101. Un Grand Jour Prometteur
Le Grand Jour d’Olivier
Le soleil était sur le point de surgir de l’horizon quand Olivier ouvrit les yeux. Ce matin-là, le ciel était d’un bleu pâle, strié de nuances roses et dorées, comme si la nature elle-même avait décidé de lui offrir un spectacle encourageant. Il se leva d’un bond, déterminé à ne pas laisser la nervosité le gagner avant même d’avoir commencé sa journée.
— "Sans détour. Sans peur. Et surtout, sans attendre qu’elle devine ce que je ressens."
Les mots de Sven résonnaient dans son esprit comme un mantra. Il les répétait mentalement en ouvrant grand la baie vitrée de son balcon, laissant l’air frais du matin envahir la pièce. Le palais s’étendait devant lui, majestueux, baigné dans une lumière dorée qui faisait scintiller les toits de la capitale au loin. Les jardins suspendus, encore endormis, semblaient attendre patiemment que le jour se réveille complètement.
Olivier inspira profondément, comme pour s’imprégner de cette sérénité.
— "Aujourd’hui, c’est le jour. Ou du moins, c’est le début du jour."
Il savait que Sylvie préférait prendre son petit-déjeuner dans la grande salle à manger plutôt que dans ses appartements. C’était une habitude qu’il connaissait bien, et il comptait bien en profiter.
Il passa dans la salle de bain, où l’eau chaude de la douche chassa les dernières traces de sommeil. Le rasage électrique fit son office sans encombre – il détestait les lames, ces traîtresses qui promettaient une peau lisse mais finissaient toujours par le faire ressembler à un adolescent mal rasé. S’habiller fut une affaire rapide : une tenue sobre mais élégante, assez pour paraître présentable sans avoir l’air d’en faire trop.
— "Pas besoin de jouer les princes charmants personnels, juste d’être moi-même. Enfin, espérons-le."
Il vérifia machinalement ses poches : papiers, appareils électroniques, laissez-passer… Tout était en ordre.
— "Comme si j’allais avoir besoin de fuir en urgence après cette conversation", pensa-t-il avec un sourire nerveux.
En descendant les vastes escaliers du palais, il se surprit à imaginer la scène.
— "Et si elle rit ? Et si elle me regarde avec pitié ? Et si… et si elle dit oui ?"
Cette dernière pensée le fit presque trébucher. Il se rattrapa à la rampe, un peu honteux.
— "Calme-toi, Olivier. Tu as survécu à des batailles, à des négociations diplomatiques, et maintenant tu paniques à l’idée de parler à une femme ?"
La grande salle à manger du palais était un chef-d’œuvre d’architecture et de luxe, avec ses lustres étincelants, ses tables immaculées et son service impeccable. Mais ce matin-là, elle était presque déserte. Quelques courtisans matinaux discutaient à voix basse, mais aucun signe de Sylvie.
Olivier sentit une pointe de déception, mais il se reprit vite.
— "Elle n’est pas matinale, c’est normal. Je vais prendre mon temps, lire les nouvelles, et garder un œil sur l’entrée."
Il choisit une table du salon, où il pourrait voir arriver Sylvie sans avoir l’air de guetter désespérément.
Il s’installa confortablement, essayant de paraître détendu.
— "Après tout, ce n’est qu’un petit-déjeuner. Rien de bien dramatique."
Mais au fond de lui, il savait que cette journée pourrait tout changer.
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Le Grand Jour de Sylvie
Le soleil était déjà au-dessus de l’horizon lorsque Sylvie ouvrit un œil, encore enveloppée dans la douceur de ses draps de soie. Elle s’étira langoureusement en baillant largement avant de se lever, savourant ce moment de calme avant que la journée ne commence vraiment. D’un pas léger, elle se dirigea vers l’un de ses vastes balcons, où la lumière du matin inondait les jardins suspendus du palais. Les fleurs commençaient à s’épanouir, et l’air était empli du parfum des roses et des jasmins.
— "Aujourd’hui, c’est le jour."
Elle répéta ces mots comme une incantation, se rappelant les conseils de Mei-Ling :
— "Lui parler de ce que je ressens, qu’il sache que j’ai des émotions, que je veux les partager avec lui, et surtout l’écouter. Et seulement après le prendre dans mes bras."
Elle sourit en imaginant la scène, mais une pointe d’anxiété vint rapidement troubler sa sérénité.
— "Et s’il ne comprend pas ? Et s’il pense que je suis trop directe ? Et s’il…" Elle secoua la tête, chassant ces pensées négatives.
— "Non, aujourd’hui, je vais être courageuse. Je vais lui parler, et tout ira bien."
Regagnant la chambre, elle regarda les coussins de Flamme et Long. Aucun des deux dragons nains n’était là. La dernière fois qu’elle les avait vus c’était la veille, dans la matinée.
— "Ils sont encore restés jouer et dormir quelque part" se dit-elle.
Sa routine matinale était un mélange de simplicité et de luxe. Elle passa dans sa salle de bain, où une baignoire en marbre l’attendait, remplie d’eau parfumée. Un bain chaud pour apaiser ses nerfs, suivi d’une toilette minutieuse. Pas de rasage, bien sûr – elle préférait les soins doux et les crèmes hydratantes qui laissaient sa peau veloutée.
Elle choisit une robe légère, d’un bleu pastel qui rappelait le ciel du matin, et ajusta ses cheveux en une coiffure élégante mais décontractée.
— "Il faut que je sois moi-même, pas une princesse en représentation."
Elle vérifia son reflet dans le miroir, satisfaite.
— "Parfait. Maintenant, allons-y."
Mais au moment de quitter ses appartements, son courage vacilla.
— "Et si je dis quelque chose de stupide ? Et s’il rit de moi ? Et s’il…"
Elle sentit une boule se former dans sa gorge, et avant même de s’en rendre compte, elle se retrouva blottie dans son grand fauteuil, une couverture enroulée autour d’elle, les yeux rivés sur l’écran de la télévision où un c-drama romantique jouait en sourdine.
— "Juste cinq minutes. Je vais me reposer un peu, et ensuite j’irai."
Quelques minutes plus tard, Margot fit irruption dans la pièce, les mains sur les hanches. Elle jeta un regard à la télévision, puis à Sylvie, tout habillée et apprêtée comme pour sortir mais emmitouflée dans son fauteuil.
— "Ah non, ma belle, tu ne vas pas te défiler comme ça !" s’exclama-t-elle en éteignant la télévision d’un geste décidé.
— "Je reviens de la grande salle à manger, et devine qui j’y ai vu ? Le prince Olivier, assis dans le salon, l’air aussi nerveux qu’un chat dans une pièce pleine de chaises. Aujourd’hui, vous devez passer du temps ensemble !"
Sylvie tenta de protester, mais Margot était déjà en train de la tirer hors du fauteuil.
— "Oh non, tu ne vas pas te cacher ici comme une enfant capricieuse. Hier, tu étais pleine d’enthousiasme avec Mei-Ling, et maintenant tu te caches sous une couverture ? Allez, debout !"
Margot récupéra la couverture, poussa la princesse vers les portes, puis ferma les quartiers privés de la princesse de l’intérieur.
— "Et ne t’avise pas de revenir ici avant d’avoir parlé à Olivier. Compris ?"
Sylvie n’eut d’autre choix que de descendre l’escalier de la rotonde, le cœur battant.
— "Bon, d’accord, je vais y aller. Mais je vais prendre mon temps. Je ne vais pas courir comme une folle. Je vais marcher lentement, dignement, et…"
Elle s’arrêta net en arrivant dans la grande salle à manger. Le lieu était magnifique, comme toujours, avec ses lustres étincelants et ses tables impeccablement dressées. Quelques courtisans étaient présents, discutant à voix basse, mais elle ne chercha pas Olivier du regard.
— "Non, je ne vais pas le chercher. Je vais m’installer tranquillement, comme d’habitude."
Elle choisit une table près d’une fenêtre, offrant une vue imprenable sur les jardins.
— "Voilà. Je suis là. Maintenant, je vais commander mon petit-déjeuner, et…" Elle jeta un coup d’œil discret vers le salon, où elle aperçut une silhouette familière.
— "Olivier."
Son cœur fit un bond dans sa poitrine, mais elle se força à rester calme.
— "Respire, Sylvie. Respire."
Elle s’installa avec grâce, comme si de rien n’était, mais à l’intérieur, elle sentait une tempête d’émotions.
— "Maintenant, il ne reste plus qu’à attendre. Et à espérer que je ne vais pas tout gâcher."
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La Danse des Princesses et des Princes Timides
Olivier, plongé dans un article sur les cryptes royales (parce que rien ne dit mieux "je suis tranquille et détendu" qu’un magazine d’Histoire), releva les yeux au moment où Sylvie franchissait le seuil de la salle à manger. Elle marchait avec cette élégance naturelle qui lui était propre, une princesse dans un conte, sauf qu’au lieu de voler vers son prince, elle choisit une table discrètement cachée derrière un palmier en pot.
— "Parfait pour une réunion secrète… ou pour éviter quelqu’un", songea-t-il avec un sourire en coin.
— "Très bien, Olivier. Mission 'Ne pas avoir l’air d’un idiot transi d’amour'. Phase 1 : agir comme si tu venais de la remarquer."
Il replia son magazine avec une lenteur calculée, comme s’il venait juste de décider que le petit-déjeuner était une bien meilleure idée que l’archéologie souterraine. Puis, avec la grâce d’un espion en mission, il se leva, glissa le magazine sous son bras (au cas où il aurait besoin d’une arme improvisée ou d’un éventail pour cacher sa nervosité) et se dirigea vers elle.
Sylvie, occupée à disposer méticuleusement sa serviette sur ses genoux, sentit une présence familière avant même de lever les yeux. Quand elle vit Olivier s’approcher, elle eut juste le temps de se composer une expression neutre – ou du moins, aussi neutre que possible pour quelqu’un dont le cœur battait la chamade.
— "Prince Olivier !" s’exclama-t-elle, comme si c’était une surprise totale de le voir là, tout en pensant : "Parce que, bien sûr, je ne savais pas qu’il prenait presque toujours son petit-déjeuner ici. Absolument pas."
— "Princesse Sylvie." Il inclina légèrement la tête, comme s’ils se croisaient par hasard dans un couloir du palais. "Parce que, bien sûr, je n’ai pas passé la dernière heure à répéter ce moment."
Un silence s’installa, chargé de tout ce qu’ils n’osaient pas dire. Heureusement, le serveur choisit ce moment pour apparaître, sauvant temporairement la situation.
— "Bonjour, Votre Altesse. Puis-je vous apporter quelque chose ?"
Olivier et Sylvie échangèrent un regard. "Par où commencer ?"
— "Un café, s’il vous plaît.", dit Olivier, comme si c’était la chose la plus normale du monde d’en commander un deuxième.
— "Et pour moi… un thé, merci.", répondit Sylvie, en se demandant si elle allait s’évanouir de stress avant d’avoir pu prononcer trois mots cohérents.
Le serveur s’éloigna, les laissant seuls face à leur mission impossible : parler sans bafouiller, sourire sans rougir, et surtout, ne pas fuir en courant.
"Phase 2 : trouver un sujet de conversation. N’importe lequel. Même les cryptes, si nécessaire."
Olivier ouvrit la bouche, prêt à lancer une conversation brillante… quand Sylvie parla en même temps :
— "Alors, ces cryptes…"
Ils éclatèrent de rire.
— "Je vous en prie, après vous.", dit Olivier, faisant un geste galant vers elle.
Sylvie sourit, sentant enfin la tension se relâcher. "Peut-être que ce ne sera pas si difficile, après tout."
Et ainsi, entre rires nerveux et regards furtifs, leur conversation commença.
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Le Petit-Déjeuner des Princesses et des Princes Maladroits
Olivier et Sylvie s’étaient figés dans une étrange formalité, comme si le protocole royal avait soudain décidé de s’inviter à table. "Pourquoi diable me vouvoie-t-elle, comme si nous étions en audience officielle ?" se demanda Olivier, perplexe. Sylvie, de son côté, fronçait légèrement les sourcils. "Mais enfin, pourquoi me parle-t-il comme si j’étais une étrangère ? Nous avons grandi ensemble !"
Un silence gêné s’installa, rompu seulement par le tintement des couverts et le murmure des autres convives. Puis, presque simultanément, ils réalisèrent leur absurdité et eurent un petit rire nerveux.
— "Désolée…" murmura Sylvie, rougissante.
— "Je ne sais pas pourquoi j’ai commencé à te vouvoyer. "
— "Moi non plus…" avoua Olivier, soulagé.
— "Je crois que j’ai cru que c’était ce qu’on devait faire aujourd’hui. "
Ils échangèrent un sourire complice, et enfin, l’atmosphère se détendit.
Leur conversation, cependant, ne fut pas aussi fluide qu’ils l’auraient espéré.
- Le serveur : "Votre café, Votre Altesse." (Interruption n°1)
- Olivier : "Alors… euh… bien dormi ?" (Question brillante, vraiment.)
- Sylvie : "Oui, merci. Et toi ?" (Réponse tout aussi brillante.)
- Le serveur : "Un croissant supplémentaire, Madame ?" (Interruption n°2)
- Sylvie : "Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ?" (Sujet passionnant.)
- Olivier : "Oh, rien de spécial. Et toi ?" (Réponse tout aussi palpitante.)
- Le serveur : "Le journal, Monsieur ?" (Interruption n°3)
- Olivier : "Il fait beau, aujourd’hui." (Parce que parler de la météo, c’est toujours une bonne idée.)
- Sylvie : "Oui, c’est agréable." (Réponse pleine d’enthousiasme.)
À chaque tentative de discussion sérieuse, quelque chose – ou quelqu’un – les interrompait. Un domestique apportait du pain frais, un autre remplissait leurs verres, un troisième demandait si tout était à leur goût. "On dirait qu’ils le font exprès", pensa Olivier, exaspéré.
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Le Geste Qui Change Tout
Vers la fin du repas, alors qu’ils avaient épuisé tous les sujets de conversation possibles (et impossibles), Olivier posa doucement sa main sur celle de Sylvie, qui était posée sur la table. Elle sursauta légèrement, puis leva les yeux vers lui.
Ils restèrent ainsi, silencieux, se regardant avec une intensité qui en disait plus que mille mots. Dans les yeux de l’autre, ils virent le même trouble, la même émotion refoulée, la même envie de dire quelque chose sans savoir comment.
— "Je ne serai pas disponible aujourd’hui…" finit par murmurer Olivier, la voix légèrement rauque. "Mais… est-ce que tu serais libre ce soir ? Dans les jardins, près des parterres de jonquilles ?"
Sylvie sentit son cœur bondir.
— "Avec plaisir…" répondit-elle, un sourire timide aux lèvres.
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La Séparation
Ils se levèrent en même temps, comme s’ils avaient peur que l’un d’eux ne change d’avis. Olivier fit un pas vers elle, puis hésita. Devait-il la prendre dans ses bras ? Lui faire la bise ? Lui serrer la main ? Ils étaient en public, que diable !
Finalement, il se contenta d’un petit signe de tête, tout en souriant.
— "À ce soir, alors."
— "À ce soir."
Et ils se séparèrent, chacun emportant avec lui une promesse silencieuse – et l’espoir que, cette fois, les choses seraient différentes.
"Note mentale d’Olivier : la prochaine fois, éviter les petits-déjeuners en public. Trop de serveurs."
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Olivier, l’Évadé Amoureux
Olivier quitta la salle à manger dans un état second, comme si ses pieds avaient pris le contrôle de son corps tandis que son esprit, lui, était resté attablé avec Sylvie. Il marcha droit devant lui, les yeux légèrement vitreux, un sourire béat aux lèvres, sans vraiment prêter attention à son environnement.
Il passa devant Mei-Ling, qui le regarda avec stupeur, un sourcil arqué.
— "Olivier ?" appela-t-elle, intriguée.
Mais il ne l’entendit même pas. Mei-Ling, avec sa vivacité d’esprit légendaire, fit immédiatement le lien.
— "Une seule chose – ou plutôt une seule personne – pouvait le mettre dans cet état."
Un rire étouffé lui échappa.
— "Oh, Sylvie… tu as enfin réussi à le faire sortir de sa coquille."
Puis, comme si le destin avait décidé de tester sa capacité à rester concentré, il croisa le roi en pleine discussion avec ses conseillers dans le grand hall d’entrée. Le souverain, toujours impeccable dans sa tenue officielle, le regarda passer avec un mélange d’amusement et d’incrédulité.
— "Prince Olivier !" tonna-t-il, assez fort pour que tout le hall se retourne.
Olivier, déjà à mi-chemin, sursauta comme s’il venait de se réveiller en sursaut. Il fit demi-tour, l’air confus, et revint vers le roi, bafouillant des excuses à peine cohérentes.
— "Votre Altesse… je… euh… je ne vous avais pas vu."
Le roi échangea un regard complice avec ses conseillers, un sourire en coin.
— "Manifestement." répondit-il, avant d’ajouter, avec une pointe d’ironie : "Si vous avez terminé votre… promenade contemplative, peut-être pourriez-vous nous accorder un instant ?"
— "Bien sûr, Votre Altesse. Désolé."
Quelques instants plus tard, Olivier se ressaisit, salua poliment l’assemblée, puis s’éloigna à nouveau, cette fois avec un peu plus de conscience de son environnement. "Bon sang, Olivier, reprends-toi. Tu es un prince, pas un automate en mode pilote automatique."
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Le Bilan Tactique
En bon stratège, il décida de faire le point sur sa mission du matin.
Objectif initial : Parler à Sylvie sans bafouiller, sans fuir, et sans se ridiculiser.
Résultat : Ils avaient réussi à échanger quelques mots, même si la conversation avait été… euh… spontanément protocolaire.
Conseils de Sven : "Sans détour. Sans peur. Et surtout, sans attendre qu’elle devine ce que tu ressens."
Olivier sourit en repensant à la main qu’il avait posée sur celle de Sylvie.
"Bon, d’accord, j’ai peut-être un peu attendu qu’elle devine… mais j’ai fini par agir. Et elle a accepté de me retrouver ce soir."
Il était positif, confiant, et surtout… heureux.
"Sven dirait probablement que je suis irrécupérable", pensa-t-il en riant.
"Mais cette fois, je crois que j’ai fait un pas dans la bonne direction."
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Destination : Les Cryptes
Pour se remettre les idées en place, il décida de se rendre aux cryptes, un endroit où il pouvait réfléchir en paix, au milieu du vacarme des machines et des marteaux-piqueurs, retrouver Sven, et prendre quelques claques dans le dos en lui faisant son debriefing. Il prit le chemin des escaliers menant aux niveaux inférieurs, l’esprit déjà tourné vers leur rencontre du soir.
— "Les jonquilles… ce soir…"
Il descendit les marches avec une légèreté qu’il n’avait pas ressentie depuis longtemps.
— "Peut-être que cette fois, les choses vont enfin avancer."
Et avec cette pensée réconfortante, il disparut dans les profondeurs du palais, laissant derrière lui un hall d’entrée où les murmures et les regards amusés persistaient encore.
Note mentale d’Olivier : "La prochaine fois, éviter de croiser le roi dans cet état. Trop embarrassant."
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Sylvie, l’Évadée Rêveuse
Sylvie resta immobile, les yeux fixés sur la silhouette d’Olivier qui s’éloignait. Sa main, encore chaude de son contact, semblait peser une tonne – ou plutôt, elle avait l’impression qu’elle ne pèserait plus jamais rien d’autre, comme si ce geste avait marqué sa paume à jamais.
"Il m’a touchée intentionnellement. Pas par accident. Pas par réflexe. Mais parce qu’il voulait que je sache… quelque chose."
Un frisson lui parcourut l’échine. Elle n’osait pas bouger, de peur de briser la magie de cet instant. Autour d’elle, le monde continuait – les serveurs rangeaient les tables, les autres convives discutaient, le temps s’écoulait – mais elle, elle était restée suspendue dans ce moment où leurs mains s’étaient effleurées.
Enfin, comme si son corps avait décidé de reprendre le contrôle, elle se mit en marche, mécaniquement, vers ses appartements. Ses pieds la portaient, mais son esprit était ailleurs, revivant en boucle la scène du petit-déjeuner.
"Il a dit qu’il serait occupé aujourd’hui… mais qu’on se retrouverait ce soir. Près des jonquilles. Sainte Licorne !"
Elle passa devant Mei-Ling sans la voir, perdue dans ses pensées. Derrière elle, Mei-Ling éclata de rire, attirant les regards surpris de ceux qui étaient là. Elle se reprit aussitôt, un sourire malicieux aux lèvres.
— "Eh bien, ça y est, c’est confirmé… les choses avancent enfin." murmura-t-elle pour elle-même, avant de se diriger vers la salle à manger avec une détermination nouvelle.
— "Un petit-déjeuner royal s’impose. Après tout, c’est un jour de célébration !"
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L’Incident Diplomatique
Sylvie, toujours dans sa bulle, passa à quelques mètres de sa mère, la reine, qui descendait majestueusement l’escalier menant à la grande salle à manger, entourée de ses courtisanes.
— "Sylvie, ma chérie !" appela la reine, d’une voix suffisamment forte pour que tous se retournent.
Sylvie sursauta, comme tirée d’un rêve, et fit demi-tour, confuse.
— "Mère… je… euh… je ne vous avais pas vue."
La reine échangea un regard amusé avec ses accompagnatrices, avant de répondre avec une ironie bienveillante :
— "Manifestement."
Sylvie bafouilla des excuses, puis s’éloigna à nouveau, essayant désespérément de se concentrer sur ses pas. "Concentre-toi, Sylvie. Tu es une princesse, pas une somnambule."
Mais c’était peine perdue. Sa main, toujours tendue devant elle comme si elle venait de subir une greffe, semblait avoir pris une vie propre. Toujours chaude de la pression d’Olivier, elle était devenue le centre de son univers.
"Est-ce que je vais devoir la regarder toute la journée ?"
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Le Retour aux Sources
Elle finit par atteindre ses appartements, monta l’escalier de la rotonde, et se réfugia dans ses quartiers privés. Margot avait soigneusement plié sa couverture sur le fauteuil, comme une invitation à se blottir dedans.
Sylvie l’attrapa, s’enveloppa dans sa douceur familière, avec la ferme intention de se mettre devant son c-drama romantique.
"Il n’y a que ça pour me calmer."
Mais une fois installée, elle oublia complètement d’allumer la télé. Ses yeux se fixèrent sur l’écran noir, sans le voir, tandis que son esprit tournait à plein régime.
"Il a dit qu’il serait occupé aujourd’hui… mais qu’on se retrouverait ce soir. Près des jonquilles. Oh par toutes les Licornes !"
Elle repensa aux conseils de Mei-Ling.
— "Lui parler de ce que je ressens, qu’il sache que j’ai des émotions, que je veux les partager avec lui, et surtout l’écouter."
"Est-ce que j’ai suivi ses conseils ?"
Elle réfléchit un instant.
"Euh… non. Enfin, oui. Enfin, un peu. Enfin, j’ai essayé."
Un sourire lui échappa.
"Au fond, peu importe. Parce que, pour la première fois, j’ai l’impression qu’Olivier a compris. Qu’il a senti ce que je voulais dire, sans que j’aie besoin de tout expliquer."
Elle était positive, confiante, et surtout… heureuse.
"Mei-Ling dirait probablement que c’est ‘presque touchant, vraiment’."
Elle rit toute seule, imaginant la réaction de son amie.
"Oui, bon, d’accord, je suis irrécupérable. Mais c’est une irrécupérable heureuse."
Elle resta ainsi, blottie dans son fauteuil, à savourer son émoi.
"Les jonquilles… ce soir…"
Et pour la première fois depuis longtemps, elle eut hâte que le temps passe.

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