robes sylvariennes aux broderies florales, des sous-vêtements en soie cathayenne aux motifs de dragons et de phénix, des écharpes légères et des ceintures brodées jonchaient le sol, les chaises et même les têtes des deux amies. On aurait dit que les fées des ateliers royaux avaient déversé leurs trésors dans la pièce, créant un chaos coloré et soyeux.

La Princesse Sylvie, les cheveux à moitié défaits et une robe à moitié enfilée, tenait une paire de bas en soie entre ses doigts, comme si elle venait de découvrir un secret précieux.

Mei-Ling, assise en tailleur sur un tas de coussins, ajustait une coiffe traditionnelle sylvarienne sur ses cheveux noirs, un sourire malicieux aux lèvres. Les deux jeunes femmes semblaient plongées dans un monde parallèle, où le temps s’était arrêté et où les tissus avaient pris vie.

***

Un Chaos de Soie et de Dentelle

— Regarde, Mei-Ling ! Ces bas cathayens sont si doux qu’on dirait de la brume ! s’exclama Sylvie, émerveillée.

— Et tes dentelles, Sylvie, sont si fines qu’elles pourraient servir de filet pour attraper des nuages ! répondit Mei-Ling, riant doucement.

Les deux jeunes femmes éclatèrent de rire, complètement absorbées par leur discussion. Le reste du monde avait disparu autour d’elles, remplacé par un univers de soie, de dentelle et de broderies.

C’est alors que la Princesse Sylvie, dans un élan d’enthousiasme, se leva d’un bond et se dirigea vers les grandes pièces richement décorées de ses appartements dans lesquelles s’alignaient en rangs ses armoires en bois précieux, sculptées de motifs floraux et dorées à la feuille d’or. Avec des gestes théâtraux, elle ouvrait porte après porte, révélant l’immensité de sa collection de robes légendaires. Les robes, suspendues avec soin, semblaient attendre patiemment leur tour pour être portées. Chaque pièce était unique, un chef-d’œuvre de broderie, de soie et de dentelle, témoignant du talent des artisans du royaume.

— Mei-Ling, regarde ! s’exclama la Princesse Sylvie, les yeux brillants d’excitation. C’est ma collection secrète. Personne n’a le droit d’y toucher… sauf toi, bien sûr. A partir d’aujourd’hui je veux avoir l’occasion de te voir les porter toutes !

Mei-Ling, les yeux écarquillés, s’approcha lentement, comme si elle craignait de briser la magie du moment. Elle effleura du bout des doigts une robe en soie bleue, brodée de fils d’argent représentant des étoiles et des lunes. Même dans son pays, la lointaine Carthay, et les entrepôts où étaient stockés les costumes des plus grandes sociétés de production de c-drama cathayennes, elle n’avait jamais vu telles merveilles sans nombre.

— C’est… magnifique. Je n’ai jamais vu autant de beauté réunie en un seul endroit, murmura-t-elle visiblement impressionnée.

— Chaque robe a une histoire. Celle-ci, par exemple, a été portée lors du bal des Étoiles Filantes. Elle est censée porter bonheur à celui qui la porte, expliqua la Princesse Sylvie, prenant une robe en velours rouge et la tenant devant elle.

— Et celle-ci ? demanda Mei-Ling, désignant une robe en soie verte, brodée de motifs de feuilles et de fleurs.

— C’est la robe du Jardin Secret. Elle est censée apporter la sagesse à celui qui la porte. Mais attention, elle ne fonctionne que si tu es digne de la porter, répondit la princesse avec un sourire mystérieux.

Mei-Ling rit doucement, amusée par la superstition de Sylvie.

— Et celle-ci ? demanda-t-elle, désignant une robe en soie blanche, brodée de motifs de dragons et de phénix. Elle était visiblement attirée par celles évoquant son pays.

— C’est la robe de la Princesse Dragon. Elle est censée donner du courage à celui qui la porte. Mais attention, elle ne fonctionne que si tu es prête à affronter tes peurs, répondit la Princesse Sylvie, un sourire malicieux aux lèvres.

Mei-Ling, touchée par la confiance que la Princesse Sylvie lui accordait, sourit chaleureusement.

— Merci, Sylvie. C’est un honneur pour moi de voir toutes ces merveilles.

— De rien, Mei-Ling. Maintenant, à toi de choisir. Quelles robes veux-tu essayer ? Et lesquelles voudras-tu que je te fasse apporter à tes appartements ? répondit la Princesse Sylvie, radieuse

Mei-Ling, après un moment d’hésitation, choisit une robe en soie rose pâle, brodée de motifs de fleurs de cerisier. Elle la passa lentement, sous le regard attentif de la Princesse Sylvie. La robe lui allait parfaitement, comme si elle avait été faite pour elle.

— Tu es magnifique, murmura Sylvie, émue.

— Merci, Sylvie. Mais je crois que c’est toi qui es la plus belle, répondit Mei-Ling, rougissant légèrement.

Les deux amies éclatèrent de rire, heureuses de partager ce moment de complicité.

***

Le Grand Retour de Margot et de la Damoiselle Sibylle

C’est alors que la Damoiselle Sibylle et Margot firent irruption dans les appartements de la Princesse Sylvie.

Elles avaient les joues rouges, les mains calleuses et les vêtements couverts de tâches. Après un mois de travail dans les jardins royaux et un mois à la laverie du palais, elles avaient enfin terminé leur punition. Mais en voyant le spectacle devant elles, elles restèrent bouche bée.

— Par la Sainte Corne de la Sainte Licorne… murmura Margot, horrifiée.

— Votre Altesse… Où êtes-vous ? murmura la Damoiselle Sibylle, les yeux écarquillés.

Elles entendirent des voix étouffées qui riaient, loin au fond, dans les grandes salles qui abritaient les collections de robes de la princesse. Les voix se turent et la princesse accompagnée de Mei-Ling arrivèrent essoufflées par la course, à-demi habillées et des robes plein les bras.

La Princesse Sylvie leva les yeux, surprise.

— Sibylle ? Margot ?! Vous êtes de retour !

— Oui, nous sommes de retour. Et nous vous trouvons dans un état… singulier, gronda Margot en contemplant le désordre.

La Damoiselle Sibylle fit une révérence maladroite, gênée par ses mains et ses genoux endoloris.

— Hormis les deux visites que nous vous avons rendues de nuit, nous ne vous avons pas vue depuis deux mois, Votre Altesse. Nous avons cru que vous aviez été enlevée… ou transformée en statue.

La Princesse Sylvie éclata de rire.

— Non, non, je vais très bien ! Nous étions juste… occupées.

Mei-Ling, toujours calme, sourit poliment.

— Bonjour, Margot. Bonjour, Damoiselle Sibylle. Ravie de vous revoir.

Margot plissa les yeux, méfiante. Décoiffée et une robe enfilée de travers, elle n’arrivait pas à reconnaître la jeune femme qui se tenait devant elle.

— Attendez… vous êtes… la Cathayenne ?

— Oui, c’est moi, Mei-Ling, répondit-elle avec un sourire énigmatique.

— Par tous les saints… murmura Margot, comme si elle voyait un fantôme. Vous êtes encore là ?

— Oui, toujours là. Et maintenant, je suis l’amie de la Princesse Sylvie, confirma Mei-Ling.

Margot grogna, visiblement peu convaincue.

— Hmph ! Je ne fais pas confiance aux princesses dragon démoniaques.

Mei-Ling éclata de rire.

— Princesse dragon démoniaque ? C’est une première !

***

La Lamentation de la Damoiselle Sibylle

La Damoiselle Sibylle, toujours aussi loyale mais visiblement épuisée, soupira profondément.

— Votre Altesse… Nous avons travaillé comme des esclaves pendant deux mois. Nos mains sont couvertes d’ampoules, nos dos nous font souffrir, nos genoux sont en feu, et nos pieds… oh, nos pauvres pieds ! commença-t-elle, la voix tremblante d’émotion.

Elle leva une main rapeuse, montrant ses callosités et ses ampoules et les yeux aux bords des larmes.

— Et vous, Votre Altesse… vous n’avez pas une seule ampoule. Pas une seule égratignure. Pas un seul muscle endolori.

La Princesse Sylvie, réalisant soudain à quel point ses amies avaient souffert, sentit une vague de culpabilité l’envahir.

— Oh, Sibylle… je suis désolée. Je ne savais pas que c’était si dur.

— Bien sûr que non. Vous n’avez jamais eu à travailler comme nous. Vous n’avez jamais eu mal nulle part. Vous n’avez jamais eu les mains dans l’eau froide jusqu’à ce qu’elles deviennent bleues. Vous n’avez jamais porté de lourds paniers de linge jusqu’à ce que vos bras tremblent, soupira la damoiselle.

La Princesse Sylvie, touchée, posa une main sur l’épaule de la Damoiselle Sibylle.

— Je vous promets que je ferai quelque chose pour vous. Peut-être un bain chaud ? Ou des massages ?

La damoiselle sourit faiblement.

— Un bain chaud serait… merveilleux.

Margot, toujours aussi directe, croisa les bras.

— Et moi, je veux du vin. Beaucoup de vin.

***

La Réconciliation

La Princesse Sylvie, déterminée à réparer les choses, ordonna immédiatement qu’on prépare dans ses propres appartements un bain chaud pour la Damoiselle Sibylle et une bouteille du meilleur vin pour Margot.

Un valet apparut rapidement avec un plateau en argent, sur lequel trônait une bouteille de vin rouge aux reflets rubis, accompagnée de quatre coupes en cristal finement ciselé.

— Ahhh… voilà qui est mieux. fit Margot.

— Et pour vous, Mei-Ling ? demanda-t-elle.

— Un thé serait parfait en temps normal, mais je vais vous accompagner pour l’occasion. répondit Mei-Ling avec un sourire.

Alors que la Damoiselle Sibylle se prélassait dans son bain, Margot attrapa la bouteille avec un grognement satisfait. Elle l’examina ainsi que son étiquette avec un regard expert, puis leva les yeux vers la Princesse Sylvie avec un sourire malicieux.

— Par la Grande Licorne, Sylvie... Tu ne m'aurais pas caché encore une autre réserve spéciale de nectar divin ? demanda-t-elle.

La Princesse Sylvie rougit légèrement.

— C'est un cru spécial de nos caves royales. Je me suis dit que tu méritais quelque chose d'exceptionnel après... euh... tout ça.

Margot versa généreusement le vin dans sa coupe, qui dégagea immédiatement un arôme riche et fruité. Elle en prit une longue gorgée, ferma les yeux pour savourer, puis les rouvrit avec une expression de pur ravissement.

— Oh, par toutes les Licornes.... C'est comme si des anges avaient foulé des raisins dans un champ de nuages, murmura-t-elle en secouant la tête

Elle prit une autre gorgée, plus longue cette fois, et un sourire béat s'étala sur son visage.

— Tu sais, Sylvie, après deux mois à laver des draps puants et à arracher des mauvaises herbes, ce vin est exactement ce dont j'avais besoin. C'est comme si tu avais lu dans mon âme fatiguée.

— Margot, tu devrais peut-être ralentir un peu. Ce vin semble particulièrement fort.

— Fort ? Non, non, princesse, c'est juste parfaitement équilibré. Il a la douceur d'une caresse maternelle et la puissance d'un coup de poing royal. Exactement ce dont j'avais besoin pour oublier ces deux derniers mois d'enfer, s'exclama Margot en riant.

Elle leva sa coupe en direction de la Princesse Sylvie.

— À toi, princesse. Pour avoir enfin reconnu que tes amies méritent un peu de luxe après t'avoir sauvé la mise. Et pour ce vin qui est presque aussi bon que la vengeance.

La Princesse Sylvie sourit, soulagée de voir Margot se détendre enfin.

— Je suis vraiment désolée de ne pas être venue vous voir. J’étais tellement occupée avec Mei-Ling que j’ai oublié…

— Oublié que nous existions ? suggéra Margot, sarcastique, un sourcil levé, avant de prendre une autre gorgée.

— Non, oublié que vous aviez besoin de moi, corrigea la Princesse Sylvie. Je promets de faire mieux à l’avenir.

La Damoiselle Sibylle, sortant de son bain enveloppée dans un peignoir moelleux, les cheveux encore humides, sourit avec gratitude.

— Nous vous pardonnons, Votre Altesse. Mais à une condition.

— Laquelle ? demanda la Princesse Sylvie, anxieuse.

— Que vous nous racontiez tout ce qui s’est passé pendant ces deux mois, dit la Damoiselle. Et que vous nous présentiez officiellement Mei-Ling.

— Avec plaisir ! s'exclama la Princesse Sylvie, visiblement soulagée.

Margot, déjà un peu étourdie par le vin, agita sa coupe en l'air.

— Oui, oui, nous voulons tous les détails juteux. Et surtout, comment cette demoiselle de Cathay a réussi à survivre à ton caractère, Sylvie.

Mei-Ling rit doucement.

— C'était un défi intéressant, je dois l'admettre.

Margot pointa un doigt vers Mei-Ling, un sourire malicieux aux lèvres.

— Tu sais, Cathayenne, je ne te faisais pas confiance au début. Mais maintenant que j'ai goûté à ce vin royal et que je vois à quel point tu fais rire notre princesse, je commence à penser que tu pourrais être une bonne influence après tout. A condition que tu ne pratiques pas la magie noire des princesses dragon maléfiques !

Mei-Ling sourit, amusée de voir Margot dans un tel état. La Damoiselle Sibylle roula des yeux.

— Margot, tu es ivre.

— Peut-être un peu. Mais c'est une ivresse joyeuse. Et c'est exactement ce dont nous avions besoin après ces deux mois d'enfer, admit Margot en haussant les épaules.

La Princesse Sylvie sourit, heureuse de voir ses amies enfin détendues.

— Alors, trinquons à notre amitié retrouvée. Et à beaucoup plus de moments comme celui-ci.

Les quatre jeunes femmes levèrent leurs verres, unissant leurs rires et leurs espoirs dans cette chambre remplie de soie, de dentelle et de nouveaux départs.

Ainsi, dans les appartements de Sylvie, la princesse héritière du royaume légendaire de Sylvaria, une nouvelle dynamique se forma entre la Damoiselle Sibylle, sa dame de compagnie si raffinée et issue d’une illustre famille, Mei-Ling, la légendaire actrice de la lointaine Cathay à la beauté envoûtante, et Margot la servante personnelle de la princesse.

Et la Princesse Sylvie, plus consciente que jamais de la valeur de ses amies, promit de ne plus jamais les négliger.

Quant au Prince Olivier, grand absent de ce conte… il apprendrait une leçon précieuse : ne jamais sous-estimer la puissance des amitiés féminines.

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