105. La Princesse et ses soins

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Le Réveil

Le soleil de l’après-midi filtrait à-travers les rideaux de soie des appartements de Sylvie, projetant des ombres dorées sur les murs tapissés de fresques. La princesse, encore enveloppée dans les brumes du sommeil, cligna des yeux avant de se redresser brusquement dans son lit.

"Olivier !" s’exclama-t-elle d’une voix rauque, comme si elle avait passé la nuit à hurler dans un tunnel. "Où est-il ? Est-il vivant ?" Son regard balaya la pièce, s’arrêtant sur les trois silhouettes familières qui se tenaient près de la fenêtre.

Mei-Ling, toujours aussi théâtrale, porta une main à son cœur avec un soupir dramatique.

"Ma chère princesse", dit-elle d’une voix mélodramatique, "votre prince est vivant !" Elle fit une pause pour effet, puis ajouta avec un sourire radieux :

"Et il va se remettre !"

Margot hocha la tête avec soulagement.

"Les médecins disent qu’il a quelques fractures, mais rien de mortel", expliqua-t-elle. "Il est solide, ce garçon."

Sibylle, les yeux brillants de larmes, s’avança vers le lit.

"Il a une fracture ouverte au bras et des côtes cassées", dit-elle, "mais il est conscient et demande après vous."

Sylvie sentit son cœur bondir.

"Olivier était vivant !"

Elle repoussa les couvertures avec une énergie fébrile en enfouissant en-dessous ses deux dragons nains Flamme et Long qui dormaient à ses côtés, prête à bondir hors du lit… avant de réaliser, avec horreur, qu’elle ne pouvait pas poser les pieds par terre sans gémir de douleur.

"Par les étoiles !" jura-t-elle en retombant sur le matelas. "Qu’est-ce que… ?"

Mei-Ling échangea un regard avec Margot avant de répondre avec diplomatie :

"Vous avez marché sur des débris, ma chérie. Vos pieds sont dans un état déplorable."

"Déplorable ? "

"Et ils ont aussi ordonné un fauteuil roulant", poursuivit Mei-Ling.

Sylvie gronda

— "Je vais les tuer ! Qui a osé m’interdire de marcher ?"

"Les médecins", répondit Margot calmement.

Et Mei-Ling termina :

"Pour pas loin d’un mois."

"UN MOIS ?!" Sylvie rugit, comme si on venait de lui annoncer qu’on allait l’enfermer dans un donjon. "Je ne vais pas passer un mois dans ce… ce truc à roulettes !"

Sibylle tenta de la calmer.

"C’est juste temporaire, Sylvie. Vous devez vous reposer."

"REPOSER ?!" Sylvie pointa un doigt accusateur vers la porte. "Je veux voir Olivier. MAINTENANT."

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Les Infirmiers Méritants

C’est à ce moment-là que les soignants entrèrent, poussant un fauteuil électrique flambant neuf. À leur tête se tenait l’infirmier en chef, un homme imposant avec une moustache impeccable et un air d’autorité tranquille.

"Votre Altesse", dit-il avec un sourire professionnel, "nous allons vous installer pour vos soins."

"SOINS ?!" Sylvie les fusilla du regard. "Je n’ai pas besoin de soins, j’ai besoin de voir mon prince !"

"Malheureusement", répondit l’infirmier en chef avec une patience exaspérante, "le prince ne pourra pas recevoir de visites avant demain matin. Ses médecins veulent le garder au repos complet."

Sylvie sentit une vague de colère monter en elle.

"QUOI ?!" Elle bondit (ou du moins, essaya de bondir) avant de retomber lourdement sur le lit. "C’est INJUSTE ! Il a besoin de moi !"

L’infirmier en chef échangea un regard avec ses collègues avant de ranger gentiment le fauteuil le long d’un mur.

"Nous comprenons votre inquiétude, Votre Altesse, mais les ordres sont clairs. En attendant, nous devons surveiller vos bandages et nettoyer vos blessures."

"Nettoyer mes blessures ?!" Sylvie gronda. "Mes blessures sont propres !

"Pour les trois prochains jours", expliqua l’infirmier en chef, "nous devons vérifier vos bandages toutes les quatre heures. Et maintenant, nous devons les changer et désinfecter vos plaies".

Sylvie ouvrit la bouche pour protester, mais l’infirmier en chef leva une main.

"Et pour cela, nous avons besoin d’un peu d’intimité. Mesdames, si vous voulez bien sortir…"

Sylvie les regarda avec des yeux qui promettaient des représailles sanglantes.

"Je vais tous vous faire renvoyer !"

Mei-Ling, Margot et Sibylle échangèrent un regard avant de se diriger vers la porte.

"Nous serons juste dehors", dit Sibylle avec un sourire réconfortant.

"Et nous reviendrons dès que possible", ajouta Margot.

"Et nous apporterons du vin", conclut Mei-Ling avec un clin d’œil.

Mais avant qu’elles ne franchissent le seuil, l’infirmier en chef leva un doigt.

"Ah, une dernière chose. Vos petits amis peuvent rester dans la chambre, mais ils ne doivent absolument pas monter sur le lit."

Sylvie regarda Flamme et Long, qui s’étaient blottis contre elle avec des airs innocents.

"Pardon ?! " Elle serra les poings. "Ils dorment toujours avec moi !"

L’infirmier en chef croisa les bras.

"Raisons d’hygiène, Votre Altesse. Et ils risquent de heurter vos pieds. "

"HEURTER MES PIEDS ?!" Sylvie rugit. "Ils sont plus doux que des nuages !"

"C’est non négociable", déclara l’infirmier en chef avec fermeté.

Sylvie lança un regard suppliant à ses amies.

"Vous voyez ce qu’ils me font subir ?!"

Mei-Ling sourit avec compassion.

"Ils ont raison, ma chérie. Vous devez vous reposer."

Margot hocha la tête.

"Et Flamme et Long seront très bien sur leurs coussins préférés."

Sibylle caressa la tête de Flamme.

"Ils comprendront."

Les trois jeunes femmes sortirent, laissant Sylvie seule avec les soignants et ses dragons, qui la regardaient avec des yeux pleins de pitié.

Les soignants échangèrent un regard désabusé.

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Dans le Couloir

Mei-Ling, Margot et Sibylle commencèrent à discuter malgré le vacarme qui provenait de la chambre.

"Alors", commença Mei-Ling, "qu’est-ce qu’on demande pour le dîner ?"

"Je pensais à un bon ragoût de bœuf", répondit Margot.

"Oh, regardez !" Sibylle sourit. "Les jardiniers ont planté de nouvelles roses près de la fontaine de l’escalier."

Un cri perçant interrompit leur conversation.

"AÏE ! C’EST GLAÇÉ !"

Mei-Ling éclata de rire.

"Elle déteste le froid. Je parie qu’ils utilisent de l’eau stérilisée."

"Vous croyez qu’elle aura envie de ragoût ?" demanda Margot.

"Probablement", répondit Sibylle. "Elle aime le ragoût en temps normal."

Un bruit sourd, suivi d’un juron étouffé, résonna à travers la porte.

"ET CE N’ÉTAIT PAS UN ACCIDENT !"

Mei-Ling haussa un sourcil.

"Je crois qu’elle vient de jeter quelque chose."

"On devrait vraiment aller commander ce ragoût de bœuf", murmura Margot.

Un hurlement strident retentit.

"JE VAIS VOUS TRAÎNER DEVANT LE CONSEIL ROYAL !"

"Elle doit vraiment détester ça", commenta Sibylle.

"Vous pensez qu’elle va accepter le fauteuil roulant ?" demanda Margot.

"Probablement pas", répondit Mei-Ling. "Mais elle n’a pas vraiment le choix."

Un nouveau cri, plus aigu cette fois, retentit.

"NON, PAS LÀ ! C’EST TROP SENSIBLE !"

"On devrait peut-être aller chercher ce vin maintenant", suggéra Sibylle.

"Excellente idée", approuva Mei-Ling. "Elle va en avoir besoin."

Alors qu’elles s’éloignaient, un dernier hurlement désespéré résonna dans le couloir.

"JE VOUS HAIS TOUS !"

Mei-Ling soupira.

"Bon. Ça va être une longue soirée."

Les trois jeunes femmes échangèrent un regard complice avant de disparaître au coin du couloir, laissant Sylvie à son calvaire.

Et quelque part, dans un autre coin du palais, Olivier, allongé dans son lit et au courant de l’état de Sylvie, sourit faiblement en imaginant sa princesse tempétueuse en train de semer le chaos.

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