71. L’Appel de Cathay
Dans ses appartements du palais royal de Sylvaria, où les flammes dansaient encore dans l’âtre, Mei-Ling reçut un message inattendu. Son agent, une femme énergique nommée Madame Li, lui avait envoyé un courrier scellé, portée par un messager spécial venu de Cathay.
« Ma chère Mei-Ling,
J’espère que cette lettre vous trouvera en pleine santé et entourée de la magie de Sylvaria. Je sais que vous avez pris du recul avec votre carrière depuis votre dernier tournage, mais une opportunité exceptionnelle s’offre à vous.
Un producteur renommé, en collaboration avec le studio Minghua, prépare un C-drama contemporain d’envergure. Le titre provisoire est L'Épée et le CPU, et le scénario tourne autour d’une garde du corps d’élite à qui fait appel la plus grande entreprise technologique du pays, dirigée par un jeune directeur prodige, car celui-ci fait face à la menace croissante d’un groupe concurrent maléfique, prêt à tout. L’héroïne, derrière les costumes sur mesure et les réunions stratégiques, découvrira que son adversaire est un maître des arts martiaux aussi redoutable qu’elle, surgi de son passé et déterminé à la pousser à ses limites.
Le réalisateur est Maître Zhao, connu pour son sens du détail et son respect des acteurs. Il vous sollicite pour le premier rôle féminin. Le casting comprend des noms prestigieux :
· Xiao Chen, star montante, pour le rôle du jeune président menacé.
· Lian Hua, lauréate du Golden Phoenix Award, pour le rôle de la rivale jalouse.
· Et bien d’autres talents que vous reconnaîtrez.
Le tournage durera entre cinq et six mois, et bien que cela signifie quitter Sylvaria pour un temps, je suis convaincue que ce rôle est fait pour vous. Réfléchissez-y, mais ne tardez pas trop – les grands projets n’attendent pas.
Avec toute mon admiration, Madame Li »
Mei-Ling posa la lettre sur ses genoux, les yeux perdus dans les flammes. Elle n’avait pas pensé à sa carrière depuis longtemps. Sylvaria était devenu son refuge, un lieu où elle pouvait être elle-même, loin des projecteurs et des attentes.
***
Décision et Entraînement
Mei-Ling replia la lettre avec un mélange d’excitation et d’appréhension. Quitter Sylvaria signifiait s’éloigner de ses amis, de la tranquillité des plaines verdoyantes et des licornes qui y paissaient librement. Pourtant, cette opportunité était trop tentante pour être ignorée.
Cinq à six mois… murmura-t-elle en regardant les flammes danser. Assez de temps pour régler certaines affaires à Cathay.
Elle pensa aux collaborations artistiques qu’elle avait négligées, aux maîtres d’arts martiaux qu’elle n’avait pas vus depuis près d’un an. Ce rôle lui offrirait l’occasion de renouer avec son passé, tout en relevant un défi qui lui rappelerait ses racines.
Un sourire se dessina sur ses lèvres. Elle savait ce qu’il lui restait à faire.
***
L’Entrée en Scène
Le lendemain, Mei-Ling traversa les immenses jardins du palais, ses pas légers effleurant à peine les pavés. Elle se dirigeait vers la caserne principale, un bâtiment imposant situé de l’autre côté des jardins, où lui avait été réservé un espace d’entraînement personnel.
Depuis son arrivée à Sylvaria, elle avait en grande partie délaissé ses routines martiales, se contentant d’un entretien minimal. Mais aujourd’hui, tout était différent. Elle devait retrouver sa forme, et vite.
En franchissant le seuil de la salle d’armes, elle sentit l’odeur familière du bois poli et de l’acier. Les soldats présents interrompirent leurs exercices, leurs regards se tournant vers elle avec curiosité et respect.
La nouvelle de son retour allait se répandre comme une traînée de poudre. La légendaire Mei-Ling s’entraîne à nouveau.
***
L’Art Martial de Cathay
Mei-Ling enfila son hanfu d’entraînement, un vêtement bleu nuit brodé de fils d’or, et saisit son jian, une épée droite à double tranchant. Contrairement aux techniques valoriennes, basées sur la force brute et les mouvements amples, son style était fluide, précis, presque dansant.
Le premier jour, elle commença par des enchaînements de base, Le Serpent qui Glisse, Le Phénix qui S’Envole, Le Tigre qui Frappe. Les soldats observaient, fascinés. Ses mouvements étaient d’une élégance mortelle, chaque geste calculé, chaque angle parfait.
Le second jour, elle augmenta l’intensité, intégrant des parades et des ripostes rapides. Certains soldats, impressionnés, osèrent lui demander conseil. Elle leur montra des techniques de déséquilibre, des coups qui ne dépendaient pas de la force mais de la précision.
Le troisième jour, elle atteignit un rythme soutenu, enchaînant les attaques et les défenses avec une fluidité stupéfiante. Sa respiration était contrôlée, son esprit clair. Elle était en train de retrouver ses pleines capacités.
Les soldats d’élite du palais, habitués aux méthodes de Sylvaria et surtout à celles de Valoria, étaient subjugués. Ils voyaient en elle une maîtrise qu’ils n’avaient jamais rencontrée.
***
La Rumeur Atteint Margot
Un matin, alors que Mei-Ling était plongée dans son entraînement, Margot fit irruption dans la salle, attirée par les murmures des soldats.
— Mei-Ling ? s’exclama-t-elle, les yeux écarquillés.
Mei-Ling s’arrêta net, un sourire amusé aux lèvres.
— Margot. Tu es venue me voir m’entraîner ?
— J’ai entendu parler de tes séances. Je voulais voir ça par moi-même.
Margot observa, fascinée, tandis que Mei-Ling reprenait ses enchaînements. Elle voyait la grâce, la précision, la puissance contrôlée. Rien à voir avec la brutalité des techniques de combat valoriennes.
— C’est incroyable, murmura Margot. Tu es… différente.
Mei-Ling rit doucement.
— C’est l’art martial de Cathay. Il ne s’agit pas de force brute, mais de technique, de timing, de contrôle.
***
Le Spectacle pour Sylvie et Sibylle
Le lendemain, Margot revint, accompagnée de la Princesse Sylvie et de la Damoiselle Sibylle. Les trois amies s’installèrent discrètement dans un coin de la salle, observant avec attention.
Mei-Ling, ignorant leur présence, enchaîna les mouvements avec une fluidité hypnotique. Son jian semblait faire partie d’elle, traçant des arcs dans l’air comme s’il dansait.
La Damoiselle Sibylle, qui n’avait jamais vraiment réfléchi aux arts martiaux, était captivée.
— Regardez. Ce n’est pas juste une question de force. C’est comme… une chorégraphie. Chaque mouvement a un sens, une intention. C’est une danse mortelle, murmura-t-elle.
Margot hocha la tête, impressionnée.
La Princesse Sylvie, quant à elle, était sous le choc. Elle connaissait Mei-Ling comme une femme élégante, cultivée, raffinée, d’une beauté légendaire. Mais aujourd’hui, elle découvrait une tout autre facette de son amie.
Si l’affaire des pâtisseries empoisonnées avait mal tourné… Olivier aurait-il eu une chance ?
Elle chassa cette pensée absurde. Bien sûr que non.
***
La Rencontre des Arts Martiaux
Le lendemain, alors que Mei-Ling enchaînait ses mouvements avec une grâce mortelle, une nouvelle silhouette fit son apparition dans la salle d’armes. Le Prince Olivier, général d’élite de Valoria, se tenait dans l’embrasure de la porte, les bras croisés, observant avec un intérêt marqué.
Mei-Ling remarqua sa présence et s’arrêta brièvement, inclinant légèrement la tête en signe de respect.
— Prince Olivier. Vous honorez ma modeste séance d’entraînement de votre présence.
Olivier esquissa un sourire, ses yeux pétillants de curiosité.
— Je ne pouvais pas manquer l’occasion de voir la célèbre Mei-Ling en action. Les rumeurs disent que vos techniques sont… uniques.
Il s’avança, son regard scrutateur analysant chaque détail de sa posture et de ses mouvements.
— Valoria a ses propres traditions martiales, poursuivit-il. Robustes, directes, conçues pour le champ de bataille. Mais ce que je vois ici est différent. Plus… subtil.
Sylvie, qui assistait à la scène avec Margot et Sibylle, ne put s’empêcher d’intervenir, un sourire malicieux aux lèvres.
— Olivier, avoue-le. Tu es impressionné par la supériorité féminine, même dans les arts martiaux.
Olivier éclata de rire, secouant la tête.
— Sylvie, toujours aussi provocatrice… Mais je ne nie pas que Mei-Ling possède une maîtrise remarquable. Cependant, la force brute et la stratégie valorienne ont leur propre valeur.
Mei-Ling posa son jian et s’approcha, intriguée.
— Prince Olivier, si vous le souhaitez, je serais ravie de comparer nos styles. Pas pour déterminer une supériorité, mais pour échanger nos connaissances.
Olivier accepta avec enthousiasme.
— Avec plaisir. Mais attention, mes techniques ne sont pas aussi… élégantes que les vôtres.
***
Le Duel des Cultures Martiales
Ils se placèrent au centre de la salle, face à face. Mei-Ling tenait son jian avec une grâce naturelle, tandis qu’Olivier brandissait une épée valorienne, plus lourde et plus large, conçue pour des coups puissants et décisifs.
— Prêt ? demanda Mei-Ling.
— Toujours, répondit Olivier avec un sourire confiant.
Le combat commença. Mei-Ling attaqua la première, son épée traçant des cercles fluides dans l’air. Olivier para avec une force impressionnante, ses mouvements précis et calculés. Il contre-attaqua avec une série de coups puissants, cherchant à déséquilibrer Mei-Ling.
Mais Mei-Ling était trop rapide. Elle esquiva avec une agilité féline, ripostant avec des coups précis qui visaient les points faibles d’Olivier. Elle ne cherchait pas à le blesser, mais à démontrer la puissance de son style.
Olivier, impressionné, ajusta sa stratégie. Il utilisa sa force pour repousser les attaques de Mei-Ling, tout en cherchant à exploiter les ouvertures qu’elle laissait involontairement.
— Intéressant. Votre style est… direct. Efficace, murmura Mei-Ling, esquivant un coup puissant.
— Et le vôtre est… hypnotique. Mais ne sous-estimez pas la puissance d’un bon coup de massue, essoufflé, admit Olivier.
Ils continuèrent ainsi pendant un moment, échangeant coups et parades, chacun admirant la technique de l’autre.
***
Analyse
Quand ils s’arrêtèrent enfin, tous deux essoufflés et en sueur mais souriants, Sylvie ne put s’empêcher de commenter.
— Alors, Olivier ? Toujours convaincu que la force brute est supérieure ?
Olivier rit, s’essuyant le front.
— Je n’ai jamais dit cela. Mais je dois admettre que Mei-Ling a une maîtrise qui dépasse tout ce que j’ai vu à Valoria. Votre style est… unique.
— Et le vôtre est impressionnant, répondit Mei-Ling. La force et la stratégie valoriennes sont redoutables. Peut-être que nos deux cultures pourraient apprendre l’une de l’autre.
Sibylle, qui avait observé le combat avec fascination, intervint.
— C’est fascinant. Vos techniques sont si différentes, et pourtant, chacune a ses mérites. Mei-Ling, votre style est comme une danse, chaque mouvement a un sens. Olivier, le vôtre est comme un ouragan, puissant et implacable.
Sylvie sourit, satisfaite.
— Enfin, quelqu’un qui reconnaît la supériorité féminine.
Olivier leva les yeux au ciel, amusé.
— Sylvie, tu ne changeras jamais.
Mei-Ling rit, ravie de cette rencontre inattendue.
— Merci pour cet échange, Prince Olivier. J’ai beaucoup appris aujourd’hui.
— Moi aussi, répondit Olivier. Et si vous avez besoin d’un partenaire d’entraînement, n’hésitez pas à me le demander.
***
Le Cadeau Secret
Le soir de son premier jour d’entraînement, alors que Mei-Ling rangeait son arme et son matériel, son esprit vagabonda. Elle avait accepté le contrat, et avec lui, l’obligation de quitter Sylvaria. Mais elle avait aussi décidé qu’avant son départ elle offrirait à Sylvie un cadeau digne de leur amitié.
Mais quoi donc ? murmura-t-elle en contemplant les étoiles à travers la fenêtre de sa chambre.
Au fil des jours, Mei-Ling avait glané discrètement des informations sur Sylvie. Elle chargea des serviteurs et des employés de la mission culturelle de se renseigner sans éveiller les soupçons de quiconque.
Avec ce qui lui était rapporté, quelque chose commença à se dégager : les licornes. Depuis sa toute petite enfance, la Princesse Sylvie en parlait souvent, avec une fascination croissante au fur et à mesure qu’elle grandissait. Cela la fit penser à sa propre jeunesse en Cathay. Les dragons. Ils vivaient en bonne intelligence avec les cathayens dans la mesure où ils étaient respectés. Les dragons nains de compagnie étaient à eux seuls une catégorie à part. Mais pour les autres dragons, il lui était déjà arrivé de les trouver beaux, majestueux, impressionnants, capricieux, nobles, ou parfois redoutables, mais jamais elle n’avait éprouvé pour eux des sentiments tels que ceux de Sylvie pour ses chères licornes. Cependant, il fallait reconnaître qu’il s’agissait d’un tout autre genre de créature avec un tout autre genre de tempérament.
Mais pour revenir à la princesse, Mei-Ling avait découvert que si la Princesse Sylvie avait déjà eu la chance d’approcher ces créatures majestueuses, de les caresser, même de prendre des selfies avec elles, elle n’avait jamais, selon ses informateurs, réussi à trouver un œuf de licorne, ni à voir un de leurs nids. Et il y avait cette histoire abracadabrante de la corne de Licorne que la princesse aurait trouvée lors d’une promenade en forêt étant petite, et qui l’aurait changée en licorne elle-même jusqu’à ce qu’elle éternue et redevienne une petite fille ! Mei-Ling sourit à l’idée de ce que les gens pouvaient bien inventer pour s’amuser !
Et surtout, il y avait une autre chose que la princesse n’avait jamais tenté : chevaucher une licorne. Ce n’était pas une chose impossible ni interdite. Des établissements encadrés par le ministère de la culture de Sylvaria offraient ce genre de prestation, mais c’était coûteux, long et assez aléatoire. Les spécialistes qui encadraient cette pratique devaient travailler avec le client auprès de la licorne pour voir si elle acceptait ou non de coopérer. On ne pouvait jamais forcer une licorne ; elle devait accepter volontairement si on voulait qu’elle fasse quelque chose. Certaines licornes acceptaient assez volontiers et étaient des habituées de ces centres qu’elles aimaient assez bien, les licornes étant des animaux sociables.
Elle ne savait pas pourquoi la Princesse Sylvie, qui aurait pu facilement demander à faire cela en tant que princesse héritière, et peut-être même avoir une ou plusieurs licornes comme amies personnelles, ne l’avait jamais fait. Il y aurait pourtant eu toute la place qu’il fallait dans les immenses jardins du palais. Mais cela tombait bien, elle savait désormais ce qu’elle offrirait à son amie !
Elle continua d’envoyer ses informateurs à la collecte d’informations pour la préparation de sa surprise : Oui, Sylvie savait monter à cheval, même si elle n’était pas très à l’aise avec les animaux. Cela tombait bien, elle savait désormais ce qu’elle offrirait à son amie !
Mei-Ling sourit. Elle tenait son idée.

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