96. Le Banquet des Retrouvailles

10 minutes de lecture

Mei-Ling en avançant vers le centre de la pièce à la douce lueur des lanternes marqua une pause, stupéfaite par la métamorphose des lieux. Le salon, habituellement réservé aux discussions informelles, avait été converti en une salle de banquet digne des plus grandes cérémonies de Cathay. Les cinq fauteuils confortables avaient été repoussés contre les murs, afin de ménager un grand espace central où une grande table basse, sculptée dans un bois précieux et recouverte de nattes de bambou, avait été dressée avec une rigueur protocolaire.

Des coussins de soie brochée étaient disposés en cercle autour de la table. Chaque place était marquée par un petit rouleau calligraphié, portant le nom des convives en caractères élégants.

______________________________________________________________________

Le Diner Traditionnel

Sylvie, radieuse, se précipita vers elle.

— "Surprise !" s’exclama-t-elle en prenant les mains de Mei-Ling. "Nous avons voulu t’offrir un vrai banquet cathayen, comme ceux de chez toi."

Elle désigna la table, où des bols en porcelaine fine, des baguettes en bambou et des coupes en jade étaient disposés avec soin.

— "Flamme et Long nous ont tout expliqué. Nous avons même réussi à nous procurer quelques alcools typiques."

Mei-Ling sentit une émotion intense l’envahir. Elle reconnut immédiatement la place d’honneur, située face à l’entrée, réservée à l’hôte de marque. C’était la sienne. Les autres places étaient attribuées avec une précision qui trahissait l’attention portée aux détails : Olivier à sa droite, Sylvie à sa gauche, Sibylle en face d’elle, et Margot à ses côtés. Les dragons nains avaient pour eux tout un assortiment de coussins où ils avaient pris place.

— "Vous avez pensé à tout…" murmura Mei-Ling, les yeux brillants. "C’est… incroyable."

Le premier service fut annoncé par l’entrée de serviteurs, vêtus de tuniques bleues et blanches, les couleurs traditionnelles de Cathay. Ils apportèrent des plateaux en laque noire, sur lesquels étaient disposés des petits bols contenant des amuse-bouches : des rouleaux de printemps croustillants, des tranches de melon parfumé à la fleur d’oranger, et des crevettes marinées dans une sauce sucrée-salée. Mei-Ling sourit en reconnaissant ces mets, si familiers et pourtant si éloignés de Sylvaria.

— "Alors, Mei-Ling," commença Olivier en levant sa coupe, "dis-nous, est-ce que les banquets à la cour de Cathay sont toujours aussi… élaborés ?"

Mei-Ling rit doucement.

— "Oh, bien plus encore. À la cour impériale, chaque plat est une œuvre d’art, et chaque geste est codifié. Mais celui-ci… celui-ci est parfait."

Sylvie, visiblement ravie, fit un signe aux serviteurs. Le deuxième service fut présenté : une soupe claire, parfumée au gingembre et aux pousses de bambou, suivie de poissons entiers, cuits à la vapeur et nappés d’une sauce soja infusée au sésame. Les convives utilisaient leurs baguettes avec plus ou moins de dextérité, mais l’ambiance était chaleureuse et détendue.

Margot, les yeux brillants de curiosité, demanda :

— "Et les alcools ? Comment les déguste-t-on correctement ?"

Mei-Ling prit une coupe en jade remplie d’un liquide doré.

— "Celui-ci est du huangjiu, un vin de riz vieilli. On le boit lentement, en appréciant son arôme. Et celui-là…" Elle désigna une bouteille verte, "est du baijiu, un alcool de grain très fort. Il se sert en petites quantités, et on le boit cul sec, en accompagnement des plats épicés."

Margot, attentive, versa un peu de thé vert dans une théière en porcelaine.

— "Et le thé ? Quand le boit-on ?"

— "Entre chaque service," expliqua Mei-Ling. "Il purifie le palais et permet de mieux apprécier les saveurs."

Le repas se poursuivit, rythmé par des questions sur la vie à Cathay, les coutumes, les fêtes. Mei-Ling répondait avec enthousiasme, racontant les marchés animés, les temples anciens, les cérémonies du thé. À chaque plat, les serviteurs apportaient de nouvelles spécialités : du canard laqué croustillant, des nouilles sautées aux légumes frais, des raviolis farcis à la viande et aux champignons.

Olivier, après avoir goûté un morceau de canard, hocha la tête avec admiration.

— "Je pense que tu as dû vraiment aimé retourner vivre là-bas ce six derniers mois. Tout est… si savoureux."

Mei-Ling sourit, touchée par leur intérêt.

— "Cathay est un pays de contrastes. La nourriture en est un parfait exemple : douce, épicée, sucrée, salée… tout y est équilibré."

Le dernier service fut présenté : des tangyuan, ces boules de riz gluant farcies à la pâte de haricot rouge, symboles d’unité et de prospérité. Les convives les dégustèrent en silence, savourant la douceur du dessert. La lueur des lanternes rouges dansait sur les visages apaisés, et une douce chaleur régnait dans le salon transformé.

Margot, l’air toujours très intéressée, posa une question timide :

— "Mei-Ling, d’habitude, lors de ces banquets, n’y a-t-il pas des divertissements ? De la musique, des danseurs, ou quelque chose de ce genre ?"

Mei-Ling sourit, amusée.

— "Si, bien sûr. À la cour impériale, des musiciens jouent du guqin ou de la flûte dizi, et parfois des danseurs interprètent des scènes tirées des légendes. Mais dans les banquets plus intimes, comme celui-ci, les convives préfèrent souvent discuter, échanger des histoires, ou même jouer à des jeux comme le weiqi. Après tout, le but est de renforcer les liens, pas seulement de se remplir l’estomac."

Sylvie acquiesça avec enthousiasme.

— "Alors, peut-être pourrions-nous jouer à quelque chose après ? Flamme et Long nous ont parlé d’un jeu de stratégie avec des pierres noires et blanches…"

— "Le weiqi, oui !" s’exclama Mei-Ling, ravie. "C’est une excellente idée. Mais d’abord…"

Elle se tourna vers Olivier, qui venait de se servir une nouvelle coupe de baijiu.

— "Prince Olivier, vous avez remarqué que nous n’avons pas encore parlé des alcools de fin de repas. À Cathay, une fois le dîner terminé, on sert souvent du maojiu, un vin de prune légèrement sucré, ou du laolao, un alcool de sorgho plus doux. Ce sont des boissons idéales pour accompagner les conversations nocturnes."

Olivier leva un sourcil intéressé.

— "Ah, vraiment ? Alors je dois absolument goûter cela." Il fit un signe aux serviteurs, qui apportèrent rapidement une bouteille de maojiu et des coupes plus petites, en céramique vernissée. Le liquide ambré scintillait à la lueur des bougies, dégageant un parfum fruité et légèrement floral.

— "À la tienne, Mei-Ling," dit-il en levant sa coupe. "Et à cette soirée inoubliable."

Les autres levèrent leurs verres à leur tour, et un silence complice s’installa, rompu seulement par le cliquetis des coupes qui s’entrechoquaient.

"Alors," reprit Sylvie en s’appuyant contre son coussin, "qui veut commencer une partie de weiqi ? Ou préférez-vous que nous continuions à parler de Cathay ? Mei-Ling, raconte-nous encore…"

Mei-Ling sourit, le cœur léger.

"Avec plaisir. Mais d’abord, laissez-moi profiter de ce moment. Tout est parfait."

______________________________________________________________________

Le Grand Conflit des Salons

Les lanternes continuaient de briller doucement, tandis que les convives restaient assis, savourant ce moment de grâce. Le banquet était terminé, mais les souvenirs, eux, venaient à peine de commencer.

Flamme et Long, sur leur pile de coussins attitrés s’étaient endormis, heureux de la présence de leurs amis, et repus de gâteaux au miel ainsi que de toutes sortes de sucreries complétées par quelques tangyuan. Leur bonheur était complet.

Mei-Ling, en se penchant en arrière jeta un regard sur les confortables fauteuils disposés le long du mur, et observa la pièce avec une curiosité amusée.

"Sylvie, pourquoi les sièges sont-ils tous alignés ainsi ? C’est un peu inhabituel pour un salon de réception."

Sylvie, les yeux brillants d’une fierté malicieuse, sourit en ajustant son coussin.

"Ah, cela, ma chère Mei-Ling, est le résultat de ce que j’ai baptisé 'Le Grand Conflit des Salons'."

Sibylle et Margot échangèrent un regard complice, tandis que Mei-Ling se pencha en avant, intriguée.

"Racontez-moi tout !"

Sylvie prit une profonde inspiration, adoptant un ton dramatique.

"Tout a commencé lorsque j’ai décidé de réserver ce salon pour nos visionnages hebdomadaires du c-drama tourné ici, à Sylvaria. J’avais besoin de l’écran le plus grand du palais, et ce salon était parfait. Mais…" Elle fit une pause théâtrale. "Les intendants et les seigneurs n’étaient pas de cet avis."

Elle expliqua alors comment les intendants, débordés par les réunions des seigneurs et des ministres, avaient tenté de récupérer le salon.

"Ils voulaient l’utiliser pour des dîners secrets, des tractations diplomatiques… mais je n’allais pas abandonner mon sanctuaire aussi facilement !"

Margot intervint avec un rire.

"Sylvie a convaincu Olivier de jouer le protecteur. Il a inventé une excuse 'officielle' : notre visionnage était une 'mission de sécurité nationale' pour analyser les réactions du peuple face à la série."

Mei-Ling éclata de rire.

"Vous avez vraiment fait croire ça aux intendants ?"

"Oh, ils ont gobé l’histoire !" s’exclama Sylvie, ravie. "Et Olivier a même posté des gardes devant la porte pour nous protéger… des réunions ennuyeuses."

Sibylle ajouta doucement :

"C’était un vrai soulagement de pouvoir s’évader, surtout avec tout ce qui se passe au palais en ce moment."

Mei-Ling hocha la tête, son regard se perdant un instant vers l’écran géant.

"Et maintenant, ce salon est notre refuge. Ces fauteuils sont parfaits pour regarder les épisodes, n’est-ce pas ?"

Sylvie acquiesça avec enthousiasme.

"Exactement ! Et en plus, ils sont si confortables que même Sibylle finit par s’endormir pendant les scènes de combat."

Ils éclatèrent tous de rire, tandis que Mei-Ling secouait la tête, amusée par l’audace de Sylvie.

"Vous êtes incroyable, Sylvie. Je comprends pourquoi vous adorez cet endroit."

Sylvie sourit, satisfaite.

"Vous savez que nous en sommes à notre 11ème séance de diffusion ?" demanda Sylvie avec enthousiasme. "Dans trois jours, les épisodes 41 à 44 seront diffusés. Mei-Ling, est-ce que tu pourras te rendre disponible en fin de soirée ?"

Mei-Ling, toujours élégante et souriante, acquiesça.

"Bien sûr, Sylvie. Je ne manquerais cela pour rien au monde. Et dis-moi, comment s'est passée la grande première de la diffusion des quatre premiers épisodes ?"

______________________________________________________________________

Le Soirée Cinématographique

À cette question, Sylvie devint soudain très gênée, ses joues rosirent légèrement et elle détourna le regard. Margot, Olivier et Damoiselle Sibylle échangèrent des regards complices, sentant l'opportunité parfaite pour prendre leur revanche sur Sylvie.

"Oh, Mei-Ling, tu devrais vraiment entendre l'histoire de la première soirée cinématographique de Sylvie," commença Margot avec un sourire malicieux.

"Oui, c'était... spécial," ajouta Olivier en réprimant un rire.

"Très spécial," renchérit Damoiselle Sibylle, un sourire narquois aux lèvres.

Sylvie, de plus en plus mal à l'aise, tenta de changer de sujet.

"Oh, ce n'était rien de spécial, vraiment. Juste une soirée normale."

Mais Margot ne laissa pas passer cette occasion.

"Normale ? Sylvie, tu as failli tuer Olivier en sursautant quand Li Wei est apparu à l'écran !" Elle imita Sylvie en bondissant du canapé et en hurlant "LIIIII WEEEIIIII !!!!!", ce qui fit éclater de rire Mei-Ling.

"Et n'oublions pas quand tu as trébuché sur un coussin et atterri sur le pied de Margot," ajouta Olivier.

"Aïe !" gémit Margot en se tenant le pied. "J'ai encore mal rien que d'y penser."

Damoiselle Sibylle prit la parole avec un sourire amusé.

"Et puis, il y a eu la fameuse scène où Sylvie a décidé de danser au milieu du salon, bousculant tout le monde."

"Et quand Sylvie s'est mise à danser, elle s'est frappé le tibia si fort sur la table du salon qu'elle en est revenue à quatre pattes !" ajouta Olivier en riant. "On a cru qu'elle allait s'évanouir !"

"Oh, et les dragons !" s'exclama Margot. "Ils ont trouvé refuge dans un buffet pour échapper au chaos."

Flamme et Long, les deux dragons nains, levèrent les yeux au ciel en entendant cela.

"Grrrrr..." fit Flamme, traduisant approximativement par "Elle est insupportable."

"Et n'oublions pas le coussin enflammé !" s'exclama Margot en riant. "Sylvie a lancé un coussin sur les dragons, et il a pris feu !"

"C'était un accident !" protesta Sylvie, rouge de honte.

"Oui, et j'ai dû me battre pour éteindre le feu," ajouta Olivier. "Pendant ce temps, Margot m'a envoyé une pantoufle sur la tête parce que je vous gênais pour voir l'écran !"

"Et la pantoufle était un accident aussi ?" demanda Damoiselle Sibylle avec un sourire moqueur.

"Bien sûr !" répondit Margot en riant. "Enfin, peut-être pas tout à fait."

"Et ce n'est pas tout !" s'exclama Margot en regardant Sylvie de travers. "Sylvie adore s'asseoir dans les canapés en enjambant les dossiers. Résultat, j’ai reçu une fois un grand coup de pied dans les côtes et la fois suivante elle m’a carrément écrasée en me marchant sur le ventre ! J'ai cru que j'allais mourir étouffée !"

Sylvie, rouge de honte, tenta de se défendre.

"C'était une soirée exceptionnelle, c'est tout. Et puis, vous exagérez tous ! Et d’ailleurs, moi je me souviens très bien de la réaction d'Olivier devant la première apparition héroïque de Mei-Ling !"

Olivier devint instantanément rouge écarlate, cherchant désespérément une excuse.

"Euh... c'était... euh... une réaction instinctive !"

"Instinctive ?" ricana Margot. "Tu as failli tomber du canapé tellement tu étais penché en avant !"

"Oui, vous étiez dans un tel état second que nous avons cru que vous étiez en transe devant l’écran !" ajouta Damoiselle Sibylle en riant. "C'était adorable."

Olivier tenta de se justifier.

"C'était... c'était la surprise ! Mei-Ling était... euh... incroyable !"

"Incroyable, oui," gloussa Sylvie. "Tu as mis dix minutes à retrouver tes esprits !"

"Dix minutes ?" protesta Olivier. "Tu m’as envoyé un coussin !"

"Peu importe," conclut Margot en riant. "C'était hilarant. On aurait dit un poisson hors de l'eau."

Tout le monde éclata de rire, y compris Olivier, qui finit par accepter que cette soirée soit devenue légendaire.

"Bon, d'accord, c'était un peu chaotique. Mais c'était amusant, non ?"

"Très amusant," répondit Mei-Ling en riant. "Et rien que pour cela, je suis impatiente d’assister à la prochaine diffusion avec vous."

Et ainsi se conclut cette soirée, entre rires et complicité, avec la promesse de nombreuses autres soirées cinématographiques à venir.

Les lanternes continuaient de briller doucement, tandis que les convives restaient assis, savourant ce moment de grâce. Le banquet des retrouvailles était terminé, mais les souvenirs, eux, venaient à peine de commencer.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Cyr Roivan ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0