89. Le Conte des Quatre Fauteuils et de la Nuit des Épisodes Perdus
Dans l'immense palais de Sylvaria, où les ombres des anciens secrets récemment révélés s’étiraient encore le long des couloirs, la vie avait repris son cours, mais avec une mélancolie sourde. Les sombres mystères des cryptes oubliées avaient laissé leur empreinte sur chacun. Même les séances cinématographiques hebdomadaires qu’avait prévues la princesse Sylvie pour les semaines à venir, furent sérieusement impactées. Pourtant, contre toute attente, la routine du palais s’était adaptée, comme si les murs eux-mêmes avaient décidé de protéger leurs habitants en enveloppant les blessures dans une couverture de normalité.
La seconde et la troisième séance de visionnage, très attendues, n’avait pas pu se tenir à la date prévue et la quatrième mise en ligne était toute proche. Damoiselle Sibylle, très fragile après le choc psychologique qu’elle avait subi près de 2 semaines auparavant, passait ses soirées dans un silence troublé, hantée par les ombres du crépuscule. La princesse Sylvie et sa fidèle servante Margot veillaient sur elle comme des anges gardiens, partageant avec elle des moments de douceur, espérant apaiser ses angoisses.
C’est pourquoi, lorsque Sibylle proposa elle-même un soir, d’une voix douce mais ferme, de regarder enfin les derniers épisodes mis en ligne, tous furent surpris. Sylvie, les yeux brillants d’excitation, faillit renverser son verre de jus de fruits en sautant de joie.
— "Par la barbe du vieux Roi, Sibylle ! Tu as raison ! Pourquoi attendre ? Ils sont là, prêts à être vus !"
Margot, enthousiaste, hocha la tête.
Après l’avoir quittée, la princesse alla tout de même prendre l’attache du docteur Ambrosius, pour avis.
— "Si cela vient d’elle, alors c’est une excellente idée," déclara le médecin, un sourire rassurant aux lèvres. "Une distraction bienvenue, sans aucun doute."
Ainsi, cinq jours après la mise en ligne, la soirée fut organisée. La princesse Sylvie, déterminée à rendre ce moment aussi confortable que possible sur la base de l’expérience mouvementée de la dernière fois, avait revu son organisation. Les canapés, témoins des catastrophes précédentes, avaient été bannis. À la place, quatre fauteuils imposants, les plus larges et les plus confortables de tout le palais, trônaient dans le salon privé. Sylvie en possédait trois identiques dans ses appartements, et elle savait qu’ils étaient parfaits pour des soirées cinéma.
Chaque fauteuil était accompagné d’une table suffisamment vaste pour accueillir toute une profusion de gourmandises, de boissons sucrées et de tout ce qui pouvait rendre la soirée agréable. Sans oublier les seaux à glace bien garnis de boissons sucrées pétillantes et colorées. Des coussins moelleux et des couvertures douillettes étaient à disposition. Quant à Flamme et Long, les dragons nains, ils eurent quartier libre pour explorer les couloirs du palais, loin des regards désapprobateurs.
Malheureusement, le prince Olivier, toujours occupé par les conséquences de l’affaire du laboratoire secret, ne put se joindre à elles. Il promit à Sylvie de "faire ses devoirs" en regardant les épisodes de son côté, pour rattraper son retard.
— "Ne t’inquiète pas, Olivier," lui dit Sylvie avec un clin d’œil. "On te racontera tout… enfin, presque tout."
Les trois amies s’installèrent dans le salon privé, un fauteuil restant vide, comme un rappel silencieux de l’absence du prince. L’atmosphère était différente de celle des précédentes soirées. Moins extravagante, moins bruyante, mais plutôt teintée d’une douceur mélancolique.
Sibylle, enveloppée dans une couverture, sourit faiblement en regardant l’écran.
— "Prêtes ?"
— "Plus que jamais !" s’exclama Sylvie, en attrapant un gâteau.
Margot, quant à elle, se contenta de soupirer, en espérant que cette soirée se passerait sans incident.
Et alors que les premières notes du générique retentissaient, les trois amies se laissèrent emporter par l’histoire, chacune à sa manière. Sylvie, toujours aussi enthousiaste, commentait chaque scène avec passion. Margot, plus réservée, observait Sibylle du coin de l’œil, prête à intervenir si nécessaire. Et Sibylle, enfin, semblait retrouver un peu de paix, comme si les images et les mots pouvaient, pour un instant, chasser les ombres de son esprit.
La nuit était jeune, et les épisodes 5 à 8 les attendaient. Peut-être que cette soirée, malgré tout, serait une nouvelle aventure à raconter.
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Le premier chagrin
La princesse Sylvie et Margot, tout en suivant avec attention les péripéties du Palais des Rêves Éternels, ne perdaient pas de vue Damoiselle Sibylle. Elles observaient discrètement ses réactions, soulagées de constater qu’elle semblait enfin s’évader dans l’histoire, oubliant pour un instant les sombres événements des derniers jours. Recroquevillée sous sa couverture, elle suivait chaque scène avec une intensité palpable, comme si elle y trouvait refuge.
Puis vint cette scène.
Une longue séquence d’une délicatesse poignante, où l’héroïne, la princesse guerrière, interprétée par leur amie Mei-Ling, contemplait les ruines de son royaume perdu, les yeux emplis de larmes silencieuses. Elle errait longuement au milieu des cendres et de ses souvenirs à jamais enfuis… La musique, douce et mélancolique, enveloppait l’écran d’une tristesse infinie. L’interprétation sublime de Mei Ling leur transperçait l’âme. Sylvie et Margot, émues, sentirent leurs propres yeux s’humidifier. Mais Sibylle, dont la sensibilité était exacerbée par son état fragile, réagit différemment.
D’abord, ce furent de petits bruits étranges, des glougloutements étouffés, comme si ses sanglots étaient prisonniers de sa gorge. Puis, à la lueur tremblotante de l’écran, Sylvie et Margot aperçurent quelque chose d’inattendu.
Sibylle, presque entièrement enveloppée dans sa couverture, semblait… se liquéfier.
Ses yeux ruisselaient en silence, son nez coulait abondamment, formant de petites flaques sur le tissu. C’était un véritable déluge de chagrin contenu ponctué de gros hoquets, les seuls bruits qu’elle émettait.
— "Sibylle !" s’exclama Sylvie, alarmée.
— "Par tous les saints, mais elle se noie !" s’écria Margot, paniquée.
Les deux femmes bondirent de leurs fauteuils, cherchant désespérément des mouchoirs. Margot fouilla frénétiquement les tables basses, renversant des verres et des paquets de bonbons.
— "Ils devraient être là !" grogna-t-elle. "J’en avais vu plusieurs boîtes la dernière fois !"
— "Où sont-ils ?" demanda Sylvie, affolée, en se levant à son tour.
— "Je ne sais pas !" répondit Margot, exaspérée.
Elles se cognèrent dans l’obscurité, trébuchant contre les pieds des fauteuils, tandis que Sibylle, toujours aussi émue, s’essuyait le nez dans sa couverture, étalant du liquide partout et se mouchant bruyamment dans on ne savait quoi.
— "Attends, je crois que je sais où ils sont !" s’écria soudain Sylvie. "Quand j’ai changé l’arrangement de la pièce, j’ai dû les mettre près de la porte des commodités !"
Margot, déjà à bout de patience, se précipita vers le fond de la salle, fouillant frénétiquement dans les coins. Mais rien. Pas de mouchoirs en vue.
— "Margot, dépêche-toi !" supplia Sylvie, tandis que Sibylle continuait à se répandre en silence, les yeux rivés sur l’écran. Et la scène avec Mei Ling qui n’en finissait pas !
Finalement, en désespoir de cause, Margot revint avec plusieurs rouleaux de papier toilette, qu’elle tendit à Sylvie.
— "Prends ça !" dit-elle, essoufflée. "C’est tout ce que j’ai trouvé !"
Sylvie tenta d’éponger Sibylle avec le papier, mais celui-ci se déchirait à chaque contact, laissant des morceaux de bouillie blanche collés partout sur sa robe, sa tête et sa couverture.
— "Nom d’un dragon, c’est pire que tout !" gémit Margot, horrifiée.
Voyant que rien ne fonctionnait, elle finit par arracher tout un pan de sa propre robe pour éponger Sibylle, qui, enfin, commença à se calmer.
— "Sisi, ma chérie, respire…" murmura Margot en la serrant contre elle, tout en la gourmandant gentiment. "Tu vas finir par inonder le palais entier !"
Sibylle, encore tremblante, esquissa un faible sourire.
— "D-désolée…" balbutia-t-elle, la voix enrouée et en reniflant et en hoquetant.
— "Ce n’est rien, Sisi," répondit Margot en lui caressant les cheveux. "Mais la prochaine fois, essaie de pleurer un peu moins fort, d’accord ?"
Sylvie, soulagée, se rassit dans son fauteuil, tandis que Margot aidait Sibylle à se redresser.
— "Bon…" soupira-t-elle. "On reprend ?"
Sibylle hocha la tête, un peu honteuse, mais visiblement soulagée.
Et ainsi, malgré les larmes, les catastrophes et les robes déchirées, la soirée se poursuivit, teintée d’une douceur mélancolique, mais aussi d’une tendre complicité.
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Le second chagrin
Dans un autre épisode, une magnifique scène se déroulait sous un amandier en fleur, où le personnage du prince joué par Li Wei, séparé de celle qu’il aimait, déclamait des vers d’une beauté sublime. Les trois amies, captivées, reconnurent aussitôt l’endroit : les amandiers des jardins du palais, où cette scène avait été tournée. Un endroit magnifique que tous appréciaient.
— "Par les cornes de Sylvaria !" s’exclama Sylvie, émerveillée. "C’est là qu’ils ont tourné cette scène !"
— "Oui, et ces vers…" murmura Sibylle, les yeux brillants d’une émotion soudaine. "Je les ai déjà entendus… en ce même endroit…"
Margot, toujours attentive, fronça les sourcils en voyant Sibylle se raidir légèrement.
— "Sisi, ça va ?" demanda-t-elle, inquiète.
Mais avant même que Sibylle ne puisse répondre, un petit bruit glougloutant s’échappa alors qu’elle regardait l’écran les yeux fixes et exorbités, les poings plaqués contre sa bouche. Puis un autre. Et encore un autre.
— "Oh non…" gémit Margot, réalisant trop tard ce qui se passait.
Sibylle, submergée par l’émotion, revoyait devant ses yeux le moment magique de sa première rencontre avec Li Bai, ce grand érudit de la lointaine Cathay, alors consultant pour la production du drama, en train de déclamer lui-même ces vers qu’il avait composés. Leur amour épistolaire secret depuis tout ce temps… L’émotion trop intense la submergea, et elle commençait à nouveau à se liquéfier.
— "Que les rats me grignotent les bottes !" jura Margot, paniquée. "Pas encore !"
Sylvie bondit de son fauteuil, renversant une tasse de thé au passage.
— "Les mouchoirs ! Où sont les mouchoirs ?!"
— "Attends, attends !" s’exclama Margot, essayant de garder son calme. "Le morceau de ma robe ! Où est-il ? Regarde dans son fauteuil !"
Elles se précipitèrent vers Sibylle, qui continuait à se répandre en silence, les yeux rivés sur l’écran et les deux poings sur la bouche.. Avec une délicatesse maladroite, elles fouillèrent derrière elle, dans les replis du fauteuil, entre les coussins.
— "Il n’y a rien !" grogna Margot, frustrée.
— "Regarde dans sa couverture !" suggéra Sylvie, en tâtonnant maladroitement.
— "Aïe !" protesta Sibylle, à moitié noyée dans sa couverture. "Vous m’avez griffée !"
— "Désolée, Sisi !" s’excusa Sylvie, avant de renverser cette fois un verre de jus de fruits. "Oh, zut !"
Pendant ce temps, Margot, toujours aussi déterminée, faisait tomber une pluie de coussins et de bonbons.
— "Il n’est pas là !" conclut-elle, exaspérée. "Bon, on va devoir recommencer la chasse aux mouchoirs !"
— "Par la barbe du vieux roi, c’est impossible !" s’écria Sylvie, trébuchant sur un coussin. "Ils doivent bien être quelque part !"
Dans l’obscurité, elles se cognèrent l’une contre l’autre, renversant des paquets de biscuits.
— "Aïe !" cria Margot en se frottant le front. "Sylvie, tu m’as assommée !"
— "Désolée !" répondit Sylvie, avant de heurter un pied de table. "Aïe !"
Pendant ce temps, Sibylle, toujours aussi émue, s’essuyait le nez dans sa couverture, qui était déjà dans un état lamentable. Entre deux sanglots, elle murmurait des paroles incohérentes, que Sylvie et Margot ne comprenaient pas.
— "Li Bai… où es-tu ?" gémissait-elle, la voix brisée. "J’ai besoin de toi… Je souffre tellement sans toi…"
— "Qu’est-ce qu’elle dit ?" chuchota Sylvie, perplexe.
— "Je ne sais pas," répondit Margot, tout aussi confuse. "Elle doit être vraiment trop impliquée dans l’histoire…"
— "Li Bai… mon amour…" continua Sibylle, les larmes coulant à flots et reniflant un grand coup.
— "Par la Sainte Sylvie, elle délire !" s’exclama Margot, horrifiée. "On dirait qu’elle parle au prince !"
— "Oui, c’est ça !" acquiesça Sylvie, inquiète. "Elle est en train de tomber amoureuse du personnage !"
— "Par les flammes de l’enfer, c’est grave !" jura Margot, désespérée. "On va devoir la ramener à la réalité !"
Mais avant qu’elles ne puissent réagir, Sibylle éclata en sanglots déchirants, appelant désespérément son aimé perdu.
— "Li Bai… reviens-moi…"
— "Oh non, pas encore !" gémit Margot, réalisant que la situation était en train de dégénérer.
— "Je vais chercher de l’aide !" s’écria Sylvie, paniquée.
— "Non, attends !" protesta Margot, la retenant par le bras. "Pas le temps ! Je sacrifie ma robe !"
Elle arracha un nouveau pan de son vêtement, le tendit à Sibylle avec un soupir dramatique.
— "Voilà, Sisi. Utilise ça !"
Sibylle, reconnaissante, s’essuya délicatement avec le morceau de tissu, tandis que Margot examinait sa robe déchirée avec un mélange de colère et de résignation.
— "Par la Couronne, je vais finir en haillons à force de te sauver !" grommela-t-elle.
— "Je suis désolée, Margot…" murmura Sibylle, honteuse.
— "Ne t’inquiète pas, Sisi," répondit Margot en lui caressant les cheveux. "Mais la prochaine fois, préviens-nous avant de te transformer en fontaine !"
Sylvie, toujours aussi enthousiaste, récupéra une autre couverture pour Sibylle, la sienne était maintenant trempée.
— "Tiens, prends ça. Celle-là est propre… "
Sibylle sourit faiblement, reconnaissante.
— "Merci, mes amies…"
— "De rien, Sisi," répondit Margot en souriant. "Maintenant, reprenons l’épisode. Et cette fois, essayons de ne pas tout inonder !"
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Jusqu’au bout de la nuit
Le quatrième et dernier épisode touchait à sa fin dans un crescendo épique. Les scènes de bataille étaient d’une intensité à couper le souffle : Mei Ling, dans son rôle de princesse guerrière, menait son armée à l’assaut de la forteresse ennemie avec une férocité héroïque qui faisait trembler les murs. Sylvie et Margot s’agrippaient à leurs fauteuils, les yeux écarquillés, le cœur battant à tout rompre.
— "Par les cornes de Sylvaria, elle est incroyable !" s’exclama Sylvie, les poings serrés d’excitation.
— "Regardez-la ! Une vraie machine de guerre !" renchérit Margot, transportée par l’action.
Mei Ling, dans un tourbillon d’épées et de stratégie, repoussait les forces adverses avec une grâce martiale qui laissait les spectateurs sans voix. La caméra capturait chaque mouvement, chaque expression de détermination sur son visage, et Sylvie ne pouvait s’empêcher de commenter chaque détail.
— "Cette scène où elle saute du cheval en pleine course ! Parfaitement chorégraphié !"
— "Et cette façon de brandir son épée en criant son défi ! J’en ai des frissons !"
— "Et cette lumière dorée sur son armure quand elle charge l’armée à elle seule ! Magnifique !"
Margot, tout aussi enthousiaste, ajoutait son grain de sel :
— "Je parie qu’elle a dû s’entraîner pendant des mois pour ces cascades !"
— "Et cette scène où elle escalade la muraille ! Comment ont-ils fait pour filmer ça ?!"
Elles étaient si absorbées par leur discussion qu’elles en oubliaient presque de respirer. Le suspense atteignait son paroxysme lorsque, soudain, l’écran affichait le mot "FIN" avant la conclusion de la bataille.
— "QUOI ?! Non, pas déjà !" hurla Sylvie, indignée.
— "Ils nous laissent comme ça ?!" gémit Margot, outrée.
— "Une semaine d’attente ! Comment allons-nous survivre ?!"
Elles continuaient à débattre avec animation, imaginant déjà les suites possibles de l’histoire, quand un bruit étrange les interrompit soudain. Un ronflement sonore, profond et régulier, résonna dans la pièce.
— "…"
Un silence gêné s’installa.
— "Sibylle ?" murmura Margot, se tournant lentement vers leur amie.
La vision qui s’offrait à elles était à la fois comique et touchante. Damoiselle Sibylle, d’ordinaire si raffinée et composée, était étalée de tout son long en travers de son fauteuil, le dos et la tête renversés sur un accoudoir, les pieds par-dessus l’autre et un bras au sol. Sa coiffure impeccable n’était plus qu’un souvenir, ses cheveux en bataille retombant en mèches désordonnées. Ses yeux, bouffis d’avoir trop pleurés, étaient fermés, et sa bouche grande ouverte émettait des ronflements dignes d’un ours en hiver. Une de ses pantoufles avait disparu, et l’autre était de travers. La couverture, autrefois soigneusement drapée, était maintenant tirebouchonnée autour d’elle dans un désordre absolu.
— "Par les étoiles…" murmura Sylvie, bouche bée.
— "Elle… elle dort ?" demanda Margot, incrédule.
— "On dirait bien," répondit Sylvie, réprimant un éclat de rire.
— "Et elle ronfle comme un dragon !"
— "Je crois qu’elle a fini par craquer," dit Margot, un sourire attendri aux lèvres.
— "Oui… mais au moins, elle a l’air paisible," ajouta Sylvie, observant son amie avec tendresse.
Elles échangèrent un regard complice, puis décidèrent de ne pas la réveiller. Après tout, Sibylle méritait ce repos bien plus que quiconque.
— "On reste avec elle," proposa Margot.
— "Bien sûr," acquiesça Sylvie. "On ne la laisse pas seule."
Elles s’installèrent confortablement, partageant une couverture et un bol de bonbons, tout en jetant de temps à autre un regard amusé vers Sibylle, toujours endormie.
— "Tu crois qu’elle rêve de Mei Ling en train de combattre ?" chuchota Margot.
— "Ou peut-être de Li Wei sous l’amandier en fleurs ?" suggéra Sylvie, un sourire malicieux aux lèvres.
— "Peut-être les deux," gloussa Margot.
Elles restèrent ainsi jusqu’au petit matin, veillant sur leur amie comme deux sœurs. Quand les premiers rayons du soleil filtrèrent à travers les fenêtres, Sibylle s’étira enfin, ouvrant lentement les yeux.
— "Bonjour, Sisi," dit Sylvie doucement.
— "Bonjour…" murmura Sibylle, encore ensommeillée.
— "Tu as bien dormi ?" demanda Margot.
— "Oui… merci," répondit Sibylle, un sourire timide aux lèvres.
— "On ne voulait pas te réveiller," expliqua Sylvie.
— "Nous sommes restées avec toi," ajouta Margot.
Sibylle les regarda, émue par leur gentillesse.
— "Merci… vous êtes de vraies amies."
— "Bien sûr," dit Sylvie en lui prenant la main. "On est là pour toi, quoi qu’il arrive."
— "Et la prochaine fois, on trouvera ces satanés mouchoirs !" promit Margot, faisant rire tout le monde.
Elles passèrent le reste de la matinée à discuter, à partager des souvenirs et à rire de leurs mésaventures. Malgré les épreuves, malgré les larmes et les robes déchirées, elles savaient une chose : leur amitié était plus forte que tout.
Et c’est ainsi que se termina cette nuit inoubliable, une nuit où elles avaient partagé bien plus que des épisodes de leur série préférée. Une nuit où elles avaient montré, chacune à leur manière, ce que signifiait vraiment être là les unes pour les autres.

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