104. La Longue Attente des Trois Amies

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Le soleil matinal filtrait à travers les vitraux du palais, projetant des motifs colorés sur les murs de pierre polie. Damoiselle Sibylle monta les marches quatre à quatre de l’élégant escalier en colimaçon menant aux appartements de la Princesse Sylvie, son cœur battant à tout rompre. Elle avait passé la matinée à rassembler des fragments d'information, des murmures inquiétants qui circulaient dans le palais comme une traînée de poudre. Une explosion. Des blessures. Les cryptes. Olivier. Sylvie.

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Les Appartements de la Princesse

En atteignant le sommet de l'escalier, elle fut accueillie par un spectacle de chaos organisé. Les plantes luxuriantes qui bordaient habituellement les arcades paraissaient légèrement négligées, comme si personne n'avait eu le temps de s'en occuper. La grande rotonde, d'ordinaire si sereine, était en pleine effervescence. Des servantes et des serviteurs, l'air tendu et pressé, transportaient des meubles et des objets divers, tandis que des membres du personnel médical, reconnaissables à leurs tuniques blanches, circulaient avec des chariots chargés de fournitures médicales. Des bottes de marche orthopédiques, des pansements stériles, des flacons de médicaments , un déambulateur et un fauteuil roulant pliant étaient visibles parmi le matériel médical.

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Margot

Margot, les cheveux légèrement en désordre et les traits marqués par la fatigue, allait et venait en donnant des instructions rapides au personnel. À chaque pas, elle semblait porter le poids du monde sur ses épaules.

— "Margot !" s'exclama Damoiselle Sibylle en se précipitant vers son amie. "Margot, qu'est-ce qui se passe ?"

Margot leva les yeux, surprise, puis son expression se durcit légèrement.

— "Sibylle," dit-elle d'une voix tendue. « Ça y est, tu es au courant ? Déjà… Tu devrais être au calme dans tes appartements."

— "Au calme ?" répéta Damoiselle Sibylle, incrédule. "Margot, tout le palais parle de ce qui s'est passé ! J'ai essayé d'appeler Sylvie, Mei-Ling, même toi, mais personne ne répond ! Et maintenant, je vois tout ce remue-ménage..."

Elle s'interrompit, réalisant soudain l'ampleur des bouleversements. Des meubles étaient déplacés, des rideaux changés, des tapis roulés. Un infirmier ajustait soigneusement un bandage sur une table, tandis qu'un autre vérifiait le contenu d'une trousse médicale. Des charpentiers assemblaient ce qui ressemblait à des rampes à plusieurs endroits par-dessus les marches donnant accès à la galerie.

— "Qu'est-ce que vous faites ? Pourquoi tout ce déménagement ?" demanda Damoiselle Sibylle, son regard se posant sur le fauteuil roulant et tout le matériel médical.

Margot soupira profondément, jetant un regard furtif vers les portes fermées des appartements de la princesse.

— "La princesse a besoin de repos," dit-elle enfin. "Et nous devons nous assurer que tout est en ordre pour sa convalescence."

— "Mais pourquoi personne ne m'a rien dit ?" insista la Damoiselle, sa voix tremblant d'indignation. "Nous sommes amies ! Si quelque chose lui arrive, j'ai le droit de savoir !"

Margot pinça les lèvres, visiblement frustrée.

— "Nous avions d'autres priorités," expliqua-t-elle, sa voix devenant plus ferme. "S'occuper de la princesse, coordonner les secours, gérer la situation. C’est vrai, je le reconnais, que sur le moment personne n'a pris le temps de te prévenir."

— "Ce n'est pas une excuse !" rétorqua Damoiselle Sibylle, sa voix montant malgré elle. "Je suis sa plus proche amie ! Je devrais être à ses côtés !"

Margot tendit une main apaisante, mais la Damoiselle recula d'un pas, les yeux brillants de larmes contenues.

— "Sibylle, ce n'est pas le moment de discuter de cela," dit Margot, sa voix plus douce. "La princesse a besoin de repos, et nous devons..."

— "Et le Prince Olivier ?" interrompit Damoiselle Sibylle, une pensée soudaine lui traversant l'esprit. "Est-il... ?"

Elle ne put terminer sa phrase, mais Margot comprit immédiatement. Son expression se durcit.

— "Il est vivant," dit-elle brièvement. "Mais coincé. Les équipes travaillent pour le sortir."

Damoiselle Sibylle porta une main à sa bouche, horrifiée.

— "Comment est-ce possible ? Qui a fait ça ? Pourquoi..."

Sa voix se brisa, et elle sentit les larmes couler librement sur ses joues. Margot fit un pas vers elle, mais Damoiselle Sibylle leva une main pour l'arrêter.

— "Ne m’approche pas," murmura-t-elle, sa voix rauque d'émotion. "Je ne comprends pas comment vous avez pu me tenir à l'écart comme ça, moi votre amie."

Margot ouvrit la bouche pour répondre, mais avant qu'elle puisse dire un mot, une voix lasse et légèrement rauque se fit entendre derrière elles.

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Mei-Ling

— "Pourtant, nous le sommes, Sibylle."

Les deux jeunes femmes se tournèrent pour voir Mei-Ling debout dans l'embrasure de la porte des salons privés de la princesse, l'air épuisée. Ses cheveux habituellement impeccables étaient en désordre, ses yeux cernés de fatigue, des traces de poussière sur sa robe sombre, et sa posture habituellement droite semblait légèrement affaissée. Damoiselle Sibylle fut choquée de voir son amie d'habitude si forte et composée dans un état aussi visible de fatigue.

— "Mei-Ling," murmura Damoiselle Sibylle, sa colère s'évaporant instantanément. "Qu'est-ce qui s'est passé ?"

Mei-Ling s'avança lentement, jetant un regard significatif aux deux agents de liaison qui observaient discrètement depuis un salon adjacent.

— "Pas ici," dit-elle simplement. "Allons à l'intérieur."

Alors que les trois jeunes femmes entraient dans les appartements de la princesse, Damoiselle Sibylle sentit une nouvelle vague d'anxiété la submerger. Quelque chose de terrible était arrivé, et elle avait été tenue à l'écart. Mais maintenant qu'elle était là, elle était déterminée à découvrir la vérité, coûte que coûte.

— "Pourquoi les cryptes ?" demanda Damoiselle Sibylle, sa voix tremblant d'émotion. "Pourquoi est-ce toujours ces maudites cryptes qui causent des problèmes ? Après ce qui s'est passé la dernière fois..."

Elle s'interrompit, les souvenirs douloureux de la découverte du cadavre dans les cryptes lui revenant en mémoire. Margot posa une main sur son épaule, mais Damoiselle Sibylle la repoussa violemment.

— "Ne me touche pas !" lui cria-t-elle à nouveau, les larmes coulant sur ses joues. "Vous saviez que je finirais par l’apprendre ! Pourquoi ne pas me l'avoir dit dès le début ?"

Margot soupira profondément, son expression devenant plus douce.

— "Nous savions que tu serais bouleversée," admit-elle. "Nous voulions te protéger, au moins jusqu'à ce que la princesse ait récupéré un peu."

— "Me protéger ?" répéta Damoiselle Sibylle, incrédule. "En me tenant à l’écart ? En me laissant découvrir la vérité par des rumeurs et des murmures ?"

— "Nous avons fait ce que nous pensions être le mieux," intervint Mei-Ling, sa voix lasse mais ferme. "Mais tu as raison, Sibylle. Nous aurions dû te le dire. Nous avons sous-estimé ta force."

Damoiselle Sibylle regarda ses deux amies, sentant une nouvelle vague de colère et de tristesse l'envahir.

— "Je veux voir la princesse," dit-elle enfin, sa voix tremblant d'émotion. "Je veux savoir ce qui s'est vraiment passé."

Margot et Mei-Ling échangèrent un regard, puis hochèrent la tête en silence.

— "D'accord," dit Margot doucement. "Mais tu dois promettre de ne pas la réveiller. Elle a besoin de repos et est encore sous sédatifs."

Damoiselle Sibylle hocha la tête, sentant une détermination nouvelle l'envahir. Elle était prête à affronter la vérité, quelle qu'elle soit.

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Réunies

Les trois jeunes femmes sortirent silencieusement de la chambre de la princesse, refermant délicatement la porte derrière elles. Sibylle jeta un dernier regard à Sylvie, endormie paisiblement entre les deux dragons nains Long et Flamme, dont les petits corps formaient une garde protectrice autour de leur maîtresse. La main de Sylvie reposait doucement sur le dos de Flamme, comme pour s'assurer de sa présence rassurante.

Dans le couloir, l'atmosphère était tendue mais calme. Sibylle, les bras croisés sur sa poitrine, fixait la porte close avec une expression mêlée d'inquiétude et de détermination.

— "Comment a-t-elle pu se blesser ainsi ?" murmura-t-elle enfin, sa voix tremblant légèrement. "Ses pieds... On dirait qu'ils ont été brûlés."

Mei-Ling échangea un regard avec Margot avant de répondre, choisissant ses mots avec soin.

— "Selon ce que nous avons pu reconstituer," commença-t-elle, "la princesse a été gravement blessée après l'explosion dans les cryptes. Elle a couru pieds nus à travers les jardins et les décombres dans le palais jusqu’aux cryptes pour essayer de rejoindre Olivier."

Sibylle écoutait attentivement, son visage pâle reflétant son angoisse grandissante.

— "Courir pieds nus ? Mais pourquoi ?"

— "Elle a retiré ses chaussures pour aller plus vite," expliqua Margot. "Dans sa précipitation, elle n'a pas réalisé à quel point le sol était dangereux. Elle a marché sur des éclats de maçonnerie qui ont entaillé ses pieds. La poussière et les débris ont aggravé ses blessures."

Sibylle sentit un frisson lui parcourir l'échine.

— "C'est horrible. Et son état maintenant ? Que disent les médecins ?"

Mei-Ling prit une profonde inspiration avant de répondre.

— "Les médecins ont examiné ses blessures ce matin. Ils ont nettoyé et pansé les entailles, et lui ont appliqué des onguents cicatrisants. Elle devra conserver ses pansements pendant 10 à 15 jours pour protéger ses plaies. Ils sont optimistes quant à sa guérison complète, bien qu'elle gardera probablement quelques cicatrices."

Sibylle sentit un poids se soulever de sa poitrine.

— "Dieu merci," souffla-t-elle. "Au moins, elle va s'en sortir."

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Le Dénouement

À ce moment-là, l'un des deux agents de liaison apparut à l'extrémité du couloir, son visage habituellement impassible marqué par une excitation inhabituelle.

— "Mesdames," dit-il d'une voix basse mais pressante, "pourriez-vous nous rejoindre dans notre salon ? Nous venons de recevoir des nouvelles importantes concernant le prince Olivier."

Sans attendre de réponse, il tourna les talons et repartit dans la direction d'où il était venu. Les trois jeunes femmes échangèrent un regard chargé d'espoir avant de lui emboîter vivement le pas.

Elles trouvèrent les deux agents installés dans le salon privé qui leur avait été attribué comme centre de liaison. L'un d'eux avait déjà sorti son ordinateur portable et faisait défiler rapidement des documents à l'écran.

— "Asseyez-vous, je vous prie," dit l'agent en désignant les fauteuils autour de la table. "Nous avons des nouvelles qui, je pense, vous feront plaisir."

Sibylle, Margot et Mei-Ling s'installèrent rapidement, leurs regards fixés sur l'écran de l'ordinateur. L'agent tourna l'appareil vers elles, révélant une série de messages codés et de rapports techniques.

— "Voici ce que nous savons," commença l'agent, son doigt suivant une ligne de texte sur l'écran. "Les équipes de sauvetage ont fait des progrès significatifs dans les cryptes. Ils ont localisé avec précision l'emplacement du prince et..."

Il s'interrompit, levant les yeux vers elles avec un sourire rare.

— "Ils ont réussi à l'atteindre. Il est vivant et en bonne santé. Les équipes sont en train de le ramener à la surface en ce moment même."

Un silence stupéfait accueillit cette annonce, puis Sibylle poussa un cri de joie étouffé, portant ses mains à sa bouche. Margot laissa échapper un long soupir de soulagement, tandis que Mei-Ling ferma les yeux un instant, visiblement émue.

— "Et les autres ?" demanda Mei-Ling. "Les militaires qui étaient avec lui ?"

L'agent hocha la tête.

— "Ils ont également localisé et sauvé les trois autres membres de l'équipe du prince. Ils sont blessés, mais leurs jours ne sont pas en danger. Ils ont tous été évacués vers l’aile médicale du palais."

Un silence chargé d'émotion s'installa dans la pièce. L'agent regarda tour à tour les trois jeunes femmes, puis demanda :

— "Souhaitez-vous voir une vidéo de la sortie du prince du poste de commandement ?"

Elles acquiescèrent toutes les trois. L'agent fit défiler rapidement les fichiers sur son ordinateur et lança une vidéo. L'écran montra d'abord un tunnel sombre et poussiéreux, éclairé par des lampes torches. Puis apparut le prince Olivier, allongé sur un brancard, son bras gauche immobilisé dans une attelle, et des bandages autour de son torse. Son visage était couvert de poussière, mais il était conscient et semblait discuter, bien qu’avec difficulté, avec les secouristes qui l'accompagnaient. Derrière lui, trois autres brancards transportaient les militaires blessés.

Damoiselle Sibylle porta une main à sa bouche, les yeux emplis de larmes.

— "Mon Dieu, regardez-le..." murmura-t-elle.

— "Il a l'air si éprouvé," murmura Mei-Ling, les larmes aux yeux.

Margot, plus pragmatique, se tourna vers l'agent.

— "Que sait-on de ses blessures ?"

L'agent consulta rapidement ses notes.

— "Le prince a subi une fracture ouverte au bras gauche et plusieurs côtes cassées. Il présente également diverses contusions de moindre importance dues à l'effondrement partiel de la section des cryptes où se trouvait le poste de commandement. Les médecins pensent qu'il se remettra complètement, mais cela prendra du temps."

— "Dans ce cas," intervint Mei-Ling, "un fauteuil roulant pourrait être nécessaire pour faciliter ses déplacements, surtout avec les côtes fracturées. Cela éviterait de mettre trop de pression sur son torse et son bras blessé."

L'agent approuva d'un hochement de tête.

— "Effectivement, les médecins ont déjà envisagé cette option. Un fauteuil roulant adapté sera mis à sa disposition dès qu'il sera transféré dans une chambre. Cela lui permettra de se déplacer plus facilement tout en minimisant les risques de complications."

— "Quand pourrons-nous le voir ?" murmura Sibylle, des larmes brillant dans ses yeux.

L'agent consulta rapidement ses notes.

— "Probablement d’ici la fin de la journée," répondit-il. "Les médecins veulent d'abord l'examiner, mais dès qu'ils donneront leur feu vert, je suis sûr que vous serez toutes autorisées à le voir. En attendant, je vous recommande de préparer la princesse à cette rencontre. Elle aura besoin de forces pour supporter cette épreuve."

Les trois jeunes femmes hochèrent la tête en silence. Elles se levèrent et quittèrent le salon, déterminées à soutenir leur amie. Leur soulagement était palpable. Après tant d'inquiétude et de tension, cette nouvelle était comme un rayon de soleil perçant les nuages sombres qui avaient plané sur le palais. Les trois jeunes femmes échangèrent des sourires radieux, sentant enfin que le pire était derrière elles.

— "Maintenant," dit Margot en se levant, "nous devons préparer la princesse à leurs retrouvailles. Elle va vouloir être à son meilleur pour accueillir Olivier."

Alors qu'elles regagnaient les quartiers privés de la Princesse, Damoiselle Sibylle sentit une nouvelle énergie l'envahir. L'angoisse des dernières heures s'était dissipée, remplacée par un sentiment d'espoir et de détermination. Sylvie était en voie de guérison, Olivier était sauf, et bientôt, la vie au palais pourrait reprendre son cours normal.

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