103. Le Contre-coup
Margot et Mei-Ling
Le palais de Sylvaria, d’ordinaire si majestueux et paisible, était plongé dans le chaos. Une déflagration monstrueuse avait ébranlé ses murs, ce qui était quelque chose de jamais vu, soufflant certaines des grandes verrières orientées au sud et à l’est. Les cris des serviteurs et des courtisans résonnaient dans les couloirs, tandis qu’une fine poussière retombait lentement, comme une neige grise sur les marbres immaculés.
Mei-Ling, en pleine réunion consulaire dans l’un des salons privés, avait senti le sol trembler sous ses pieds. Son cœur s’était serré instantanément.
"Sylvie."
Elle avait tenté de la joindre, mais son appel était resté sans réponse.
Margot, quant à elle, avait interrompu une réunion stratégique avec les blanchisseuses en charge des robes de la Princesse, son instinct lui dictant que quelque chose de terrible venait de se produire.
Elles s’étaient retrouvées dans le grand hall d’entrée, où la panique régnait. Des domestiques, les yeux écarquillés, parlaient d’une explosion venue des niveaux inférieurs. Certaines rumeurs évoquaient même la princesse, courant comme une furie vers les entrailles du palais, suivie de près par ses deux dragons, visiblement aussi pressés qu’elle.
Sans un mot, Mei-Ling et Margot avaient échangé un regard entendu. Elles savaient ce qu’elles devaient faire.
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La Rencontre sur les Escaliers
Elles descendirent les grands escaliers de marbre, leurs pas résonnant dans le calme relatif de ces niveaux moins fréquentés. L’air était chargé d’une odeur âcre de pierre brûlée. Puis, soudain, elles la virent.
Sylvie, la princesse héritière, gisait à moitié effondrée sur le palier inférieur, ses vêtements déchirés et maculés de poussière, ses cheveux dans le plus grand désordre. Ses pieds nus, ensanglantés, portaient les traces de sa course désespérée à travers les décombres. Des éclats de verre et de pierre avaient entaillé sa peau, laissant des traînées de sang sur les marches de marbre.
Derrière elle, Long et Flamme, ses deux dragons nains, avançaient péniblement, leurs écailles habituellement brillantes ternies par endroits, certaines même ébréchées. Leurs mouvements étaient lents, douloureux, comme s’ils avaient reçu des coups violents. Leurs yeux, d’ordinaire si vifs, reflétaient une confusion et une peur que personne n’avait jamais vues chez eux.
Mei-Ling et Margot se précipitèrent vers elle, leur cœur battant à tout rompre.
— "Sylvie !" s’exclama Mei-Ling en la prenant dans ses bras, sentant son corps frêle trembler contre le sien.
— "Olivier…" murmura-t-elle
Sylvie leva vers elles un regard hagard, ses lèvres tremblant tandis qu’elle tentait de parler. Des mots incohérents s’échappaient de sa bouche, entrecoupés de sanglots.
Long et Flamme, voyant leur maîtresse dans cet état, se rapprochèrent d’elle, leurs petits corps montant avec peine une marche de marbre après l’autre. Leurs yeux s’écarquillèrent soudain en apercevant les traces rouges que les pieds nus de Sylvie laissaient sur le sol. Ils inclinèrent leurs têtes, leurs museaux frémissants, comme s’ils tentaient de comprendre ce qu’ils voyaient.
— "Grrrr…" (Traduction approximative : « Qu’est-ce que c’est ?») murmura Flamme, sa voix rauque trahissant son trouble.
— "Grrrr…" (Traduction approximative : « Pourquoi c’est rouge ?») renchérit Long, ses ailes se repliant instinctivement autour de lui, comme pour se protéger.
Mei-Ling, tout en maintenant droit le dos de Sylvie qui s’était affalée sur les marches, jeta un coup d’œil aux dragons. Elle comprit immédiatement leur confusion.
— "C’est du sang", expliqua-t-elle doucement en mandarin. "Sylvie s’est blessée en courant. Ce n’est rien de grave, mais elle a besoin de soins."
Long et Flamme échangèrent un regard inquiet. Ils n’avaient jamais vu de sang auparavant, et cette vision les troublait profondément.
— "Elle a mal ?" demanda Flamme en mandarin, sa voix tremblante.
— "Oui, mais les médecins vont l’aider", répondit Mei-Ling, essayant de les rassurer.
Les dragons, sentant la détresse de leur maîtresse, blottirent contre elle leurs petits corps chauds et réconfortants. Sylvie, sentant leur présence, passa une main tremblante sur leurs écailles, comme pour les apaiser.
— "Je vais bien…" murmura-t-elle, sa voix à peine audible. "Juste un peu fatiguée…"
Mei-Ling et Margot échangèrent un regard, puis Mei-Ling se tourna vers les dragons.
— "Long, Flamme, restez ici avec nous. Nous allons prendre soin de Sylvie."
Les dragons hochèrent la tête, leurs yeux toujours fixés sur les traces rouges, comme hypnotisés.
— "Par les dieux, qu’est-ce qui s’est passé ?" demanda Margot, sa voix habituellement calme et posée trahissant une inquiétude palpable.
— "Je… Je ne sais pas… C’était horrible… Tout a explosé…"
Mei-Ling, malgré son propre effroi, garda son sang-froid. Elle examina rapidement les blessures de Sylvie, remarquant les profondes entailles sur ses pieds et les écorchures sur ses genoux, ses épaules et ses avant-bras.
— "Margot, appelle un soldat. Maintenant." Ordonna-t-elle d’une voix ferme.
Margot hocha la tête et se tourna vers un militaire qui passait en courant, son uniforme couvert de poussière. L’homme, un soldat expérimenté avec une formation aux soins médicaux d’urgence, s’arrêta net en voyant la servante personnelle de la princesse.
— "Soldat !" cria Margot, attirant son attention. "La princesse héritière a besoin d’aide immédiate !"
Le soldat s’agenouilla immédiatement près de Sylvie, son regard professionnel évaluant rapidement son état.
— "Princesse, pouvez-vous me dire où vous avez mal ?" demanda-t-il, sa voix calme et rassurante.
Sylvie, les larmes aux yeux, tenta de répondre.
— "Mes pieds… Je crois que je me suis coupée…"
Le soldat examina attentivement ses blessures, notant les entailles profondes et les saignements.
— "Je vais vous aider. Essayez de ne pas bouger."
Il sortit une trousse de premiers soins de sa ceinture et commença à nettoyer les plaies, appliquant des compresses pour stopper les saignements.
— "Princesse, avez-vous d’autres blessures ?" demanda-t-il, tout en continuant ses soins.
Sylvie secoua faiblement la tête.
— Non… Juste mes pieds…
Le soldat hocha la tête, satisfait de son examen initial.
— "Je vais appeler une équipe médicale. Ils vont vous emmener à l’infirmerie pour des soins plus approfondis.
Il sortit une radio de sa ceinture et contacta l’équipe médicale, tout en restant près des jeunes femmes.
— "Je reste avec vous jusqu’à ce que les secours arrivent", déclara-t-il, sa voix rassurante malgré la gravité de la situation.
Mei-Ling, tout en maintenant Sylvie droite tenta de calmer son amie.
— "Respire, Sylvie. Respire. Nous sommes là. Dis-nous ce qui s’est passé."
Sylvie prit une profonde inspiration, essayant de se calmer. Peu à peu, ses mots devinrent plus cohérents.
— "J’étais dans les jardins… avec les dragons… J’attendais Olivier… Terrible explosion au loin… J’ai couru jusqu’au palais… les cryptes… Irrespirable. On ne voyait rien…poussière partout, fumée… Murs effondrés. Pas pu aller plus loin… Olivier… Où est-il ? Olivier…"
Margot serra les dents, son instinct protecteur prenant le dessus.
— "Qui a fait ça ?" demanda-t-elle, sa voix dure comme l’acier.
Sylvie secoua la tête, incapable de répondre. Les larmes coulaient librement sur ses joues, et Mei-Ling sentit son cœur se briser.
— "Chut… Ne parle pas maintenant. Les médecins vont arriver. Ils vont s’occuper de toi."
Au loin, le bruit de pas précipités se fit entendre. Une équipe médicale, composée de plusieurs hommes et femmes en uniforme blanc, descendit les escaliers en courant. Ils prirent immédiatement Sylvie en charge, l’allongeant sur une civière et commençant à examiner ses blessures.
— "Princesse, pouvez-vous nous dire où vous avez mal ?" demanda l’un des médecins, sa voix calme et professionnelle.
Sylvie, toujours en larmes, hocha faiblement la tête.
— "Partout… Mais surtout mes pieds…"
— "Nous allons vous emmener à l’aile médicale. Vous y serez en sécurité."
Mei-Ling, après avoir échangé un regard avec Margot, décida de rester auprès de Sylvie.
— "Je viens avec vous", déclara-t-elle, sa voix ferme.
Margot, quant à elle, se tourna vers les dragons, qui semblaient de plus en plus inquiets.
— "Long, Flamme, venez avec moi. Je vais vous raccompagner dans les appartements de Sylvie. Elle reviendra bientôt." Mei-Ling leur traduisit.
Les dragons, après un dernier regard vers leur maîtresse, suivirent Margot. Mei-Ling, quant à elle, resta aux côtés de Sylvie, prête à la soutenir dans cette épreuve.
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Vers l’Aile Médicale
Tandis qu’ils traversaient les couloirs du palais, désormais silencieux et sombres en ce début de soirée, Mei-Ling réfléchissait à voix haute. Elle savait que ce qui venait de se passer allait changer tout.
— "Qui a pu faire une chose pareille ?" murmura Mei-Ling, sa voix tremblant de colère. Elle serra les lèvres, son esprit tournant à toute vitesse.
Sylvie, allongée sur la civière, tendit une main faible vers son amie.
— "Ne me laissez pas… S’il vous plaît…"
Mei-Ling prit sa main dans la sienne, la serrant doucement.
— "Nous ne te laisserons jamais, Sylvie. Jamais."
Et tandis qu’ils arrivaient enfin à l’aile médicale, une question brûlante restait en suspens.
"Qui avait osé attaquer le palais ? Et pourquoi ?"
Mais pour l’instant, une seule chose comptait : soigner la princesse.
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La Reine et la Princesse
La chambre où la princesse Sylvie avait été installée était baignée d’une lumière douce, tamisée par les rideaux de velours bleu nuit tirés devant les hautes fenêtres. Le lit à baldaquin, drapé de soie pâle, semblait trop grand pour la silhouette frêle de la jeune femme, dont les bandages blancs tranchaient sur les draps sombres.
Les médecins avaient été clairs dans leurs consignes, répétées devant Mei-Ling avec une fermeté professionnelle :
— Pas de poids sur les pieds pendant au moins une semaine. Absolument aucun.
— Repos strict les premiers jours. Pas de mouvements brusques.
— Surveillance des bandages toutes les quatre heures pour éviter toute infection.
Sylvie, cependant, n’avait aucune intention de se soumettre docilement. À peine les médecins partis, elle s’était redressée dans son lit, les poings serrés, les yeux brillants d’une colère contenue.
— "C’est absurde !" avait-elle protesté, tirant sur les draps avec une énergie qui surprit même son amie. "Je marchais parfaitement bien pour sortir des caves ! Pourquoi devrais-je rester allongée maintenant ?"
Mei-Ling fronça les sourcils, mais avant qu’elle ne puisse répondre, la porte de la chambre s’ouvrit.
La reine entra, son visage habituellement impassible marqué par une inquiétude rare. Elle portait une robe de velours sombre, ses cheveux noirs striés d’argent soigneusement coiffés, mais ses yeux… ses yeux trahissaient une fatigue que Sylvie ne lui avait jamais vue.
Mei-Ling, instinctivement, se leva et s’inclina profondément, suivant le protocole royal à la lettre. En tant qu’actrice, elle exécuta une révérence parfaite.
— "Votre Majesté", dit-elle, d’une voix respectueuse et mesurée.
La reine lui adressa un regard reconnaissant, puis se tourna vers sa fille.
— "Merci, ma chère amie", dit-elle, sa voix douce mais ferme. "Je vous suis reconnaissante pour les attentions dont vous entourez ma fille. Mais maintenant, j’aimerais rester seule avec elle".
Mei-Ling hocha la tête en silence. Elle connaissait sa place.
Mei-Ling esquissa un sourire chaleureux en direction de Sylvie avant de se diriger vers la porte.
— "Je serai juste à côté si tu as besoin de moi", murmura Mei-Ling, ses yeux exprimant une tendresse sincère.
Sylvie hocha la tête, ses doigts se crispant légèrement sur les draps.
— "Je sais. Merci".
La reine attendit que la porte se referme derrière elles avant de s’approcher du lit. Elle posa une main douce sur le front de sa fille.
— "Comment te sens-tu, mon enfant ? " demanda-t-elle, sa voix basse et calme, comme si elle craignait de briser quelque chose de fragile.
Sylvie n’eut pas le temps de répondre. Une question plus urgente lui brûlait les lèvres.
— "Olivier…" dit-elle, le nom s’échappant comme un souffle. "Où est-il ? Est-il vivant ? Blessé ?"
La reine hésita une fraction de seconde, assez longtemps pour que le cœur de Sylvie se serre.
— "Olivier était dans le poste de commandement des cryptes quand l’explosion s’est produite", commença-t-elle, choisissant soigneusement ses mots. Un individu suspect avait été repéré près de la chambre blindée. "Olivier a immédiatement réagi et a envoyé une patrouille. L’homme a réussi à fuir, mais Olivier a envoyé une équipe à sa poursuite. "
Sylvie serra les poings, ses jointures blanchirent.
— "Et ensuite ? " pressa-t-elle, incapable de supporter l’attente.
— "L’homme avait posé deux bombes près de la porte de la chambre blindée. Olivier a fait évacuer tout le monde et a ordonné à des drones de les emporter à l’air libre. Elles ont explosé à près de cinq cents mètres de la sortie, détruisant une partie des cryptes ainsi que les anciens bâtiments des Guildes scientifiques. En réagissant aussi vite Olivier a sauvé de nombreuses vies ainsi que le bâtiment central du palais."
— "Mais Olivier… ?" insista Sylvie, sa voix tremblant d’anxiété.
— "Le poste de commandement était loin du site de l’explosion, et en retrait. Le souffle ne l’a pas atteint directement. Les communications radio ont été coupées, mais des équipes d’intervention ont immédiatement pris la direction des cryptes et se sont mises au travail. Elles devraient bientôt l’atteindre."
Sylvie ferma les yeux, une larme glissant sur sa joue.
— "Ça fait dix heures… murmura-t-elle, comme pour elle-même. Dix heures sans nouvelles…"
La reine prit sa main, la serrant doucement.
— "Je sais, ma chérie. Mais Olivier est intelligent. Il a pris les bonnes décisions. Il va s’en sortir."
Sylvie ouvrit les yeux, son regard cherchant celui de sa mère.
— "Et s’il n’y arrivait pas ? demanda-t-elle, sa voix se brisant. Et s’il… ?"
La reine l’interrompit, son ton ferme mais tendre.
— "Non. Nous ne pensons pas à ça. Nous devons garder espoir. Ton père est au centre des opérations. Des équipes travaillent également pour rouvrir l’accès aux cryptes à leur extrémité sud-est, là où les bombes ont explosées. Ils vont le retrouver."
Sylvie hocha la tête, essayant de se raccrocher à ces mots. Mais l’inquiétude ne la quittait pas.
— "Je veux aller le chercher moi-même", déclara-t-elle soudain, tentant de se redresser.
La reine posa une main sur son épaule, la forçant doucement à se rallonger.
— "Allons, mon enfant, tu ne peux pas. Pas dans cet état. Tu dois te reposer. Dans ces circonstances, Olivier n’en attendrait pas moins de toi que tu prennes soin de toi."
Sylvie serra les lèvres, mais ne protesta pas. Elle savait que sa mère avait raison.
— "Promets-moi…" murmura-t-elle, les yeux brillants de larmes. "Promets-moi que tu me diras tout. Dès que tu auras des nouvelles."
La reine sourit, un sourire triste mais rassurant.
— "Je te le promets."
Sylvie ferma les yeux, priant en silence pour qu’Olivier soit sain et sauf.
La reine resta un moment silencieuse, observant sa fille avec une tendresse mêlée d’inquiétude. Elle savait que Sylvie était épuisée, autant physiquement qu’émotionnellement, mais que son esprit refusait de lâcher prise.
— "Les médecins vont bientôt revenir", dit-elle enfin, d’une voix douce mais ferme. "Ils vont t’administrer un sédatif léger. Juste assez pour t’aider à te détendre et à dormir."
Sylvie releva brusquement la tête, ses yeux s’écarquillant.
— "Non !" protesta-t-elle, sa voix vibrante d’indignation. "Je ne peux pas dormir maintenant ! Olivier a besoin de moi !"
La reine posa une main apaisante sur son bras, son regard calme rencontrant celui, fiévreux, de sa fille.
— "Ma chérie, tu as besoin de repos. Les médecins ont été clairs : ton corps a subi un choc. Si tu veux être utile dans les jours à venir, tu dois être en pleine possession de tes moyens."
Sylvie serra les dents, mais la fatigue commençait à peser sur ses épaules. Elle savait que sa mère avait raison, mais l’idée de fermer les yeux alors qu’Olivier était encore porté disparu lui était insupportable.
— "Et si… et s’il avait besoin de moi ?" murmura-t-elle, sa voix se brisant.
La reine sourit tristement, caressant doucement les cheveux de sa fille.
— "Olivier est fort. Il a survécu à l’explosion, et il survivra jusqu’à ce que nous le retrouvions. Tous les moyens possibles ont été déployés pour cela. Mais toi, tu dois te battre pour toi-même maintenant. Pour lui. Pour nous tous."
Sylvie ferma les yeux, sentant les larmes couler sur ses joues. Elle savait qu’elle ne pouvait pas continuer ainsi indéfiniment.
— "D’accord…" murmura-t-elle enfin, sa voix à peine audible. "Mais promets-moi que tu me réveilleras dès que tu auras des nouvelles."
La reine hocha la tête, son expression empreinte de sollicitude.
— "Je te le promets. Dès que j’aurai quelque chose, tu seras la première informée."
Un léger coup à la porte annonça l’arrivée des médecins, portant un plateau avec une petite fiole et une seringue.
— "Votre Majesté", dirent-ils en s’inclinant respectueusement.
La reine se leva, faisant un signe de tête aux médecins.
— "Faites ce que vous devez faire. Elle a besoin de repos."
Sylvie, les yeux mi-clos, sentit l’aiguille piquer son bras. Elle voulut protester, mais les mots moururent sur ses lèvres alors que le sédatif commençait à agir.
— "Mère…" murmura-t-elle, sa voix déjà ensommeillée.
— "Je suis là, mon enfant", répondit la reine, lui prenant la main. "Dors maintenant. Demain sera un autre jour."
Sylvie sentit ses paupières devenir lourdes, et malgré elle, elle sombra dans un sommeil agité.
La reine resta à son chevet un moment encore, observant sa fille endormie. Puis, avec un dernier regard, elle se tourna vers les médecins.
— "Surveillez-la de près. Et prévenez-moi dès qu’elle se réveillera."
— "Bien sûr, Votre Majesté", répondirent-ils en chœur.
Alors que la reine quittait la chambre, elle savait qu’un long combat l’attendait. Mais pour l’instant, elle avait au moins réussi à offrir à sa fille un répit bien mérité.
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Les Confidences de la Reine
La reine quitta la chambre de Sylvie, son pas mesuré trahissant une tension intérieure. Dans le couloir faiblement éclairé, Mei-Ling et Margot qui l’avait rejointe l’attendaient, debout près de la porte, le visage marqué par l’inquiétude. La reine se tourna vers elles, son regard grave scellant l’importance de ce qui allait suivre.
Margot s’inclina devant la Reine.
— "Je ne lui ai pas tout dit", murmura-t-elle, toujours de sa voix basse mais claire. Seulement que les choses se présentent bien et qu’Olivier est sur le point d’être retrouvé. Elle a besoin de repos, et lui en dire plus l’aurait empêchée de dormir. Mais vous, vous devez savoir."
Margot et Mei-Ling échangèrent un regard, puis hochèrent la tête en silence, prêtes à entendre ce que la reine avait à leur confier.
— "Les communications ont été rétablies depuis quelques heures, mais elles restent très mauvaises", expliqua-t-elle, les sourcils légèrement froncés. "Olivier et ses hommes sont sains et saufs, mais blessés. Il a un bras cassé, plusieurs côtes fracturées, et d’autres contusions mineures. Ils sont quatre, coincés dans le poste de commandement, dans les cryptes. Les équipes d’intervention ont atteint le local, mais des éboulements ont bloqué l’accès. Le déblaiement est en cours, mais ils doivent procéder manuellement, avec des foreuses laser, sans machines, pour éviter d’autres effondrements."
Un silence pesant s’installa. Mei-Ling sentit son cœur se serrer.
— "C’est une course contre la montre", poursuivit la reine, son ton empreint d’urgence. "Ils n’ont pas de renouvellement d’air. Chaque heure compte."
Elle marqua une pause, son regard se perdant un instant dans le vide avant de se fixer à nouveau sur elles.
— "D’ici à ce que Sylvie se réveille, tout cela devrait être terminé. D’une manière ou d’une autre."
Margot serra les poings, déterminée.
— "Que voulez-vous que nous fassions, Votre Majesté ?"
— "Restez auprès d’elle. Assurez-vous qu’elle respecte les consignes médicales et qu’elle ne s’agite pas inutilement", ordonna la reine, son ton ne laissant place à aucune négociation. "Pendant son sommeil, elle sera transférée dans ses appartements. Vous l’accompagnerez, et ces deux agents", ajouta-t-elle en désignant discrètement deux militaires postés un peu plus loin dans le couloir, "seront là pour veiller sur vous trois et vous assurer un contact avec le centre de commandement."
Mei-Ling hocha la tête, comprenant la gravité de la situation.
— "Nous ne la quitterons pas, Votre Majesté."
—"Maintenant, allez vous reposer un peu. Vous aurez besoin de toutes vos forces."
Sur ces mots, elle leur adressa un dernier regard, empreint de gratitude et de confiance, avant de s’éloigner dans le couloir, son manteau de velours flottant derrière elle.
Margot et Mei-Ling restèrent un instant immobiles, absorbant le poids des informations qu’elles venaient de recevoir.
— "On y va ?" murmura enfin Margot, la voix rauque.
Mei-Ling acquiesça, et ensemble, elles retournèrent près de la porte de la chambre, prêtes à veiller sur Sylvie, quelles que soient les heures sombres à venir.
Les deux agents, discrètement postés à quelques pas, les observaient avec une vigilance silencieuse.
La nuit promettait d’être longue.

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