97. La Malle au Trésor de la lointaine Cathay

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Le grand salon Pourpre du palais de Sylvaria resplendissait sous la douce lueur des lanternes rouges et dorées, leurs reflets dansants sur les murs tapissés de soie. Les cinq fauteuils, disposés en demi-cercle devant l’écran géant, semblaient attendre patiemment leurs occupants, comme des trônes prêts à accueillir les rois et les reines d’un royaume bien particulier : celui du c-dramaLe Palais des Rêves éternels’. Les tables basses, une pour chaque spectateur, chargées de snacks, de boissons et de bonbons, débordaient de gourmandises, les seaux à glace étaient remplis de boissons sucrées pétillantes et colorées, tandis que des piles de mouchoirs, discrètement placées à portée de main, témoignaient de l’émotion prévisible de la princesse Sylvie.

La journée avait été longue pour tous. Les obligations du palais, les réunions interminables et les intrigues politiques avaient épuisé même les plus endurcis. Mais ce soir était différent. Ce soir, ils avaient quatre épisodes à regarder, et surtout… Mei-Ling serait enfin des leurs.

La princesse Sylvie, rayonnante dans une robe de soie bleu nuit brodée de fils d’argent, avait passé l’après-midi à tout superviser. Elle avait vérifié chaque détail, ajusté chaque coussin, et même inspecté les mouchoirs pour s’assurer qu’ils étaient bien pliés. — « Il faut que tout soit parfait », répétait-elle, les yeux brillants d’excitation.

Margot, pragmatique, roulait des yeux en la voyant s’affairer.

— « Votre Altesse, si vous passez encore une minute à vérifier ces mouchoirs, les épisodes seront terminés avant même qu’on ait commencé », plaisanta-t-elle en posant une assiette de pâtisseries sur la table.

Damoiselle Sibylle, assise près de la fenêtre, observait la scène avec un sourire discret, tandis que le prince Olivier, qui les avait rejoints en début de soirée, nonchalamment installé dans un fauteuil, feignait de lire un parchemin officiel, bien qu’il jetât des regards amusés en direction de Sylvie.

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L’arrivée de Mei-Ling

C’est alors que la porte du salon s’ouvrit avec une grâce silencieuse, laissant entrer un courant d’air parfumé aux fleurs de cerisier. Mei-Ling apparut dans l’embrasure, vêtue d’une robe de soie émeraude qui épousait ses formes avec élégance. Ses cheveux noirs, soigneusement coiffés en une cascade de boucles, encadraient son visage lumineux. Elle portait une étole légère, brodée de motifs traditionnels cathayens, et ses pas légers semblaient à peine effleurer le sol.

« Désolée pour mon retard », murmura-t-elle d’une voix douce, un sourire énigmatique aux lèvres. « Les affaires de Cathay m’ont retenue plus longtemps que prévu. »

Sylvie, les yeux brillants de joie, se précipita vers elle.

— « Mei-Ling ! Enfin ! Nous t’attendions avec impatience ! » Elle prit les mains de son amie, les serrant avec enthousiasme. « Viens, viens, installe-toi ! Nous allons commencer dès que tu seras prête. »

Mei-Ling acquiesça, son regard balayant la pièce avec satisfaction.

— « Je vois que tout est prêt », dit-elle, admirative. « Vous avez fait un travail remarquable. »

Olivier leva les yeux de son parchemin, un sourcil arqué.

— « Si seulement tu pouvais dire la même chose de Sylvie lors de nos précédentes séances », taquina-t-il, un sourire malicieux aux lèvres.

Sylvie rougit légèrement, mais ne put s’empêcher de sourire.

— « Allez, tout le monde, installez-vous ! » ordonna Sylvie en tapant dans ses mains, comme si elle dirigeait une armée plutôt qu’un groupe d’amis. « Et cette fois, promis, on se tient bien. Pas de cris, pas de bonds sur les canapés, et surtout… pas de coussins enflammés ! »

Margot éclata de rire.

— « Oh, Votre Altesse, vous êtes bien placée pour donner des leçons de calme ! »

Olivier, amusé, leva un sourcil. « Je crois me souvenir que c’est toi qui as failli mettre le feu au salon la dernière fois. »

Sylvie rougit légèrement, mais ne put s’empêcher de sourire.

« C’était un accident ! » protesta-t-elle, avant d’ajouter, malicieuse : « Enfin, presque. »

Tous prirent place, impatients de commencer. Mei-Ling, cependant, restait debout, un sourire énigmatique aux lèvres. Elle tenait son smartphone à la main, ses doigts agiles glissant sur l’écran. Les autres échangèrent des regards intrigués.

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Le Coffre au Trésor

— « Mei-Ling, tu ne t’assieds pas ? » demanda Sibylle, intriguée.

— « Dans un instant », répondit Mei-Ling, d’une voix douce mais ferme. « J’ai une petite surprise pour vous. »

À peine eut-elle prononcé ces mots qu’un léger bruit de pas se fit entendre derrière eux. Les serviteurs, vêtus de tuniques bleues et blanches, entrèrent en file indienne, portant une large et lourde malle en bois sculpté, ornée de motifs complexes. Ils la déposèrent délicatement devant les fauteuils, sous les regards ébahis du groupe.

Sylvie, bouche bée, fixa la malle comme si elle contenait un trésor perdu.

— « Qu’est-ce que c’est ? » murmura-t-elle, les yeux brillants de curiosité.

Mei-Ling sourit, son regard pétillant de malice.

— « Une petite attention pour rendre notre soirée encore plus spéciale », dit-elle en posant une main élégante sur le couvercle de la malle. « Après tout, vous avez fait tant d’efforts pour m’accueillir… Il était temps que je vous rende la pareille. »

Le prince Olivier, intrigué, se pencha légèrement en avant.

— « Dois-je m’attendre à une explosion de pétales de fleurs ou à un spectacle de dragons dansants ? » plaisanta-t-il.

Mei-Ling éclata de rire, un son cristallin qui résonna dans la pièce.

— « Oh, Olivier, toujours aussi dramatique ! » Elle fit un geste gracieux de la main, et les serviteurs ouvrirent la malle avec précaution.

Un silence stupéfait s’installa dans la pièce.

À l’intérieur, soigneusement rangés, se trouvaient des trésors incroyables. Des lanternes miniatures en papier de riz, ornées de motifs délicats. Des éventails en soie, peints à la main, représentaient des scènes emblématiques du c-drama. Des boîtes laquées, incrustées de nacre, contenaient des thés rares et des pâtisseries traditionnelles cathayennes. Des figurines en porcelaine, fines et détaillées, représentaient les personnages principaux, dont une version particulièrement expressive de Li Mei, le personnage de Sylvie, capturée dans la pose délicate d’une serveuse de thé.

Mais ce qui attira immédiatement l’attention de la princesse fut une collection de produits dérivés du c-drama « Les Palais des Rêves Oubliés ». Des posters grandeur nature, signés par les acteurs, montraient le prince joué par Li Wei paré d’une grande dignité, sa princesse, l’héroïne de l’histoire qu’il finit par épouser toute entourée de grâce et de délicatesse, Mei-Ling dans son rôle de princesse guerrière, l’épée levée, son armure étincelante reflétant la lumière. Des affiches artistiques, encadrées avec soin, représentaient des scènes clés de la série, chacune accompagnée d’une citation poignante. Des supports audios des OST, soigneusement empilés, promettaient des heures d’écoute envoûtante. Margot, quant à elle, passait en revue tout ce que la princesse sortait du coffre, émerveillée par tout ce qu’elle trouvait. Elle s’était évidemment autoproclamée responsable de l’inventaire du coffre.

Sylvie, les yeux écarquillés, tendit une main tremblante vers la figurine de Li Mei, minutieusement sculptée et peinte.

« Mei-Ling… c’est… incroyable ! » balbutia-t-elle, la voix pleine d’émotion. « Comment as-tu… ? »

Mei-Ling, heureuse de voir leurs réactions, expliqua avec un sourire.

« J’ai passé les six mois de mon séjour en Cathay à tout réunir et préparer. Certains de ces articles sont en édition très limitée, et il a fallu beaucoup de temps et d’efforts pour les obtenir. J’avais même réservé certains auprès de la société de production avant leur mise sur le marché. »

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Damoiselle Sibylle et le Coffre au Trésor

Sibylle, touchée par l’intention de Mei-Ling, mais légèrement critique devant un tel fan-service, observa les produits dérivés avec un mélange de curiosité et de scepticisme.

« C’est impressionnant », murmura-t-elle, « mais tout ce consumérisme de masse… » Cependant, sa curiosité l’emporta, et elle se mit à fouiller dans le coffre, en affichant un intérêt détaché

C’est alors qu’elle tomba sur un poster du héros du drama, le prince joué par Li Wei. L’image représentait le prince debout sous un grand cerisier en fleur, les pétales roses tombant doucement autour de lui comme une pluie printanière. Le ciel derrière lui était d’un bleu profond, strié de nuages légers, et la lumière du soleil filtrait à travers les branches, projetant des ombres délicates sur son visage. Une impression d’infinie mélancolie se dégageait de l’image, comme si le prince portait le poids du monde sur ses épaules, malgré la beauté du paysage.

Mais ce qui retint particulièrement son attention fut le poème imprimé en bas du poster. Les caractères mandarins, tracés avec une élégance exquise, semblaient danser sur le papier, captivant son regard.

Mandarin : 床前明月光,疑是地上霜。 举头望明月,低头思故乡。

Français : "Devant mon lit, la clarté lunaire, On dirait du givre sur le sol. Je lève la tête, regarde la lune, Je baisse la tête, pense à mon pays."

Sibylle sentit son cœur se serrer. Elle reconnut immédiatement le poème, celui que Li Bai lui avait récité sous le cerisier. Une larme coula sur sa joue, mais elle se ressaisit rapidement, l’essuyant discrètement avant que quelqu’un ne remarque son émotion. Sans un mot, elle roula soigneusement le poster et le glissa sous son bras, déterminée à le garder pour elle.

Sylvie, remarquant son geste, éclata de rire.

— « Sibylle, tu es en train de voler le poster ! » s’exclama-t-elle, amusée. « Tu as un faible pour Li Wei, c’est ça ? »

Sibylle rougit légèrement, mais garda son calme.

« Ne soyez pas ridicule, Princesse », répondit-elle d’un ton posé. « J’ai toujours aimé la poésie, et ce poème est certainement magnifique. »

Olivier, un sourire malicieux aux lèvres, leva un sourcil.

« Ah, la poésie… Bien sûr, c’est pour la poésie que tu veux garder ce poster », dit-il, moqueur. « Et pas du tout pour le beau prince Li Wei. »

Margot, ironique, roula des yeux.

« Sibylle, tu es aussi transparente que du verre », plaisanta-t-elle. « Mais si ça te fait plaisir, garde-le. Après tout, c’est un beau souvenir. »

Sibylle, touchée par leur taquinerie leur répondit d’un ton sarcastique.

« Merci pour votre compréhension ».

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Olivier et le Coffre au Trésor

Mais alors que Sibylle s’apprêtait à s’asseoir, le prince Olivier, jusqu’alors occupé à examiner les figurines, sembla tomber en extase devant un poster grandeur nature de Mei-Ling dans son rôle de princesse guerrière. L’image montrait Mei-Ling dans une pose héroïque, son épée levée, son armure légère et élégante reflétant la lumière du soleil. Son regard intense et dramatique captait toute l’attention, et la dédicace en bas du poster ajoutait une touche personnelle : « À mes chers amis de Sylvaria, avec tout mon amour, Mei-Ling ».

Olivier, visiblement subjugué, ne savait pas quoi faire. Il voulait désespérément prendre ce poster, mais il savait que les autres se moqueraient de lui s’il le faisait. Il jeta un coup d’œil rapide autour de lui, cherchant une solution. Son dilemme s’aggrava encore lorsque son regard se posa sur une figurine de Mei-Ling dans la même pose héroïque, et il sut qu’il devait les avoir tous les deux.

Mais comment faire pour ne pas être remarqué ? Il décida de prendre également un poster du même genre du prince Li Wei et sa figurine, ainsi qu’un magnifique poster du palais de Valoria avec une reproduction en modèle réduit du bâtiment principal du palais. Il espérait que cela permettrait de faire passer inaperçus ses articles avec Mei-Ling.

Il s’approcha discrètement du coffre, essayant de paraître nonchalant, et commença à rassembler ses trésors.

« Vous savez », dit-il d’un ton désinvolte, « j’ai toujours été fasciné par les arts martiaux et l’architecture. Ces posters et figurines sont de véritables œuvres d’art. »

Sylvie, qui avait remarqué son manège, éclata de rire.

« Olivier, tu es aussi transparent que Sibylle ! » s’exclama-t-elle. « Tu veux juste le poster de Mei-Ling parce que tu trouves qu’elle est belle. Sans parler de la figurine... »

Olivier rougit légèrement, mais tenta de garder son calme.

« Absolument pas », protesta-t-il. « C’est pour des raisons purement artistiques et historiques. »

Margot, narquoise, roula des yeux.

« Bien sûr, Olivier. Et moi, je suis l’impératrice de Cathay. »

Mei-Ling, amusée par la situation, sourit doucement.

« Olivier, tu n’as pas besoin de te justifier », dit-elle, d’une voix douce mais malicieuse. « Je suis flattée que tu m’apprécies, ainsi que mon travail. »

Olivier, soulagé, sourit timidement.

« Merci, Mei-Ling. C’est vraiment un honneur. »

Margot, toujours aussi sarcastique, ne put s’empêcher de lancer une pique.

« Olivier, tu devrais peut-être envisager de devenir un fan officiel de Mei-Ling. Tu as déjà tous les accessoires. »

Olivier, vexé, rougit encore plus.

« Très drôle, Margot. Très drôle. »

Mei-Ling, satisfaite de voir leurs réactions, s’assit enfin dans son fauteuil, les mains jointes devant elle.

« Je voulais que cette soirée soit aussi mémorable pour vous que l’a été mon retour », dit-elle, son regard balayant le groupe avec tendresse. « Et maintenant… si nous commencions ? »

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Conclusion (Avant la Séance)

Il était déjà tard, mais l’excitation était palpable. Chacun avait soigneusement disposé ses trésors récupérés dans le coffre sur sa table près de son fauteuil. Sibylle, toujours discrète, avait placé son poster roulé de Li Wei sous son siège, mais avait laissé traîner la figurine du prince sur la table, comme pour narguer gentiment Olivier.

« Au cas où tu voudrais l’admirer de plus près », murmura-t-elle avec un sourire malicieux.

Olivier, quant à lui, avait disposé ses trophées avec une certaine fierté. Le poster de Mei-Ling dans son rôle de princesse guerrière était roulé à côté de la figurine correspondante. À côté, le poster du prince Li Wei et sa figurine servaient de couverture pour ses véritables intentions, ainsi que sa reproduction miniature du palais.

« Purement pour des raisons artistiques et historiques », répéta-t-il, un peu trop rapidement, sous les rires moqueurs de ses amis.

Margot avait opté pour un vaste assortiment de porte-clés, verres, vêtements, casquettes et tout un tas d’autres menus goodies.

« Au moins, ceux-là sont utiles », déclara-t-elle en brandissant un porte-clés en forme de dragon. « Et puis, ils sont mignons. »

Tout le monde savait que le reste du coffre était le trésor de guerre de la princesse Sylvie. Elle avait déjà commencé à trier les articles avec un sourire ravi, rangeant soigneusement les posters, les figurines et les accessoires.

« C’est pour ma collection personnelle », expliqua-t-elle, les yeux brillants de joie, une véritable enfant.

Mei-Ling, assise confortablement dans son fauteuil, observa ses amis avec un sourire tendre.

« Vous êtes tous adorables », dit-elle, amusée. « Je suis ravie de voir que mes petits cadeaux vous ont tant plu. »

Sylvie, toujours aussi enthousiaste, se tourna vers l’écran, les mains jointes

« Bon, maintenant que tout le monde a ses trésors, on peut enfin commencer ! » s’exclama-t-elle, impatiente.

Les premières notes de la musique d’ouverture retentirent, et une atmosphère de magie et de complicité enveloppa la pièce. Les lanternes projetaient des ombres dansantes sur les murs, et les parfums des thés et des pâtisseries se mêlaient à l’air, créant une ambiance presque irréelle.

Pour la première fois, ils étaient tous réunis, prêts à partager bien plus qu’une simple soirée de c-drama. Ils étaient prêts à vivre un moment unique, un moment où l’amitié, la culture et la passion se mêlaient dans une harmonie parfaite. Et tandis que le générique d’ouverture défilait sur l’écran géant, chacun d’eux savait qu’ils venaient de vivre un instant qu’ils n’oublieraient jamais.

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