99. Le Conte du Prince et du Compagnon d’Armes
La porte de ses appartements se referma dans un claquement étouffé, et Olivier resta un instant immobile dans le couloir faiblement éclairé. La soirée cinéma avait été… mémorable. Mei-Ling l’avait bien définie. Entre les emballages de bonbons déchirés avec la ferveur d’un guerrier ouvrant un coffre au trésor, et les leçons de Mei-Ling sur l’importance sacrée du générique de début et de l’art du silence, il y avait de quoi alimenter les souvenirs.
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Les Pensées Nocturnes du Prince Olivier
Mais une chose, en particulier, lui trottait dans la tête.
Elle m’a tiré la langue.
Un geste si trivial, si enfantin, qu’il aurait pu en rire. Pourtant, quelque chose en lui s’était figé. Pas par gêne, non. Pas par irritation. Mais par une prise de conscience si brutale qu’il avait dû feindre l’indifférence pour ne pas trahir son trouble.
Il traversa la chambre, déposant sa veste sur le dossier d’une chaise avant de retirer sa ceinture d’un geste mécanique. Ses doigts effleurèrent le métal froid de son insigne, symbole de son rang et de ses responsabilités. Chef du service conjoint de contre-espionnage de deux royaumes. Analyste. Stratège. Homme de l’ombre.
Pourtant, ce soir, il se sentait aussi perdu qu’un novice face à une énigme insoluble.
Pourquoi ce geste l’avait-il autant perturbé ?
Il entra dans la salle de bains, allumant la lumière d’un geste automatique. L’éclairage vif se refléta dans le miroir, soulignant les cernes sous ses yeux. Il déboutonna sa chemise, les boutons glissant entre ses doigts avec un cliquetis discret. Il se déshabilla lentement, comme si chaque mouvement pouvait l’aider à démêler le chaos de ses pensées.
Elle m’a tiré la langue.
Un geste ridicule. Puéril, même. Le genre de chose qu’on fait à un frère, à un ami d’enfance. À quelqu’un dont on est proche.
Très proche.
L’eau chaude ruissela sur son visage, emportant avec elle la fatigue de la journée. Il ferma les yeux, laissant le jet masser ses épaules tendues. La vapeur embua le miroir, brouillant son reflet.
Qui ferait ça à un parfait inconnu ? Personne.
C’était ça, le cœur de la question. Sylvie ne le considérait pas comme un inconnu. Ni comme un simple allié politique. Ni même comme un ami.
Non.
Elle le voyait comme quelqu’un à qui l’on peut tirer la langue sans craindre d’être jugé. Sans craindre de paraître ridicule.
Il coupa l’eau et attrapa une serviette, essuyant son visage avec des gestes lents. Le goût mentholé de la pâte dentifrice envahit sa bouche tandis qu’il fixait son reflet dans le miroir. Ses yeux bruns, habituellement si calmes, semblaient aujourd’hui agités par une tempête silencieuse.
Elle se sent proche de moi.
L’idée le frappa avec la force d’un coup de poing.
Proche.
Assez proche pour se permettre une telle familiarité.
Assez proche pour…
L’aimer.
Il éteignit la lumière de la salle de bains et retourna dans la chambre, où il sortit une chemise propre et un pantalon, les disposant soigneusement sur le dossier d’une chaise. Ses gestes étaient précis, méthodiques. Comme toujours.
Pourtant, son esprit refusait de coopérer.
Elle m’aime.
Il le savait depuis longtemps. Depuis cette fameuse conversation dans les jardins alors qu’elle venait de sortir de cette entrevue avec le Roi son père. Depuis cette brève étreinte. Depuis les regards échangés en secret. Depuis les mots non-dits, les silences éloquents.
Mais ce soir, ce geste enfantin avait tout changé.
Il s’approcha de la fenêtre, écartant légèrement les rideaux pour contempler le palais endormi. Les lumières des tours et des lointains remparts dessinaient des motifs complexes dans l’obscurité, comme une carte étoilée.
Et maintenant ?
Il aurait pu agir. Lui avouer ses sentiments. La prendre dans ses bras, comme il l’avait fait cette fois-là. La seule fois.
Mais quelque chose le retenait.
Il n’était pas sûr de savoir comment faire.
Un sourire ironique effleura ses lèvres.
J’ai besoin de conseils.
C’était ridicule, vraiment. Lui, Olivier, le stratège, l’homme qui avait déjoué des complots d’État, qui à 28 ans avait négocié avec des rois et des espions, était réduit à demander conseil pour une question de cœur au sujet d’une jeune femme de 4 ans sa cadette et qui ignorait à peu près tout des réalités du monde au-delà de ses montagnes !
Mais c’était la seule solution.
Demain, il irait voir Sven.
Son second. Son ami.
Celui qui, sans doute, rirait de lui. Mais qui saurait aussi lui dire ce qu’il devait faire.
Il éteignit la lumière de la chambre et s’allongea sur le lit, les mains croisées derrière la tête. La pièce fut plongée dans l’obscurité, uniquement trouée par les faibles lueurs de la ville, loin, au-delà de l’enceinte du palais, filtrant à travers les rideaux.
Demain sera un autre jour.
Et demain, il aurait un plan.
Enfin, épuisé par le tourbillon de ses pensées, il ferma les yeux.
Demain serait un autre jour.
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Le Dilemme d'Olivier : Sven ou Mei-Ling ?
Le soleil matinal filtrait à travers les vitraux, projetant des reflets colorés sur les murs anciens. Le Prince Olivier avait à peine dormi, et ses pensées tournaient en boucle depuis son réveil.
Quittant ses appartements, Olivier rejoignit l’immense hall du corps de bâtiments principaux du palais et descendit les marches de marbre menant aux niveaux inférieurs, ses bottes résonnant dans les couloirs presque déserts de ces niveaux peu fréquentés.
Dois-je vraiment parler de ça à Sven ?
La question le taraudait. Sven était son frère d’armes, son confident, celui qui le connaissait comme lui-même depuis sa jeunesse. Mais était-ce vraiment la bonne personne pour discuter de… cela ?
Et si j’allais plutôt voir Mei-Ling ?
L’idée lui traversa l’esprit. Mei-Ling était sage, avisée, et avait une manière de voir les choses qui dépassait souvent les raisonnements purement logiques. Elle comprenait les nuances, les émotions, les non-dits. Et puis, elle avait cette élégance naturelle, cette façon de tout observer avec un sourire amusé, comme si elle savait déjà ce qu’il allait dire avant même qu’il ne l’ait formulé.
Mais…
Olivier hésita en arrivant devant une lourde porte en chêne, gardée par deux soldats en armure. Il frappa deux coups secs, et les battants s’ouvrirent avec un grincement.
Mei-Ling est une femme.
Et lui, Olivier, prince héritier de Valoria, expert en contre-espionnage, stratège écouté, se retrouvait complètement désarmé face à ses propres sentiments. Alors, naturellement, il pensait qu’il fallait un autre homme pour l’aider à y voir clair.
Un garçon pour parler à un autre garçon au sujet d’une fille. Logique, non ?
Il descendit un escalier en colimaçon, les murs de pierre froide suintant légèrement d’humidité. Les antiques cuisines inférieures du palais, il y a bien longtemps animées par des dizaines de serviteurs, étaient jusqu’à il y a peu utilisées comme cellier. Maintenant, tout avait été retiré et il passait devant leurs fourneaux éteints depuis des siècles. Seuls quelques rats détalaient à son passage.
Mais Mei-Ling est bien plus qu’une simple femme. Elle est une diplomate, une stratège, une observatrice hors pair.
Pourtant, quelque chose le retenait. Peut-être était-ce cette petite voix dans sa tête qui lui soufflait que, malgré toute sa sagesse, Mei-Ling voyait les choses avec un regard… différent. Un regard féminin. Et lui, Olivier, avait besoin d’une perspective masculine. Brutale, directe, sans fioritures.
Comme Sven.
Il atteignit enfin le passage foré, un tunnel circulaire assez large creusé à même la roche, éclairé par des projecteurs. L’air était chargé d’une très fine poussière et d’odeurs de moisi. Il avança d’un pas rapide, ses bottes crissant sur le sol raboteux.
Et puis, Sven a l’habitude des femmes. Beaucoup plus que moi.
Cette pensée le fit sourire malgré lui. Sven, avec son charme naturel et sa désinvolture, semblait attirer les regards féminins comme un aimant. Olivier, lui, était bien plus réservé. Il préférait l’ombre aux lumières, les calculs aux déclarations enflammées.
Mais est-ce vraiment une bonne raison ?
Il déboucha dans l’ancien laboratoire secret, lui aussi complètement vidé, avec sa grande salle circulaire et ses multiples pièces disposées tout autour. La plus grande de ces pièces abritait la vaste chambre blindée qui attendait toujours de révéler ses secrets. Il traversa l’une des autres pièces et passa par l’ouverture percée dans le mur du fond et qui débouchait dans les cryptes oubliées. Un petit engin électrique l’attendait, semblable à une petite carriole sans chevaux et avec un guidon. Il monta dedans et actionna le levier.
Mei-Ling aurait une approche plus subtile. Elle comprendrait les sous-entendus, les silences, les regards.
Mais Olivier n’était pas sûr de vouloir une approche subtile. Il voulait des réponses claires. Des conseils directs. Des solutions, pas des analyses interminables.
Et puis, Mei-Ling est déjà au courant pour Sylvie et moi. Elle a vu notre complicité, nos regards. Elle sait.
Cette pensée le troubla. Si Mei-Ling savait déjà, alors pourquoi ne pas simplement lui en parler ? Pourquoi chercher ailleurs ?
Parce que…
La carriole roulait maintenant à travers les cryptes, les murs de pierre défilaient dans l’obscurité, éclairés seulement par les phares tremblotants et les torches à LED régulièrement espacées installées récemment. Les cryptes s’étiraient sur des kilomètres, un labyrinthe oublié sous le palais, les jardins et au-delà...
Parce que Mei-Ling est une femme, et que je suis un homme. Et que parfois, un homme a besoin de parler à un autre homme.
C’était ridicule, bien sûr. Olivier le savait. Mais c’était plus fort que lui.
Et puis, Sven est mon frère d’armes. Il me connaît mieux que quiconque. Mei-Ling n’a fait ma connaissance qu’il y a un peu plus de trois ans. Sven saura quoi dire.
La carriole ralentit enfin, et Olivier descendit dans une immense salle souterraine. Certains murs étaient couverts de fresques anciennes, représentant des scènes de batailles oubliées. Au centre, des ouvriers masqués et casqués s’affairaient autour de machines bruyantes, dégageant des nuages de poussière. Sur une galerie métallique surplombant la salle, Sven était accoudé à une rambarde de chantier, observant les travaux avec un air satisfait.
Olivier grimpa les marches pour le rejoindre.
Sven.
C’était décidé. Ce serait Sven.
Sven Thorvald
Après avoir monté une volée de marches métalliques, Olivier atteignit enfin la galerie, plutôt un échafaudage, surplombant les cryptes en réfection. Le spectacle était digne d’un champ de bataille : des ouvriers avec casque et masque, couverts de poussière s’activaient autour de machines grondantes, des nuages de roche brisée s’élevaient dans les airs, et le vacarme des marteaux-piqueurs couvrait presque tout le reste en se répercutant sur les vastes parois rocheuses de cet espace clos.
Accoudé à la rambarde de chantier, Sven observait la scène avec un sourire satisfait. Il était difficile de le rater : deux mètres quinze de muscles, des épaules larges comme des portes de forteresse, et une carrure qui faisait pâlir les colonnes du palais. Ses cheveux blonds, coupés court, étaient couverts d’une fine couche de poussière, et sa barbe de trois jours trahissait une nuit passée à superviser les travaux. Il portait une tunique de cuir usée, renforcée aux épaules et aux coudes, et ses bras nus révélaient des cicatrices qui racontaient chacune une histoire.
Quand il aperçut Olivier, son visage s’illumina. Simplement parce qu’il était heureux de le voir. Sven se redressa, un large sourire aux lèvres, et lui fit signe d’approcher.
— Olivier ! s’exclama-t-il, sa voix couvrant à peine le vacarme des machines. Qu’est-ce qui t’amène ici ? Tu viens inspecter les progrès des travaux ?
Olivier hocha la tête, s’approchant prudemment de la rambarde, comme s’il craignait de basculer dans le gouffre poussiéreux en contrebas.
— En partie, oui, répondit-il en criant pour se faire entendre. Mais je voulais aussi te parler.
— Ah, enfin ! s’exclama Sven en lui assenant une claque dans le dos si puissante qu’Olivier faillit perdre l’équilibre. Je commençais à croire que tu avais oublié que j’existais !
Olivier rit, se frottant l’épaule.
— Jamais de la vie. Je sais que tu es occupé, alors je ne voulais pas te déranger.
— Occupé ? répéta Sven en haussant les épaules. Tu rigoles ? Superviser des ouvriers qui déblaient des cryptes oubliées, c’est ma passion secrète !
Ils échangèrent quelques mots sur l’avancement des travaux, les difficultés rencontrées, les découvertes archéologiques faites dans les tunnels et les dernières informations sur leur aménagement réalisé il y a 13 ans par cette branche dissidente du ministère valorien de la guerre. Cette section des cryptes était celle demandant les plus gros travaux de renforcement. Olivier écoutait attentivement, hochant la tête, tout en cherchant le meilleur moyen d’aborder le vrai sujet de sa visite.
Finalement, après quelques minutes de discussion, il prit une profonde inspiration et lança, d’un ton faussement détaché :
— Dis-moi, Sven… tu as déjà été dans une situation… délicate ?
Sven leva un sourcil, intrigué.
— Une situation délicate ? répéta-t-il en riant. Tu veux dire comme la fois où j’ai dû négocier avec des pirates des mers du Sud pour récupérer un chargement de missiles ? Ou comme la fois où j’ai dû calmer un dragon en colère enfermé avec moi dans la même salle ?
Olivier sourit, mais son expression resta tendue.
— Non, je veux dire… une situation personnelle. Avec… une femme.
Sven le regarda un instant, puis son visage s’illumina d’un large sourire.
— Ah ! Encore pire ! s’exclama-t-il en se redressant, avant de lui assener une claque dans le dos si puissante qu’Olivier fut pris d’une quinte de toux. Enfin nous y sommes ! Je commençais à croire que tu allais attendre que la princesse te déclare sa flamme dans un édit royal !
Olivier, stupéfait, le regarda bouche bée.
— Quoi ?! Comment… Comment tu …
Sven éclata de rire, un rire tonitruant qui couvrit presque le bruit des machines.
— Comment je sais ça ? Bien sûr que je sais ! Tu crois que j’ai passé quinze ans à t’écouter radoter sur la "princesse Sylvie" sans comprendre ?!
— Quinze ans ?! Mais… mais tu ne m’as jamais rien dit !
— Parce que j’attendais que tu te décides ! s’exclama Sven en lui donnant une nouvelle tape dans le dos, cette fois anticipée par Olivier, qui se prépara à l’impact. Tu es comme mon frère, Olivier. Si tu ne venais pas me parler de ça toi-même, c’est que tu n’étais pas prêt. Même un enfant de 10 ans comprendrait ça. Le roi, les autres et moi étions d’accord là-dessus, d’ailleurs… Mais maintenant que tu es là, je vais te donner un conseil si simple que tu vas te demander pourquoi tu as mis autant de temps à venir me voir.
Olivier resta interdit un instant, puis, soudain, il réagit :
— Attends… Les autres?! Alors avec toi en prime,c’est carrément TOUT LE MONDE qui savait ? Le roi ? Margot ? Ses servantes ?
— Absolument ! répondit Sven en haussant les épaules. D’ailleurs puisque nous en sommes là, je peux même te dire que les officiers des commandos spéciaux font depuis un moment des paris sur qui craquera le premier, toi ou la princesse…
— C’est une conspiration ! s’indigna Olivier. Puis, vexé, croisa les bras et se tourna à-demi.
— Parce que Monsieur dirige le contre-espionnage, tu croyais réellement que personne ne verrait votre petit manège ? rétorqua Sven en riant. Mais bon, passons. Si de vous deux, au moins ELLE avait un peu de présence d’esprit ! C’est une fille après tout ! Mais le problème, c’est que vous êtes tous les deux aussi empotés l’un que l’autre. Alors voici ce que tu vas faire :
Un pic hydraulique gronda soudain en contrebas, noyant sa voix sous un fracas métallique. Olivier dut se pencher vers lui pour entendre la suite.
— QUOI ?! hurla-t-il par-dessus le bruit.
— J’AI DIT : TU VAS LUI DIRE TOUT ! hurla Sven en retour, avant de lui assener une nouvelle claque dans le dos, si forte cette fois qu’Olivier faillit passer par-dessus la rambarde de la galerie.
— TOUT ?! répéta Olivier, incrédule.
— OUI, TOUT ! confirma Sven en riant. Parle-lui comme tu me parles maintenant. Sans détour. Sans peur. Et surtout, sans attendre qu’elle devine ce que tu ressens !
— Mais… et si elle…
— IL N’Y A PAS DE "ET SI" ! coupa Sven en lui donnant une tape sur l’épaule, cette fois plus douce, presque paternelle. Tu l’aimes, elle t’aime. Le reste, c’est des détails.
Olivier resta un instant silencieux, réfléchissant.
— C’est… vraiment aussi simple que ça ?
— OUI ! s’exclama Sven en riant. Et maintenant, va lui parler ou je t’y traîne moi-même !
Olivier sourit enfin, soulagé.
— Merci, Sven.
— De rien, mon frère. répondit Sven en lui donnant une dernière tape dans le dos, plus légère cette fois encore. Maintenant, sors d’ici avant que je ne te jette dans le puits de déblaiement !
Et tandis qu’Olivier descendait les marches, le cœur plus léger, Sven le regarda partir avec un sourire satisfait.
Mais alors que le prince posait le pied sur la dernière marche, la voix tonitruante de Sven retentit dans son dos :
— OLIVIER !
Le prince se figea, serrant les dents. Il savait ce qui l'attendait.
— QUOI ? hurla-t-il en se retournant, feignant l'innocence.
Sven, toujours accoudé à la rambarde, le regardait avec un sourire en coin, celui qui annonçait toujours des ennuis.
— JE VEUX SAVOIR UNE CHOSE.
Olivier sentit son estomac se nouer. Il aurait dû s'en douter. Sven ne lâchait jamais rien.
— QUOI DONC ? demanda-t-il, en haussant la voix pour couvrir le vacarme des machines.
— POURQUOI MAINTENANT ? rugit Sven, les bras croisés. POURQUOI TU TE RÉVEILLES ENFIN APRÈS QUINZE ANS ?
Olivier ouvrit la bouche, puis la referma. Il sentit une goutte de sueur couler le long de sa tempe. Comment expliquer ça sans passer pour un idiot ?
— EH BIEN… commença-t-il, en cherchant désespérément une réponse crédible.
— ALLONS, OLIVIER ! tonna Sven, tapant du poing sur la rambarde qui vibra sur toute sa longueur. NE ME FAIS PAS PERDRE MON TEMPS !
Le prince se mit à marcher en cercle, les mains derrière le dos, comme s'il inspectait les travaux.
— C’EST… COMPLIQUÉ.
— COMPLIQUÉ ? répéta Sven en éclatant de rire. TU AS PASSÉ TA VIE À DÉCHIFFRER DES CODES SECRETS, ET LÀ, TU ME DIS QUE C’EST COMPLIQUÉ ?
Olivier serra les poings. Il savait qu'il ne pourrait pas échapper à cette question. Sven était comme un chien avec un os.
— BON, D’ACCORD ! capitula-t-il enfin, en baissant la voix. MAIS PROMETS-MOI DE NE PAS RIRE.
Sven leva les yeux au ciel.
— JE NE PROMETS RIEN.
Olivier prit une profonde inspiration et murmura avec force, les joues rouges :
— ELLE M’A TIRÉ LA LANGUE.
Un silence. Puis, un grondement sourd. Le pic hydraulique venait de s’activer, noyant sa confession sous un fracas métallique assourdissant.
— QUOI ? hurla Sven, les mains en coupe autour de ses oreilles. J’AI RIEN ENTENDU !
Olivier ferma les yeux, résigné. Il n’avait plus le choix.
— J’AI DIT : ELLE M’A TIRÉ LA LANGUE ! rugit-il, les veines du cou gonflées par l’effort.
Sven éclata d’un rire si puissant que les ouvriers levèrent la tête, surpris. Il se plia en deux, les larmes aux yeux, avant de se redresser en hoquetant.
— ELLE T’A… TIRÉ LA LANGUE ? répéta-t-il entre deux éclats de rire. QUINZE ANS À TE TORTURER, ET C’EST ÇA QUI T’A FAIT CRAQUER ?
Olivier, mortifié, croisa les bras.
— CE N’ÉTAIT PAS QUE ÇA. C’ÉTAIT… LE GESTE. LE FAIT QU’ELLE PUISSE SE PERMETTRE ÇA AVEC MOI.
Sven essuya une larme, toujours hilare.
— OH, OLIVIER… TU ES IRRÉCUPÉRABLE.
— MERCI, SVEN. VRAIMENT. T’ES UN VRAI AMI.
— ALLEZ, VA LUI PARLER AVANT QUE JE NE TE JETTE DANS LE PUITS !
Au moins se dit Olivier, l’escalier étant entre eux, il échapperait à une claque supplémentaire…
Et tandis qu’Olivier s’éloignait, le dos en compote et le cœur battant, Sven le regarda partir en secouant la tête, un sourire attendri aux lèvres.
Enfin.
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Épilogue : Les Douleurs de l’Amour
Olivier quitta les cryptes, le dos endolori par les nombreuses claques de Sven. Il se massa l’épaule en marmonnant :
— Bon sang, Sven… tu pourrais y aller un peu plus doucement.
Puis, après un instant de réflexion, il ajouta avec un sourire :
— Si tout à l’heure j’avais pensé qu’il réagitait comme ça, j’aurais fait demi-tour direct pour aller voir Mei-Ling. J’aurais eu droit à une discussion subtile et pleine de sagesse… avec des sourires ! Mais avec Sven, j’ai un dos en compote…
Il soupira, résigné.
— Au moins, ça aura valu le coup.
Et sur ces mots, il partit enfin affronter la princesse Sylvie, déterminé à suivre les conseils de son ami.

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