102. Un rendez-vous manqué

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La Princesse et les Jonquilles

Le soleil déclinant teintait les jardins du palais de Sylvaria d’une douce lumière dorée, comme si la nature elle-même avait décidé de jouer les complices romantiques. Sylvie, incapable de rester enfermée plus longtemps, avait quitté ses appartements bien avant l’heure convenue. Après tout, mieux valait arriver en avance que de risquer de faire attendre Olivier, même si, connaissant son sens de la ponctualité légendaire, il était plus probable qu’il soit déjà là, caché derrière un buisson, à répéter son discours pour la dixième fois.

Escortée par Flamme et Long, ses deux dragons nains espiègles, elle traversa les allées sinueuses des jardins, respirant à pleins poumons l’air parfumé de fleurs et d’herbe fraîchement coupée. Les deux petites créatures, excitées par cette sortie inhabituelle, zigzaguaient entre les massifs, se lançant des défis ridicules comme celui de grimper aux branches basses ou de se faufiler dans les buissons sans se faire repérer—un jeu auquel elles échouaient systématiquement, leurs écailles luisantes trahissant leur présence à chaque mouvement.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Arrête de faire trembler les jonquilles !") grogna Flamme, alors que Long, dans un élan d’enthousiasme, venait de renverser un petit bouquet de jonquilles.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "C’est toi qui as commencé !") rétorqua Long, la langue pendante, avant de plonger à nouveau dans les pétales, déclenchant une pluie de pollen doré.

Sylvie sourit, amusée par leur comportement. Elle s’assit sur un banc à l’ombre d’un vieux chêne, observant les deux dragons nains jouer à cache-cache parmi les jonquilles. Leurs petits grognements et éclats de rire étouffés résonnaient comme une mélodie joyeuse dans le calme du jardin.

"Il ne devrait plus tarder maintenant", pensa-t-elle, sentant son cœur battre un peu plus vite.

Elle imagina Olivier arrivant, peut-être un peu nerveux, peut-être avec un bouquet de fleurs volé à l’un des jardiniers du palais—ou pire, avec un discours si préparé qu’il en oublierait de respirer. Elle rit toute seule à cette idée.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Tu ris toute seule, Princesse ?") fit Long, surgissant soudainement de derrière un massif, faisant sursauter Sylvie.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Ah. Donc c’est à cause du Prince Olivier ?") lança Flamme, apparaissant à son tour, les ailes légèrement couvertes de pollen.

Sylvie rougit légèrement, prise sur le fait. Elle sortit son smartphone et activa la traduction des colliers connectés des dragons.

"Peut-être. Mais chut, ne dites rien !" (Traduction approximative : « Grrrr… ») murmura-t-elle en réponse, rangeant son téléphone avec un sourire.

Les deux dragons échangèrent un regard complice avant de retourner à leurs jeux, laissant Sylvie à ses pensées. Elle se demanda ce qu’Olivier allait lui dire. Allait-il être direct, ce qui l’étonnerait beaucoup, ou allait-il tourner autour du pot pendant des heures ? Et elle, comment allait-elle réussir à exprimer ce qu’elle ressentait sans bafouiller ou sans que ses joues ne deviennent aussi rouges que les robes de Mei-Ling ?

Elle ferma les yeux un instant, savourant la douceur de l’air et le parfum des jonquilles. C’était un moment parfait—trop parfait, peut-être.

Soudain, un bruissement étrange dans les arbres attira son attention. Elle ouvrit les yeux, intriguée, et vit des nuées d’oiseaux s’envoler des arbres un peu partout dans les jardins, leurs cris perçants déchirant le calme de l’après-midi. Les ailes battant frénétiquement, ils s’élevèrent dans le ciel, formant des nuages sombres et agités qui tournoyaient. Flamme et Long se figèrent, leurs oreilles pointues dressées vers le ciel et la tête dressée, aux aguets. Un silence inhabituel s’installa, comme si les jardins retenaient leur souffle.

Puis, en un instant, tout bascula.

Sylvie se leva d’un bond, le cœur battant.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Quelque chose ne va pas.") fit Flamme, inquiet.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Cachez-vous !") renchérit Long, disparaissant dans les jonquilles.

Sylvie sortit à nouveau son smartphone, traduisant rapidement leurs grognements.

Quelque chose n’allait pas.

Et ce n’étaient pas seulement les oiseaux.

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La Princesse et l'Explosion

Le sol trembla soudainement sous les pieds de Sylvie, comme si la terre elle-même avait décidé de se réveiller. Un grondement sourd, profond, monta des entrailles du sol, faisant vibrer l'air autour d'elle. Elle tituba, surprise, et se rattrapa de justesse au dossier du banc. Le grondement émis par le sol était assourdissant, puis une onde de choc fit trembler les branches des arbres et arracha quelques feuilles, suivie d’une détonation grondante et lointaine qui résonna comme un coup de tonnerre qui se prolonge.

Ses oreilles sifflèrent, et pendant un instant, elle n'entendit plus rien d'autre que ce bourdonnement strident, comme si le monde avait été réduit à un silence cotonneux. Elle cligna des yeux, stupéfaite, et sentit son cœur battre à tout rompre. Jamais de sa vie elle n'avait vécu une chose pareille. Une peur instinctive l'envahit, et elle appela immédiatement ses dragons.

— "Flamme ! Long !" cria-t-elle, sa voix étouffée par le sifflement dans ses oreilles. "Où êtes-vous ?"

Les deux dragons nains émergèrent des jonquilles, l'air aussi choqués qu'elle. Leurs écailles étaient couvertes de pollen, et leurs yeux brillants de peur.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Qu'est-ce que c'était que ça ?") grogna Flamme, les ailes tremblantes.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Je n'aime pas ça du tout !") ajouta Long, se blottissant contre la jambe de Sylvie.

Les oiseaux dans le ciel continuaient de s'envoler dans tous les sens, leurs cris perçants ajoutant à la cacophonie. Sylvie leva les yeux, cherchant désespérément une explication. Et puis, elle le vit.

Au-dessus des arbres, à une grande distance, un grand panache de fumée et de poussière s'élevait très haut dans le ciel, gonflant d'instant en instant. Et cela prenait la forme… on aurait dit, d’un champignon immense et insensé. Les volutes sombres se mêlaient aux lueurs dorées du soleil couchant, créant un spectacle à la fois magnifique et terrifiant. Sylvie sentit son estomac se nouer.

"Qu'est-ce que c’était que ça ?!" Elle n'osait même pas l'imaginer.

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La Course de la Princesse

Le cœur battant à tout rompre, Sylvie prit une décision instantanée : elle devait retourner au palais. Maintenant. Mais elle en était vraiment loin. Sans hésiter, elle se mit à courir, ses dragons la suivant de près, leurs petites pattes martelant le sol avec un mélange de confusion et d'inquiétude.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Où cours-tu comme ça, Princesse ?") haleta Flamme, peinant à suivre le rythme.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Attends-nous ! On ne peut pas te perdre de vue !") ajouta Long, ses ailes frémissantes d'effort.

Sylvie trébucha sur une racine cachée, manqua de tomber, et, dans un élan de frustration, retira ses chaussures d'un geste vif. Libérée de ces entraves, elle accéléra, ses pieds nus foulant l'herbe fraîche avec une agilité nouvelle.

"Olivier… Il faut que je le joigne. "

Elle sortit son smartphone, les doigts tremblants, et composa son numéro. Une sonnerie. Deux. Puis, un message froid et mécanique :

— "La personne que vous essayez de contacter est actuellement injoignable."

— "Non, non, non…" murmura-t-elle, refusant d'accepter l'échec.

Elle réessaya, encore et encore, tout en courant. Toujours la même réponse.

"Injoignable !"

Puis, une pensée la frappa comme une flèche.

"Le téléphone d'Olivier !"

Ce n'était pas un appareil ordinaire. C'était un modèle militaire, conçu pour continuer de fonctionner même dans les conditions les plus extrêmes. Il utilisait des fréquences spéciales, inaccessibles aux téléphones civils. C'était d'ailleurs l'une des choses qu'elle appréciait le plus dans leurs conversations quotidiennes : jamais d'interruptions, même quand il était enfermé dans ces satanées cryptes où il passait tant de temps ces derniers jours.

Soudain, elle s'arrêta net, haletante, en nage. Le palais était nettement plus proche maintenant. Les dragons, surpris par son brusque arrêt, faillirent lui rentrer dedans.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Pourquoi t'arrêtes-tu ? On doit continuer !") grogna Flamme, les yeux écarquillés d'inquiétude.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Tu nous fais peur, Princesse…") murmura Long, se collant contre sa jambe.

Sylvie les ignora, son esprit tournant à mille à l'heure.

"Les cryptes."

Olivier y passait presque toutes ses journées récemment. Et si…

Non. Elle refusait d'y penser. Mais l'idée était là, tenace, glaciale.

Elle reprit sa course, plus vite encore, comme si les démons souterrains eux-mêmes la poursuivaient. En arrivant en bas du grand escalier qui menait aux jardins, elle gravit les marches quatre à quatre, déterminée à se précipiter vers les cryptes.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "On ne peut pas te suivre ! Ralentis !") supplia Flamme, ses petites pattes glissant sur les marches de pierre.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Tu es folle ? On va se tuer à ce rythme !") renchérit Long, galopant derrière elle, les ailes déployées pour garder l'équilibre.

Mais Sylvie n'entendait plus rien. Son seul objectif était d'atteindre les cryptes.

"Vite. Plus vite."

Et ses dragons, malgré leur petite taille, firent de leur mieux pour ne pas la perdre de vue. Mais ils n'auraient jamais cru que leur maîtresse puisse les distancer à la course !

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La Princesse dans le Chaos

Sylvie fit irruption dans le grand hall du palais comme une tornade, ses pieds nus claquant sur le marbre poli. Le chaos régnait.

"Une explosion !" entendit-elle quelqu’un dire.

"Les vitraux du grand salon ont été soufflés !" s’exclama une dame de compagnie, les mains sur la bouche.

"Les fenêtres du couloir est sont brisées !" ajouta un valet, visiblement secoué.

« Une explosion ? » se demanda Sylvie. Elle savait bien sûr ce qu’était une explosion, elle pensa en un éclair à un de ses anciens cours de chimie… « Mais une explosion ne peut pas provoquer un tel chaos ! »

Personne ne sembla remarquer son passage en furie. Tous étaient trop occupés à paniquer ou à essayer de comprendre ce qui venait de se produire. Sylvie obliqua vers les grands escaliers menant aux niveaux inférieurs, ses pieds glissant à plusieurs reprises sur le dallage lisse. Elle se rattrapa aux murs, déterminée à ne pas tomber.

Derrière elle, Flamme et Long tentaient désespérément de la suivre, leurs petites pattes patinant sur le sol. Ils grognaient et glapissaient, leurs griffes cherchant vainement une prise.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Princesse, attends-nous ! On ne peut pas te suivre !")

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Tu vas te tuer !")

Sylvie les ignora, trop concentrée sur son objectif et sautait d’un palier à l’autre, survolant d’un coup les volées de marches. Elle atteignit rapidement le bas des escaliers en marbre et s’engouffra dans le vieil escalier en colimaçon qui menait aux anciennes cuisines inférieures. Dans sa précipitation, elle heurta deux militaires en armure de combat moderne qui remontaient en toute hâte.

— "Poussez-vous ! " hurla-t-elle sans s’arrêter, les repoussant d’un geste brusque.

Les soldats grognèrent sous l’impact, mais elle était déjà loin, dévalant les marches à une vitesse folle et heurtant violemment les murs à chaque tour de l’escalier. Derrière elle, les dragons dégringolaient plus qu’ils ne descendaient, roulant et glissant comme des boules écailleuses qui grognaient et couinaient.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "On arrive, Princesse ! Ne nous abandonne pas !")

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "C’est de la folie !")

Enfin, elle atteignit le niveau inférieur, celui des anciennes cuisines. L’entrée était en face, au bout d’un long couloir. Les deux grandes portes en bois étaient béantes, et des militaires allaient et venaient dans un brouhaha de radios et d’ordres secs. De la poussière flottait dans l’air, épaisse et étouffante.

Sylvie avança, le cœur battant à tout rompre. Soudain, un soldat en armure de combat moderne lui barra le chemin, le canon de son laser de combat pointé droit sur elle.

— "HALTE ! " ordonna-t-il d’une voix impérieuse.

Sylvie s’arrêta net, le souffle court, les yeux rivés sur l’arme. Elle n’avait jamais vu autant de détermination dans le regard d’un garde.

"Que faire maintenant ?"

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La Métamorphose de la Princesse

Face au soldat, arme pointée, Sylvie sentit quelque chose en elle se transformer. Une force qu’elle n’avait jamais connue auparavant jaillit de son être, comme si une étincelle divine venait de s’allumer en elle. Haletante, échevelée, sa robe en partie déchirée, maculée de poussière et de traces de sang là où elle s’était heurtée aux murs et écorchée, elle était l’image même du désordre. Pourtant, en cet instant, elle se redressa avec une dignité qui semblait venir d’un autre monde.

Ses yeux, habituellement doux et rieurs, brillèrent d’une intensité nouvelle. Elle fixa le soldat droit dans les yeux, comme si elle voyait à travers lui. Puis, d’une voix qu’elle ne reconnut pas—profonde, puissante, empreinte d’une autorité innée—elle tonna :

"Moi, Son Altesse Royale, Sylvie Monique Isabeau de Sylvaria, 143ème porteuse du Nom de la Sainte Sylvie, Princesse Héritière de Sylvaria, je vous donne l’ordre de me rendre compte !"

Le soldat vacilla. Le canon de son arme s’abaissa lentement vers le sol, comme s’il n’avait plus la force de la tenir. Il recula de quelques pas, visiblement ébranlé. Cette situation était totalement… inattendue. Il reconnut alors, sous la poussière et les égratignures, les traits de l’héritière du trône. Sans hésiter, il s’inclina profondément, mit un genou au sol et baissa la tête en signe de soumission.

"Princesse… Je… Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé. Une explosion souterraine, quelque part au loin dans les cryptes. Tout le palais est en alerte."

Derrière elle, Flamme et Long, qui venaient tout juste de débouler de l’escalier en s’étalant de tout leur long, restèrent bouche bée. Leurs petits yeux ronds s’écarquillèrent encore davantage, et leurs queues se raidirent sous l’effet de la stupeur.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Par les étoiles… Qui est cette femme ?")

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "On dirait une reine immortelle des légendes !")

En effet, en cet instant, Sylvie n’était plus simplement la princesse espiègle et rêveuse qu’ils connaissaient. Elle était devenue quelque chose de bien plus grand. Une souveraine. Une force indomptable.

C’était la première fois qu’ils la voyaient ainsi.

Et quelque part, au fond d’elle-même, Sylvie sentit cette transformation. Elle était prête. Prête à affronter ce qui l’attendait. Prête à devenir la reine que Sylvaria méritait.

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La Princesse et les Cryptes

Sylvie, toujours debout face au soldat, sentit son cœur battre à tout rompre. Sa vision se troubla légèrement, et ses jambes flageolèrent. Une vague de chaleur l’envahit, suivie d’un vertige qui lui donna l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Elle serra les dents, refusant de s’effondrer, et se raccrocha au mur pour ne pas tomber.

Le soldat, remarquant son état, se redressa immédiatement pour l’aider, mais elle lui fit un signe impérieux de la main, lui ordonnant de rester à distance.

— "Je vais bien", gronda-t-elle, sa voix toujours empreinte de cette autorité royale qui semblait désormais faire partie d’elle. "Dites-moi où est le Prince Olivier."

Le soldat hésita, puis répondit :

— "Il est arrivé en milieu de matinée, Votre Altesse. A ma connaissance, il n’est pas ressorti depuis."

Un éclair de panique traversa le regard de Sylvie, mais elle le réprima aussitôt. Elle se redressa de toute sa hauteur et pointa un doigt vers les anciennes cuisines.

— "Laissez-moi entrer."

Le soldat secoua la tête, visiblement troublé.

— "Je ne peux pas vous laisser prendre un tel risque, Princesse."

Sylvie le fusilla du regard, ses yeux brillant d’une détermination farouche.

— "C’est un ordre !"

Le soldat, vaincu, s’inclina.

— "Dans ce cas, je vous accompagne."

Elle accepta d’un hochement de tête, et ils pénétrèrent ensemble dans les anciennes cuisines inférieures. La poussière et la fumée y étaient plus épaisses, rendant l’air irrespirable. Flamme et Long les suivirent, leurs petits yeux larmoyants et leurs museaux frémissants.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "C’est insupportable ! On ne voit plus rien !")

— "Grrrr…" (Traduction approximative : "Princesse, reviens ! C’est trop dangereux !")

Sylvie ignora leurs protestations et continua d’avancer, ses pieds nus foulant le sol poussiéreux. Ils atteignirent enfin le passage foré qui menait au laboratoire secret. La princesse pressa le pas, déterminée à trouver Olivier. La poussière devenait de plus en plus dense, réduisant la visibilité à deux ou trois mètres seulement. Ses yeux la brûlaient, et elle dut cligner des paupières pour chasser les larmes qui lui brouillaient la vue.

Arrivée dans le laboratoire, elle eut du mal à reconnaître les lieux. Elle arracha un large pan de sa robe et s’en servit comme masque, couvrant sa bouche et son nez pour filtrer l’air vicié. Elle avança dans la grande salle centrale circulaire et trouva la salle secondaire où le passage vers les cryptes avait été ouvert.

Ce qu’elle découvrit la glaça d’horreur.

La plus grande partie du mur avait été soufflée vers l’intérieur de la pièce, révélant au-delà un vide opaque et obscur de poussière tournoyante. De l’autre côté, les cryptes étaient invisibles, englouties dans ce nuage qui semblait avaler toute lumière.

Sylvie sentit son cœur se serrer. Elle ne voyait plus rien. L’air était devenu totalement irrespirable. Elle était nu-pieds et s’était blessée en marchant sur des éclats de maçonnerie et des cailloux. Elle ne pouvait plus avancer.

Un désespoir terrible s’abattit sur elle, un sentiment qu’elle n’avait jamais connu de sa vie.

"Olivier… Où es-tu ?"

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La Princesse à Bout de Forces

Malgré la poussière abrasive dans ses yeux et la douleur des entailles dans ses pieds nus, Sylvie gardait une posture droite, presque majestueuse. Son masque improvisé, ce lambeau de soie déchiré, ne suffisait pas à filtrer entièrement la poussière âcre qui lui déchirait la gorge. Entre deux quintes de toux, elle parvint à articuler d’une voix rauque mais autoritaire :

— "Qui commande ici ?"

Le garde, protégé par son masque intégré et sa visière, répondit avec une discipline militaire :

— "Moi, Votre Altesse. Nous étions six. Deux en faction, dont moi, et quatre en patrouille. Nos supérieurs étaient dans la première salle des cryptes quand l’explosion s’est produite."

Sylvie sentit son cœur se serrer.

— "Pourquoi étiez-vous en alerte ?"

— "Nous avons reçu un message quelques minutes avant l’explosion. Un individu armé et dangereux aurait pu tenter de remonter vers le palais en passant par le laboratoire secret."

— "Et maintenant ?" gronda-t-elle, les poings serrés.

— "Nous n’avons plus de contact avec nos supérieurs. Les communications sont totalement coupées. Plus rien ne fonctionne." Il marqua une pause, avant d’ajouter : "J’ai envoyé deux hommes prévenir le commandement."

Sylvie repensa alors les deux soldats qu’elle avait bousculés dans l’escalier. Ils devaient être ces messagers.

Les dragons, terrassés par l’atmosphère irrespirable, se collaient contre ses jambes, leurs petits corps secoués de toux.

— "Grrrr…" (Traduction approximative : « Princesse, nous devons partir… »)

— "Grrrr…" (Traduction approximative : « Tu vas t’effondrer… »)

Elle les ignora. Son regard se perdit dans le brouillard opaque qui masquait les cryptes.

"Olivier était là, quelque part, peut-être blessé, peut-être pire."

Mais avancer davantage était impossible. Suicidaire.

Avec un dernier regard vers l’obscurité, elle tourna les talons.

— "Je remonte."

Le garde hocha la tête, respectueux.

— "Oui, Princesse."

Elle retraversa le laboratoire secret, les cuisines inférieures, et s’arrêta enfin dans le couloir. Là, elle retira son masque improvisé, révélant un visage strié de poussière, de larmes et de détermination.

— "Y a-t-il une autre issue ?"

Le garde réfléchit un instant.

— "Oui. À six kilomètres au sud-est, les cryptes aboutissent à l'extérieur de l'enceinte des jardins dans un ancien centre d'étude des Guildes scientifiques. Mais l’explosion semble avoir frappé cette zone… Le passage n’est certainement pus praticable."

Sylvie serra les dents.

"Six kilomètres. Trop loin. Trop incertain."

— "Merci, soldat."

Sans un mot de plus, elle se détourna et commença à gravir l’escalier en colimaçon, de plus en plus péniblement, suivie de près par ses dragons, toujours aussi incommodés.

En arrivant au pied des grands escaliers de marbre, elle aperçut deux silhouettes familières dévalant les marches à sa rencontre : Margot, sa fidèle servante, et Mei-Ling, sa confidente.

— "Princesse !" s’écria Margot, le visage déformé par l’inquiétude.

— "Par les Douze Dragons, vous êtes dans un état !" renchérit Mei-Ling.

Sylvie voulut parler, vouloir garder cette force qui l’avait animée jusqu’ici, mais ses jambes la trahirent. Elle chancela, et ses deux amies se précipitèrent pour la rattraper.

"Olivier…" murmura-t-elle avant que sa voix ne se brise.

Puis, enfin, elle s’effondra dans leurs bras, laissant échapper un sanglot étouffé.

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