100. Le Conte de la Princesse et de la Grande Actrice

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Mei-Ling gravit les dernières marches de l’escalier en colimaçon qui menait au sommet de l’aile royale, là où les appartements de la princesse Sylvie dominaient le palais comme une couronne de pierre et de marbre. Chaque fois qu’elle franchissait ce seuil, elle avait l’impression d’entrer dans un autre monde—un monde où l’air était plus léger, où la lumière dansait avec une grâce presque magique.

Le bâtiment circulaire, coiffé d’un dôme de cristal qui filtrait les rayons du soleil en une pluie dorée, s’élevait comme un phare au-dessus des derniers étages de cette tour du palais. La rotonde centrale, où débouchait l’escalier, avec sa fontaine murmurant doucement au centre, était le cœur de ses appartements. De là partaient les couloirs, tels les rayons d’une étoile, menant aux salons de réception, à ses quartiers privés, aux boudoirs intimes, aux salles abritant les précieuses collections de robes de Sylvie—des soieries chatoyantes, des brocarts brodés, des étoffes qui semblaient capturer la lumière elle-même.

Et puis, il y avait les balcons. Partout. Tout autour. Des balcons larges et ouverts, encadrés d’arches élégantes, qui offraient une vue imprenable sur les jardins suspendus du palais, les cours intérieures, et au-delà, les toits de la capitale scintillant sous le ciel avec de lointaines montagnes à l’horizon. Mei-Ling adorait ces espaces où l’extérieur et l’intérieur se confondaient, où le vent apportait les parfums des fleurs et le chant lointain des fontaines.

Elle se dirigea vers les quartiers privés de la Princesse, vers sa chambre, une pièce spacieuse baignée de lumière. Les hautes fenêtres, ouvertes malgré la fraîcheur de la matinée, laissaient entrer une brise légère qui faisait danser les rideaux de soie pâle. Le soleil traversait des vitraux, projetant des reflets colorés sur les murs tendus de velours bleu nuit. Des tapis épais, tissés de motifs complexes, couvraient le sol, et des coussins moelleux étaient dispersés çà et là, invitant à la détente.

Mei-Ling sourit en parcourant la pièce du regard. Elle savait que Sylvie avait choisi chaque détail avec soin : les livres alignés sur les étagères, les parchemins couverts de notes éparpillés sur le secrétaire, les petits objets glanés au gré de ses explorations du royaume, les portraits de ses proches accrochés aux murs -elle y figurait. C’était un refuge, un endroit où la princesse pouvait être elle-même, loin des regards et des obligations.

Et c’était pour cela que Mei-Ling aimait tant venir ici. Ces appartements n’étaient pas seulement magnifiques—ils étaient vivants. Ils respiraient avec Sylvie, reflétaient ses humeurs, ses passions, ses rêves. Et aujourd’hui, alors qu’elle s’apprêtait à aborder un sujet délicat, Mei-Ling se sentait enveloppée par cette atmosphère chaleureuse, comme si les murs eux-mêmes l’encourageaient à parler avec franchise.

Tout cela composait un tableau vivant de la personnalité complexe de Sylvie, à la fois princesse et jeune femme ordinaire, à la fois dirigeante en devenir et rêveuse.

Ce jour-là, cependant, derrière son sourire habituel, Mei-Ling portait une inquiétude discrète. Elle observa attentivement son amie tandis qu'elles échangeaient des banalités sur la cour, les dernières nouvelles de Cathay, et les préparatifs du prochain bal. Sylvie semblait plus distraite que d'habitude, son esprit visiblement ailleurs, et Mei-Ling se demanda si elle devait aborder le sujet qui lui tenait à cœur.

La question tournait dans son esprit depuis… elle ne savait même plus : où en était la relation entre Sylvie et le prince Olivier ? Depuis ce message poignant que Sylvie lui avait envoyé - "nos cœurs sont désormais engagés l'un envers l'autre" - Mei-Ling avait nourri l'espoir de voir son amie s'épanouir dans une relation heureuse et épanouissante. Mais le temps passait, et toutes choses semblaient rester égales à elles-mêmes.

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La Question de Mei-Ling

Finalement, après une pause dans leur conversation, Mei-Ling décida d'aborder le sujet avec la délicatesse qui la caractérisait.

— "Sylvie," commença-t-elle doucement, en choisissant ses mots avec soin, "je me souviens encore de ce message que tu m'as envoyé il y a bien longtemps. Celui où tu parlais de vos cœurs engagés l'un envers l'autre."

Elle marqua une pause, observant attentivement la réaction de son amie. Sylvie baissa les yeux, un léger rougissement colorant ses joues.

— "Ah, oui," murmura-t-elle, visiblement embarrassée. "Cela semble si loin maintenant."

Mei-Ling sentit une pointe de surprise.

— "Vraiment ?" demanda-t-elle avec une douceur qui cachait à peine sa curiosité. "La situation était un peu tendue à l’époque entre nous, mais je me souviens, à la lecture de ta réponse, que cela m’a fait … plaisir finalement. Cela m’a confirmé ce que j’avais déjà remarqué entre vous deux, et à partir de ce moment, je vous ai souhaité le meilleur. Sincèrement. Et depuis, j’ai toujours pensé que cela aurait conduit à… plus de proximité entre vous deux."

Sylvie hésita, ses doigts jouant nerveusement avec le bord de sa robe.

— "Nous n'avons jamais vraiment parlé de cela ouvertement," admit-elle enfin, comme si les mots lui étaient arrachés. "C'est étrange, n'est-ce pas ?"

Mei-Ling était stupéfaite.

— "Vous n'en avez jamais parlé ?" répéta-t-elle, incrédule. "Mais Sylvie, comment pouvez-vous ne pas en avoir parlé ?"

La princesse soupira, un mélange de confusion et de vulnérabilité dans le regard.

— "Je ne sais pas," avoua-t-elle, ses yeux se perdant dans le vague. "C'est comme si... comme si nous avions peur de briser quelque chose de fragile. Nous savons tous les deux ce que nous ressentons, mais nous n'avons jamais trouvé les mots pour le dire."

Mei-Ling était à la fois touchée et perplexe. Elle voyait la profondeur des sentiments de Sylvie, cette incapacité à imaginer sa vie sans Olivier, et pourtant, cette réticence à affronter la réalité de leur relation.

— "Sylvie," dit-elle doucement, "tu mérites d'être heureuse. Et si Olivier est celui qui te rend heureuse, alors pourquoi ne pas lui en parler ouvertement ?"

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Les Paroles du Roi

Sylvie resta silencieuse un moment, les paroles de Mei-Ling résonnaient dans son esprit comme un écho lointain. Elle sentit une chaleur familière l'envahir, un mélange de tendresse et de nostalgie qui lui rappela une autre conversation, tout aussi importante.

— "Tu sais, Mei-Ling," murmura-t-elle enfin, son regard se perdant dans les souvenirs, "tu me rappelles ce que mon père m'a dit un jour. Des mots très similaires."

Mei-Ling inclina légèrement la tête, son expression devenant plus attentive. Elle savait que la relation entre Sylvie et son père était complexe, marquée par des révélations douloureuses mais aussi par une profonde affection.

— "Ton père t'a parlé de ton bonheur ?" demanda-t-elle doucement, sentant instinctivement que cette conversation était cruciale.

Sylvie hocha la tête, un sourire mélancolique aux lèvres.

— "Oui. Après... après tout ce qui s'est passé avec toi, avec Olivier et cette molécule enchantée, il m'a appelée dans ses appartements. Il m'a parlé de ses erreurs, de ses regrets, mais aussi de ses espoirs pour l'avenir."

Elle marqua une pause, ses doigts effleurant distraitement le tissu de sa robe.

— "Et puis, il a abordé le sujet d'Olivier. Il m'a dit que lui et ma mère savaient depuis longtemps ce que nous ressentons l'un pour l'autre."

Mei-Ling écoutait avec une attention particulière, ses yeux brillants de curiosité et de compréhension. Elle savait que le roi n'était pas un homme à exprimer facilement ses sentiments, surtout après les révélations qu'il avait faites à sa fille.

— "Et que t'a-t-il dit d'autre ?" demanda-t-elle, encouragée par la confiance que Sylvie lui accordait.

Sylvie sourit, un sourire sincère et émouvant.

— "Il m'a dit que nous étions faits l'un pour l'autre. Qu'il ne voulait pas que ses erreurs ou nos peurs se mettent en travers de notre bonheur. Qu’une proximité comme la nôtre était rare. Il m'a même encouragée à aller retrouver Olivier, à être heureuse avec lui."

Elle baissa les yeux, une lueur d'émotion dans le regard.

— "C'était comme s'il voyait quelque chose en nous que nous-mêmes avons du mal à admettre."

Mei-Ling sentit son cœur se serrer. Elle voyait la vulnérabilité de son amie, cette lutte intérieure entre l'amour et la peur, entre le désir de bonheur et la crainte de l'inconnu.

— "Sylvie," dit-elle doucement, "ton père a raison. Si même lui, avec tout ce qu'il a traversé, peut voir la beauté de votre relation, alors pourquoi vous en priver ?"

Mei-Ling vit alors une lueur d'ironie douce-amère sur le visage de son amie, comme si elle venait de réaliser quelque chose d'à la fois évident et de profondément embarrassant.

— "Non seulement mon père le sait," murmura Sylvie, un sourire en coin se dessinant sur ses lèvres, "mais Margot également. Depuis le premier jour. Souviens-toi."

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Les Paroles de Margot

Mei-Ling, surprise, fronça légèrement les sourcils, cherchant dans ses souvenirs.

— "Margot ?" répéta-t-elle. "Après tout, elle est avec toi depuis toujours…"

Sylvie éclata d'un rire léger, teinté de gêne, et se cacha partiellement le visage derrière ses mains, comme pour échapper à l'absurdité de la situation.

— "Tu te souviens de cette conversation que nous avons eue tous ensemble, après que Margot ait démasqué l'espion Zao Ming ?" demanda-t-elle, son regard pétillant d'amusement rétrospectif.

Mei-Ling fouilla dans ses souvenirs, cherchant à retrouver ce moment précis.

— "Oui, je m'en souviens," répondit-elle lentement. "C'était juste après qu’elle ait expliqué ce qui l’avait amenée à cette conclusion, n'est-ce pas ?"

— "Exactement," confirma Sylvie, son sourire s'élargissant. "Margot a dit quelque chose qui m'a marquée. Elle a déclaré, avec cette franchise qui la caractérise : 'Ça se voit comme le nez au milieu de la figure.' Elle parlait de lui et moi. Elle a ajouté que cela durait depuis douze ou treize ans, depuis presque notre première rencontre."

Mei-Ling écarquilla légèrement les yeux, comme si elle venait de se souvenir elle aussi.

— "Oui, tu as raison." s'exclama-t-elle, un sourire se dessinant sur ses lèvres. "Elle a même mentionné que c'était depuis la première fois où vous vous êtes rencontrés, quand tu avais dans les 9 ou 10 ans et que tu étais tombée en plein milieu du gâteau du banquet. Les regards, ça ne trompe pas, c'est ce qu'elle a dit."

Sylvie hocha la tête, riant doucement.

— "Et même les servantes en parlent. Elles commentent nos échanges, nos regards, nos silences. Tout le monde semble savoir ce que nous ressentons et en parle, sauf nous-mêmes."

Elle secoua la tête, un mélange d'incrédulité et d'autodérision dans le regard.

— "C'est presque comique, quand on y pense. Tout le monde en parle, sauf Olivier et moi."

Mei-Ling écoutait avec attention, son esprit analysant chaque détail de cette révélation. Elle voyait la complexité des émotions de Sylvie, cette lutte entre l'amour et la timidité, entre le désir de bonheur et la crainte de l'inconnu.

— "Sylvie," dit-elle enfin, avec une douceur et une sagesse qui ne lui étaient pas étrangères, "peut-être est-il temps de briser ce silence. Peut-être est-il temps de parler de ce que tout le monde semble déjà savoir."

Sylvie baissa les yeux, une lueur d'espoir et d'incertitude mêlés dans le regard.

— "Tu as raison, Mei-Ling," murmura-t-elle. "Mais par où commencer ?"

Mei-Ling sourit, un sourire chaleureux et encourageant.

— "Par le début, ma chère. Par le début."

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La Cause du Problème

Mei-Ling observa Sylvie avec une tendresse mêlée d'une pointe d'amusement. Elle prit une profonde inspiration, choisissant ses mots avec soin, comme elle le faisait toujours lorsqu'elle abordait des sujets sensibles.

— "Sylvie, ma chère," commença-t-elle d'une voix douce mais ferme, "regarde-nous. Deux femmes intelligentes, cultivées, qui ont vu tant de choses dans nos vies respectives. Et pourtant, nous voilà, parlant de toi et d'Olivier comme si vous étiez deux adolescents timides."

Elle marqua une pause, laissant ses paroles faire leur effet.

— "Quand Margot a révélé que tout le monde savait depuis des années, j'ai vu Olivier rougir comme un jeune garçon pris en faute. Et maintenant, te voilà, rougissante toi aussi à cette simple évocation. C'est presque touchant, vraiment. Tu as 24 ans. Il en a 28."

Sylvie éclata de rire

— "Maintenant que tu le dis, oui, je me sens comme une écolière dont on vient de dire devant tout le monde qu'elle a un amoureux !"

Mei-Ling se pencha légèrement en avant, son regard devenant plus intense.

— "Mais réfléchissons-y. Olivier est un homme qui dirige les opérations de contre-espionnage, qui prend des décisions cruciales pour deux royaumes. Et toi, tu es une princesse qui sera bientôt reine, capable de gouverner avec sagesse et fermeté. Pourtant, devant cette simple question d'amour, vous vous comportez comme si c'était la chose la plus effrayante au monde."

Elle sourit, un sourire chaleureux qui adoucissait ses paroles.

— "Ne voyez-vous pas l'ironie de la situation ? Vous êtes tous les deux si forts dans tant de domaines, et pourtant, cette question vous paralyse. Pourquoi ? Parce que c'est nouveau pour vous. Parce que c'est intime. Parce que c'est personnel. Parce que vous l’avez en vous depuis l’enfance."

Mei-Ling se redressa, son expression devenant plus sérieuse.

— "Mais laisse-moi te dire quelque chose, Sylvie. L'amour n'est pas une faiblesse. C'est une force. Une force qui peut vous rendre plus forts ensembles, plus unis, plus capables de surmonter les défis qui vous attendent. Vous n'avez pas à avoir peur de cela."

Elle prit la main de Sylvie dans la sienne, un geste de réconfort et d'encouragement.

— "Alors, ma chère amie, voici ma question : que craignez-vous vraiment ? Que les choses changent ? Qu'elles restent les mêmes ? Ou simplement l'inconnu vous effraie ?"

Sylvie resta silencieuse, ses yeux reflétant une tempête d'émotions. Mei-Ling savait qu'elle avait semé une graine dans l'esprit de son amie, une graine qui, elle l'espérait, pousserait bientôt vers la lumière.

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Mei-Ling la Grande Actrice

Sylvie, touchée par les paroles de son amie, hocha lentement la tête, reconnaissant la justesse de ses observations. Pourtant, une lueur de curiosité traversa son regard.

— "Mei-Ling," murmura-t-elle, "comment peux-tu savoir toutes ces choses ? Comment arrives-tu à voir si clairement ce que nous ne voyons pas nous-mêmes ?"

Mei-Ling sourit, un sourire énigmatique qui rappelait celui de la star qu'elle était. Avec une élégance naturelle, elle inclina légèrement la tête, ses yeux pétillants d'une malice amusée.

— "Sylvie, ma chère," commença-t-elle, sa voix prenant une intonation théâtrale, "être une actrice depuis toutes ces années m'a appris beaucoup de choses sur la nature humaine et les sentiments."

Elle fit une pause dramatique, un petit sourire aux lèvres, comme si elle jouait un rôle dans une pièce.

— "Les scripts, l'interprétation, se mettre dans la peau du personnage, se sentir comme lui... Parfois, je dois même faire remarquer au scénariste que telle ou telle chose ne va pas, que cela ne correspond pas à la psychologie du personnage. C'est formateur, tu sais."

Elle cligna de l'œil avec une complicité amusée, son ton devenant plus léger.

— "Alors, tu vois, j'ai passé des années à observer les émotions, à comprendre les motivations, à jouer des rôles qui m'ont appris à lire dans les cœurs. Et maintenant, je mets tout cela à profit pour aider mes amis."

Sylvie ne put s'empêcher de rire, charmée par la manière dont Mei-Ling avait transformé sa réponse en une petite performance.

— "Tu es incroyable," dit-elle, secouant la tête avec admiration. "Tu arrives toujours à tout transformer en quelque chose de magnifique, même les conversations les plus sérieuses."

Mei-Ling haussa les épaules avec une fausse modestie, un sourire triomphant aux lèvres.

— "C'est le métier qui veut ça, ma chérie. Et puis, entre nous, qui mieux qu'une grande actrice peut comprendre les complications de l'amour et des relations humaines ?"

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Mei-Ling Passe à l’Attaque !

Mei-Ling posa délicatement sa tasse de thé, ses yeux noirs brillant d'une intensité soudaine. Elle se pencha légèrement vers Sylvie, son regard devenant aussi perçant que celui d'une actrice sur scène, captant toute l'attention de son amie.

— "Alors, Sylvie," dit-elle d'une voix douce mais insistante, "dis-moi... qu'est-ce que tu ressens vraiment pour Olivier, là, maintenant, tout de suite, en ce moment même ? Pas ce que tu penses devoir ressentir, pas ce que les autres attendent de toi, mais ce qui est là, dans ton cœur, dans tes tripes, quand tu penses à lui ?"

Elle fit une pause dramatique, laissant le silence s'installer, comme elle le ferait pour marquer un moment clé dans une scène.

— "Est-ce que ton cœur bat plus vite quand il entre dans la pièce ? Est-ce que le monde autour de toi devient flou quand il te regarde ? Est-ce que tu te surprends à sourire bêtement en repensant à quelque chose qu'il a dit ? Et lorsqu’il ne s’occupe pas de toi ?"

Mei-Ling croisa les jambes avec grâce, son regard ne quittant pas celui de Sylvie.

— "Mais surtout," ajouta-t-elle avec un sourire malicieux, "qu'est-ce que tu ferais, là, maintenant, si tu savais qu'il allait passer cette porte dans cinq secondes ?"

Elle se tut, attendant la réponse de Sylvie avec une patience de comédienne, comme si elle savait que le silence était parfois la meilleure invitation à la confidence.

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La Princesse Sylvie se Lâche

Sylvie sentit une chaleur envahir ses joues, puis descendre le long de son cou et arriver dans sa poitrine, comme si les mots de Mei-Ling avaient allumé un feu intérieur. Elle baissa les yeux, ses doigts jouant nerveusement avec le bord de sa robe, tandis que son amie l'observait avec un mélange d'amusement et de tendresse.

— "Mei-Ling..." commença-t-elle, sa voix tremblant légèrement. "Je... je ne sais pas par où commencer."

Elle prit une profonde inspiration, comme pour se donner du courage, avant de continuer, ses mots sortant dans un flot précipité, comme si elle craignait qu'ils ne s'échappent si elle ne les disait pas assez vite.

— "Quand il entre dans une pièce, c'est comme si... comme si l'air lui-même changeait. Mon cœur... mon cœur fait des bonds dans ma poitrine, et parfois, j'ai l'impression qu'il va exploser. Et quand il me regarde... oh, Mei-Ling, quand il me regarde, c'est comme si le reste du monde disparaissait. Je ne vois plus que lui. Je ne pense plus qu'à lui. J’ai besoin qu’il me regarde."

Elle rougit encore plus violemment, ses mains se serrant convulsivement sur le tissu de sa robe.

— "Et oui, je souris bêtement en repensant à ce qu'il a dit. À la façon dont il a souri, dont il a bougé, dont il a... tout. C'est idiot, n'est-ce pas ?"

Elle leva enfin les yeux vers Mei-Ling, son regard brillant d'une émotion à peine contenue.

— "Et si tu veux savoir ce que je ferais s'il entrait maintenant... je crois que je... je ne sais pas. Je crois que je serais incapable de faire quoi que ce soit. Je serais… bien. C’est tout. Je resterais là, à le regarder. Contente qu’il soit là. Ca me suffirait."

— "Mais quand il m'ignore... quand il est occupé à ses petites affaires et qu'il ne fait pas attention à moi..." Elle serra les poings, un sourire espiègle aux lèvres. "Grrrrrr !!!" s'exclama-t-elle, mimant un grognement de frustration qui fit rire Mei-Ling. "J'ai envie de... de lui lancer quelque chose à la tête ! Ou de lui faire une farce pour le distraire. Ou même de..." Elle rougit encore plus violemment, baissant la voix. "De l'embrasser pour le forcer à me regarder."

Elle prit une profonde inspiration, comme si elle venait de réaliser ce qu'elle venait de dire, et éclata de rire, un son cristallin et joyeux.

— "Oh, Mei-Ling, je deviens folle ! Je ne sais plus ce que je dis."

Mei-Ling sourit, un sourire chaleureux et complice, comme si elle venait de recevoir la plus belle des confidences.

— "Sylvie," dit-elle doucement, "ce n'est pas idiot. C'est merveilleux. C'est exactement ce que devrait ressentir une personne amoureuse. Et tu sais quoi ? Je crois qu'Olivier ressent la même chose pour toi. Et très certainement qu'il est aussi maladroit que toi pour en parler."

Sylvie sourit, un sourire timide mais heureux, comme si un poids venait de lui être enlevé.

— "Tu crois vraiment ?" murmura-t-elle.

— "J'en suis sûre," répondit Mei-Ling, avec une conviction qui ne laissait place à aucun doute. "Et maintenant, il est temps que vous en parliez. Tous les deux. Avant que quelqu'un d'autre ne le fasse à votre place."

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Le Plan d’Action

Mei-Ling, avec la sagesse et la grâce d'une actrice expérimentée, prit la main de Sylvie dans la sienne, son regard empreint de douceur et de détermination.

— "Écoute-moi bien, ma chère," commença-t-elle, sa voix devenant à la fois ferme et apaisante. "Quand tu seras face à Olivier, souviens-toi de ceci : l'amour n'est pas une performance. Tu n'as pas besoin de jouer un rôle, de réciter un script parfait. Sois simplement toi-même, avec toute ta vulnérabilité et ta sincérité."

Elle fit une pause, laissant ses paroles faire leur effet.

— "Commence par lui dire ce que tu ressens, comme tu l'as fait avec moi. Dis-lui que tu penses à lui constamment, que ton cœur s'emballe quand il entre dans une pièce. Mais n'oublie pas de lui parler aussi de ces moments où tu te sens négligée, où tu as envie de lui lancer quelque chose à la tête."

Elle sourit, un sourire complice.

— "C'est important qu'il sache que tu es humaine, que tu as des émotions complexes, et que tu veux qu'il les partage avec toi."

Mei-Ling serra doucement la main de Sylvie.

— "Et surtout, écoute-le. Écoute vraiment ce qu'il a à dire. Parce qu’il ressent la même chose, il manque d’assurance, lui aussi. Peut-être qu'il a besoin de toi pour le guider, comme tu as besoin de lui."

Elle se pencha légèrement en avant, son regard devenant plus intense.

— "Et quand vous aurez fini de parler, quand vous aurez partagé vos peurs et vos espoirs, alors... alors vous pourrez enfin agir. Vous pourrez vous embrasser, vous prendre dans vos bras, vous promettre de ne plus jamais vous ignorer. Mais d'abord, il faut que les mots soient dits."

Sylvie hocha la tête, ses yeux brillants de larmes et d'espoir.

— "Tu as raison, Mei-Ling," murmura-t-elle. "Je vais lui parler. Je vais tout lui dire."

Mei-Ling sourit, un sourire chaleureux et encourageant.

— "C'est bien, ma chérie. Et souviens-toi : peu importe ce qui se passe, je serai toujours là pour toi. Comme une amie, comme une confidente, comme une actrice qui connaît tous les secrets de l'amour et de la vie."

Sylvie rit, un rire libérateur, comme si un poids immense venait de lui être enlevé.

— "Merci, Mei-Ling. Merci pour tout."

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La Célébration Finale

Dans l'émotion de cet instant, les deux amies échangèrent un regard complice, un sourire malicieux et tendre se dessinant sur leurs lèvres. Mei-Ling, toujours pleine de ressources et de théâtralité, se leva gracieusement et fit une petite révérence théâtrale, comme si elle était sur scène.

— "Ma chère Sylvie," déclara-t-elle avec une voix dramatique, "ce moment mérite une célébration digne des plus grandes tragédies... ou des plus grandes comédies romantiques !"

Sylvie, encore émue mais déjà enthousiaste, se mit à rire et se leva à son tour.

— "Qu'est-ce que tu proposes, ô grande actrice de Cathay ?" demanda-t-elle, jouant le jeu avec un plaisir évident.

Mei-Ling fit mine de réfléchir profondément, une main sur le menton, avant de s'exclamer :

— "Un toast ! Mais pas n'importe lequel. Un toast avec le vin le plus précieux de tes réserves royales, et une déclaration solennelle de nos intentions !"

Elle se dirigea vers un petit buffet où étaient disposées des bouteilles et des verres en cristal, choisissant une bouteille avec un air de connaisseuse.

— "Et pendant que nous trinquons," ajouta-t-elle avec un clin d'œil, "nous pourrions même improviser une petite scène. Toi, jouant la princesse timide qui avoue enfin ses sentiments, et moi, jouant le rôle de l'amie sage et un peu espiègle qui l'encourage."

Sylvie éclata de rire, ses inquiétudes momentanément oubliées.

— "D'accord, mais à une condition : c'est toi qui commences. Tu es Margot, et tu dois faire ton imitation la plus convaincante !"

Mei-Ling accepta le défi avec enthousiasme, et bientôt, les deux amies étaient plongées dans une scène improvisée, riant aux éclats tout en trinquant à l'avenir, à l'amour, et à l'amitié, lorsque la porte des appartements privés s’ouvrit brusquement, laissant entrer un courant d’air frais qui fit danser les rideaux de soie. Margot apparut sur le seuil, les mains sur les hanches, son regard perçant balayant la scène avec une expression à la fois amusée et exaspérée.

"Alors, mesdames, on s’amuse sans moi ?" lança-t-elle, un sourcil levé en voyant l’actrice et la princesse hilares, les joues rosies par le vin, et Mei-Ling, toujours en pleine imitation, gesticulant avec une énergie théâtrale.

Sylvie éclata de rire, manquant de renverser son verre.

"Margot ! Tu tombes à pic ! Mei-Ling était en train de faire…" Elle hoqueta, incapable de terminer sa phrase, tandis que Mei-Ling, toujours dans le rôle, se redressa avec une dignité royale – ou du moins, une tentative de dignité – et déclara d’une voix grave, imitant parfaitement l’accent traînard de Margot :

"Oh, ma chère princesse, je vois que vous avez enfin décidé de vous comporter comme une adulte responsable… ou peut-être que le vin vous a aidée à y parvenir."

Margot éclata de rire, incapable de retenir son hilarité face à cette imitation parfaite.

"Par les dieux, Mei-Ling, tu devrais monter sur les planches avec ça !" Elle s’avança dans la pièce, récupérant une bouteille à moitié vide sur la table et la brandissant d’un air approbateur. "Enfin, si tu continues comme ça, tu vas finir par me voler mon travail."

Mei-Ling, toujours dans son personnage, porta une main à son cœur d’un air offensé.

"Moi ? Te voler ton travail ? Jamais de la vie, ma chère. Je me contente de… comment dire… de perfectionner ton art."

Sylvie, toujours en proie à un fou rire, essaya de reprendre son souffle.

"Margot, tu arrives pile au bon moment ! On était en train de parler d’Olivier… et de…" Elle fit un geste vague en direction de Mei-Ling. "… de tout ça."

Margot croisa les bras, un sourire malicieux aux lèvres.

"Ah, donc vous avez enfin décidé d’arrêter de tourner autour du pot comme deux moineaux timides ?" Elle jeta un regard complice à Mei-Ling. "Je savais que cette petite comédie finirait par porter ses fruits."

Mei-Ling, redevenue elle-même, sourit avec satisfaction.

"Eh bien, quelqu’un devait bien vous pousser un peu, non ?"

Lorsque Mei-Ling prononça ces mots avec un sourire malicieux, une étincelle s’alluma dans son regard. Elle se redressa soudain, comme si une muse invisible venait de l’inspirer, et leva un doigt avec une solennité théâtrale.

"Ah, mais justement, permettez-moi de citer les grands maîtres de Cathay !" annonça-t-elle d’une voix grave, avant de prendre une profonde inspiration.

"Quand la lune brille sur les flots silencieux…"

Elle marqua une pause, fronçant légèrement les sourcils, puis continua avec un enthousiasme croissant :

"Et que le vin coule comme un ruisseau d’argent…"

Sylvie et Margot échangèrent un regard perplexe. Mei-Ling agita la main avec désinvolture, comme si cela importait peu.

"Car l’amour est comme le vin, doux et enivrant…"

Elle s’interrompit à nouveau, clignant des yeux, avant de murmurer, confuse :

"Ou peut-être que c’était… ‘le vin est comme l’amour, mais moins compliqué’…"

Sylvie éclata de rire, incapable de se retenir.

"Mei-Ling, je crois que tu as mélangé deux poèmes différents !"

Mei-Ling, réalisant soudain qu’elle était peut-être un peu trop… inspirée par le vin, haussa les épaules avec une élégance affectée.

"Qu’importe ! L’essentiel est l’intention poétique !"

Elle vida son verre d’un trait, comme pour sceller sa défense, avant de le poser sur la table avec un petit claquement satisfait.

"Et puis, si je me trompe, c’est seulement parce que les grands poètes de Cathay n’ont jamais connu le vin de Sylvaria !"

Sylvie et Margot éclatèrent de rire, incapables de résister à son charme désinvolte.

"Bon, d’accord. Mais la prochaine fois, tu nous récites ça sobre, d’accord ?"

Mei-Ling sourit, un sourire radieux et un peu ivre.

"Promis. Enfin… peut-être."

"Bon, puisque vous êtes déjà à moitié ivres, autant que je vous aide à finir la bouteille avant que vous ne deveniez encore pire."

Margot attrapa un verre et le remplit généreusement, avant de lever son verre en direction des deux amies.

"À l’amour, à l’amitié… et à l’espoir que vous allez enfin arrêter de vous comporter comme des enfants."

Sylvie et Mei-Ling, accompagnées par Margot, levèrent leurs verres en riant. Pour la première fois depuis longtemps, Sylvie sentit un poids s’envoler de ses épaules. Peut-être, après tout, que les choses allaient enfin s’arranger.

Et avec Margot et Mei-Ling à ses côtés, elle savait qu’elle n’avait rien à craindre.

Et tandis que les trois amies trinquaient une fois de plus, la lumière du soleil continuait de danser dans la pièce, comme si elle aussi célébrait leur joie.

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