91. Le Conseil du Roi : La Princesse Sylvie

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La convocation était arrivée à l’aube, scellée du sceau royal, portée par un messager aux yeux froids qui n’avait pas prononcé un mot. Princesse Sylvie de Sylvaria, par ordre de Sa Majesté le Roi, vous êtes attendue au Conseil du Roi ce matin à la troisième heure. Présentez-vous à la salle de Jade. Présence obligatoire.

Cela faisait plus d'un mois qu'elle et Margot soutenaient Damoiselle Sibylle dans son rétablissement. Les investigations assidues menées dans les cryptes ainsi que l’expertise de tous les appareils et machines récupérés avaient dû permettre d’obtenir toutes sortes d’informations, en particulier les ordinateurs.

Pour la première fois dans une situation de crise, elle devrait jouer officiellement son rôle de princesse devant les grands du royaume, en présence de ses parents, les souverains. Elle sentit une boule d'anxiété se former dans son ventre.

Margot, remarquant son trouble, s'approcha et posa une main rassurante sur son épaule.

— « Ne vous inquiétez pas, Princesse. Vous êtes prête. Vous avez été élevée pour cela ».

La princesse Sylvie se leva et se dirigea vers sa garde-robe, où Margot et deux autres servantes l'attendaient déjà. Elles choisirent une robe bleu nuit brodée d'argent, assez pour honorer la couronne mais sans attirer l’attention. Elles l'aidèrent à l'enfiler. Margot ajusta les plis avec soin, tandis que les autres servantes coiffaient ses cheveux en une tresse complexe, ornée de perles fines.

— « Tenez-vous droite, Princesse », murmura Margot en lui tendant un miroir. « Vous incarnez la dignité de Sylvaria ».

La princesse Sylvie se regarda dans le miroir, reconnaissant à peine la jeune femme sérieuse qui lui faisait face. Elle respira profondément, essayant de calmer les pensées qui se bousculaient dans son esprit. A vingt-quatre ans, elle n’était que la princesse héritière, sans rôle significatif dans les affaires du royaume.

Margot lui tendit un collier d'émeraudes, un cadeau de sa mère pour son quinzième anniversaire.

— « Portez ceci. Il vous portera chance ».

La princesse Sylvie le mit autour de son cou, sentant le poids des pierres froides contre sa peau. « Je dois être forte. Je dois être une princesse ».

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Le Chemin vers la Salle de Jade

Accompagnée de Margot et de trois servantes qui la suivaient selon le protocole, la princesse Sylvie traversa les couloirs du palais, ses pas résonnant sur les dalles de marbre. L'aile où se trouvait la Salle de Jade était éloignée, réservée aux affaires internes les plus sensibles. Elle n'y avait jamais été. Ce palais était tellement immense

Lorsqu'elles arrivèrent à l'aile des salles de réunion, un homme en livrée noire se détacha de l'ombre et s'avança vers elles.

— « Princesse Sylvie », dit-il d'une voix ferme, « je suis l'émissaire du Prince Olivier. Par ordre de Son Altesse, vos servantes doivent vous laisser ici. »

Margot, remarquant son agitation, pressa doucement son bras en lui adressant un sourire encourageant. — « Tout ira bien, Princesse. Vous êtes la fille de vos parents. Vous avez leur sang, leur courage. Je serai ici quand vous aurez fini »

Les servantes s'inclinèrent et reculèrent, laissant la princesse Sylvie seule avec l'émissaire. Par une porte dérobée, il la conduisit à travers un dédale de couloirs étroits jusqu'à une petite antichambre privée, faiblement éclairée par une unique torche.

— « Attendez ici, Princesse », dit-il en désignant une trappe étroite, juste à la hauteur de ses yeux. « Vous pourrez observer ce qui se passe dans la salle du Conseil. Tenez-vous prête pour l’appel de votre nom. »

Sans attendre de réponse, il quitta la pièce, laissant la princesse Sylvie seule et interdite dans la pénombre. Qu’est-ce que cela voulait dire ?

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L’Œil Secret du Conseil

Sylvie se tenait immobile dans la petite pièce, son cœur battant à un rythme saccadé. La trappe étroite, creusée dans le mur de pierre, lui offrait une vue partielle de la salle du Conseil, assez pour distinguer les silhouettes qui défilaient sous la lumière des torches.

Un héraut, debout près des portes monumentales, annonça d’une voix puissante :

Son Excellence, le Duc Aldric de Montclair, Seigneur des Hauts Plateaux de l’Est !

Le Duc entra, son manteau d’hermine glissant sur le sol comme une ombre royale. Il s’inclina devant les trônes vides avec une rigidité calculée, puis prit place à gauche, là où les seigneurs des Hauts Plateaux avaient toujours siégé, et resta debout devant sa chaise. Sylvie remarqua la façon dont son regard balaya l’assemblée, comme s’il cherchait un adversaire invisible.

Son Excellence, la Duchesse Éléonore de Valombre, Dame des Vallées Sombres !

La Duchesse fit son apparition, sa robe violette bruissant comme une menace. Elle salua les trônes d’un mouvement de tête précis, ses yeux noirs glissant sur l’assemblée avec une curiosité froide. Sylvie sentit un frisson la traverser quand le regard de la Duchesse se posa, une fraction de seconde, sur l’endroit où se trouvait son œilleton. Avait-elle senti sa présence ?

Son Excellence, la Grande Duchesse Isolde de Sylvaria, Amirale de l’Océan Infini !

La Grande Duchesse entra d’un pas sûr, son trident en argent accroché à sa ceinture. Son inclination devant les trônes fut profonde, presque cérémonieuse, avant de prendre place près des cartes marines. Sylvie admira la façon dont elle dominait l’espace, comme si les murs eux-mêmes lui obéissaient.

Son Excellence, le Duc Gauvain des Grandes Plaines !

Son entrée fut marquée par le cliquetis des épées et le froissement des bannières. Il salua d’un geste ample, typique des nobles des Plaines, avant de rejoindre le Duc Aldric. Sylvie remarqua que ses mains, couvertes de cicatrices, tremblaient imperceptiblement.

Parmi les ministres, le héraut annonça :

Son Excellence, le Grand Chambellan Théodore le Sage, Conseiller Royal !

Le Grand Chambellan entra, sa robe pourpre traînant sur le sol. Il s’inclina avec une grâce étudiée avant de se diriger vers le centre de la table. Son regard passa près de la trappe, et Sylvie se recroquevilla instinctivement, comme si elle pouvait disparaître dans l’ombre.

Puis, le héraut annonça d’une voix solennelle :

Son Altesse Royale, le Prince Olivier de Valoria, Héritier du trône de Valoria, Directeur des Services Conjoints de Contre-Espionnage !

Le Prince entra d’un pas mesuré, vêtu d’une armure noire sans ornements. Ses yeux marrons, froids comme l’acier, balayèrent l’assemblée avant de se poser sur les trônes vides. Il ne salua personne, se contentant de prendre place, debout devant sa chaise, comme s’il était déjà maître des lieux.

Un silence tendu s’installa, rompu seulement par le crépitement des torches.

Puis, le héraut annonça d’une voix grave :

Les Envoyés Extraordinaires du Royaume de Valoria !

Trois hommes entrèrent, leurs robes sombres brodées de symboles étranges. Leurs visages étaient découverts, mais leurs expressions étaient indéchiffrables, comme taillées dans le marbre. Leurs pas étaient synchronisés, et l’un d’eux murmura quelque chose à l’oreille du Prince Olivier. Un murmure parcourut l’assemblée, et Sylvie sentit son estomac se serrer.

Qui sont-ils ? se demanda-t-elle, tandis que les regards se tournaient vers les trônes vides, dans l’attente de l’arrivée du roi et de la reine.

Puis vinrent les responsables militaires, Marquis, Barons et Seigneurs, annoncés avec une solennité martiale. Ils entrèrent un à un, leurs armures étincelantes reflétant la lumière des torches, leurs pas lourds résonnant sur la pierre. Sylvie reconnut leurs visages.

Les ministres suivirent, leurs robes colorées apportant une touche de vivacité dans l’atmosphère tendue.

Enfin, les conseillers et légistes prirent place, leurs visages marqués par les années de service.

Sylvie sentit son cœur bondir dans sa poitrine lorsque les derniers conseillers eurent gagné leur place. C’est maintenant. Elle inspira profondément, ajustant d’un geste nerveux les plis de sa robe bleu nuit brodée d’argent. Comme elle aurait aimé que Damoiselle Sibylle soit à ses côtés ! Elle, qui connaissait chaque nuance du protocole et de l’étiquette, aurait su lui murmurer les mots justes, lui rappeler comment incliner la tête, comment poser les mains. Mais elle était seule. Et elle allait devoir tenir officiellement son rang de princesse héritière.

Elle se dirigea vers la petite porte de la pièce menant à la salle du Conseil.

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La princesse Sylvie

Les portes de la salle du Conseil s’ouvrirent à nouveau, et le héraut leva sa voix puissante :

Son Altesse Royale, Sylvie Monique Isabeau de Sylvaria, 143ème porteuse du Nom de la Sainte Sylvie, Princesse Héritière de Sylvaria !

Un silence se fit. Tous les regards se tournèrent vers elle. Sylvie sentit le poids des attentes, des regards scrutateurs, des murmures étouffés. Elle redressa les épaules, releva le menton, et avança d’un pas mesuré, comme on le lui avait enseigné.

Ses bottines de velours glissaient sans bruit sur la pierre polie. Elle évita soigneusement de croiser les yeux des nobles assemblés, se concentrant sur les trônes qui l’attendaient. Celui du milieu, plus imposant, était celui de son père. À sa droite, celui de sa mère. Et à sa gauche… le sien.

Elle monta les trois marches du dais, sentant le regard du Prince Olivier peser sur elle. Ne trébuche pas. Ne rougis pas. Sois une princesse.

Un frisson lui parcourut l’échine. Elle était là. Officiellement. Pour la première fois, elle siégeait parmi eux, non plus à un banquet comme une simple princesse secondaire, mais comme l’héritière du trône à un Conseil du Roi.

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L’Arrivée des Souverains

Le héraut leva à nouveau sa voix, grave et solennelle, faisant retentir les murs de la salle du Conseil :

Sa Majesté Royale, Lothair Théodoric Armandor de Sylvaria, Roi de Sylvaria, Défenseur des Hauts Plateaux et des Grandes Plaines, Commandeur Suprême des Armées, Aimant de sa Reine !

Un silence absolu tomba sur l’assemblée. Les portes s’ouvrirent en grand, et le roi entra, drapé dans un manteau d’un bleu profond brodé d’or, symbole de sa lignée. Son pas était lent, mesuré, chaque mouvement empreint d’une autorité naturelle. Son regard balaya la salle, s’attardant un instant sur Sylvie avant de se fixer droit devant lui. Il monta les marches du dais avec une grâce royale, et lorsqu’il s’assit sur son trône, un frisson parcourut l’assemblée.

Puis, le héraut annonça, d’une voix qui semblait porter le poids des siècles :

Sa Majesté Royale, la Reine Sylvie de Sylvaria, 142ème porteuse du Nom de la Sainte Sylvie, Reine éternelle de Sylvaria, Héritière de la promesse faite à la Terre et du Serment des Reines, Aimée de son Roi.

La reine entra dans un bruissement de soie blanche, sa robe immaculée rehaussée de fils d’argent, comme une étoile descendue sur terre. Son visage était serein, mais ses yeux brillaient d’une intensité qui fit trembler Sylvie. Elle gravit les marches avec une élégance innée, et lorsqu’elle prit place à côté du roi, un silence profond enveloppa la salle.

Tous les présents s’inclinèrent profondément, certains mettant un genou à terre. Même les plus puissants seigneurs et généraux baissèrent la tête en signe de soumission et de respect. Sylvie sentit son cœur battre à tout rompre. Elle n’avait jamais imaginé ce que cela pouvait être de gouverner un tel royaume, de présider à la destinée de centaines de millions d’hommes et de femmes.

Pour la première fois, elle comprit ce que signifiait être Reine de Sylvaria.

Le poids de la couronne lui sembla soudain bien plus lourd qu’elle ne l’avait jamais cru. Elle regarda ses parents, assis côte à côte, leurs regards posés sur l’assemblée avec une sérénité qui trahissait des années de règne. Et elle réalisa, avec une clarté bouleversante, que ce jour marquait le début de son propre destin.

La reine, d’un geste gracieux de la main, brisa le silence avec une voix claire et mélodieuse : "Nobles seigneurs et fidèles serviteurs de Sylvaria, nous vous autorisons à prendre place."

Un murmure de respect parcourut l’assemblée tandis que chacun s’asseyait, les regards toujours tournés vers le dais royal.

Elle s’assit avec grâce, ajustant sa robe autour d’elle avant de poser les mains sur les accoudoirs, exactement comme Damoiselle Sibylle le lui avait montré. Elle garda le dos droit, le regard fixé devant elle, s’efforçant d’avoir l’air à la fois digne et naturelle.

Le Conseil pouvait enfin commencer.

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