106. La Princesse Sylvie à l'Aube d'une Nouvelle Vie

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Contrairement à tous les pronostics, la soirée de la veille n’avait pas été si éprouvante que cela. Car la princesse, habituellement couche-tard, avait sombré dans un profond sommeil dès le début de la soirée, épuisée par les événements des deux derniers jours. Le soleil matinal inondait la rotonde des appartements de Sylvie, filtrant à travers la magnifique verrière qui dominait la vaste salle. Margot, qui avait passé des années à s’adapter aux horaires imprévisibles de sa maîtresse, savourait ce rare moment de calme.

Mei-Ling, quant à elle, avait transformé l’un des salons privés en un véritable havre de paix. Installée dans une balancelle sur le balcon, elle contemplait les jardins suspendus qui entouraient les appartements, admirant la vue imprenable sur le palais et ses alentours. Sibylle, blottie dans le fauteuil préféré de Sylvie, regardait un c-drama avec une concentration absolue, un plateau de fruits frais posé à côté d’elle.

Dans la chambre, Sylvie se réveilla avec un grognement digne d’un ours mal léché. Elle cligna des yeux, désorientée, avant de réaliser qu’il était presque 10 heures du matin.

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Le Petit Déjeuner de la Princesse

"MARGOT !" hurla-t-elle, sa voix résonnant dans toute la tour. "MARGOT ! OÙ ES-TU ?!"

Margot, qui profitait d’un moment de répit dans la cuisine, sursauta et se précipita dans la chambre, un plateau à la main.

"Votre Altesse, vous êtes enfin réveillée !" dit-elle avec un sourire forcé.

"Enfin ?!" Sylvie gronda. "Il est à peine 10 heures !"

"Oui, Votre Altesse", répondit Margot en posant le plateau sur la table de chevet.

Sylvie jeta un regard horrifié au contenu du plateau : une bouillie insipide, un verre d’eau et… un thé sans sucre.

"QUOI ?!" Elle pointa un doigt accusateur vers Margot. "C’est quoi, cette horreur ?! Où est mon petit-déjeuner ?! Où sont mes saucisses ?!"

"Les médecins ont ordonné une alimentation légère", expliqua Margot avec patience. "Pas de charcuterie, pas de pâtisseries, et surtout pas d’alcool".

Sylvie écarquilla les yeux.

"PAS D’ALCOOL ?!" Elle se redressa brusquement. "JE VAIS LES TUER !"

Margot soupira.

"Votre Altesse, mangez d’abord votre petit-déjeuner, puis nous irons à la salle de bains."

"Aller à la salle de bains ?" Sylvie rugit. "JE NE VEUX PAS ME LAVER !"

Puis elle croisa les bras, boudeuse.

"Je ne veux pas de cette bouillie. Je veux un vrai petit-déjeuner ! Avec du pain, du beurre, et… et… du vin !"

Margot cligna des yeux.

"Du vin, Votre Altesse ?"

"OUI, DU VIN !" Sylvie frappa la table. "Vous avez tous bu ce délicieux vin hier soir sans moi !"

"Eh bien… oui, Votre Altesse", admit Margot. "Mais vous deviez vous reposer."

"MOI, ME REPOSER ?!" Sylvie rugit. "ET VOUS, VOUS AVEZ TOUTES BU COMME DES TROUS !"

"C’était juste un verre", tenta Margot.

"UN VERRE ?!" Sylvie frappa son oreiller. "J’AI ENTENDU LES BOUTEILLES SE VIDER !"

Margot rougit légèrement.

"Eh bien… peut-être deux verres."

"DEUX VERRES ?!" Sylvie hurla. "JE VAIS VOUS FAIRE EXPULSER DU PALAIS !"

Elle pointa un doigt accusateur vers Margot.

"En compensation, je veux du vin maintenant ! Et pour ce soir, je veux un festin. Un vrai festin avec du ragoût, du pain frais, et des fruits confits !"

Margot soupira.

"Votre Altesse, les médecins ont été très clairs sur l’alcool. Et pour le dîner…"

"PAS DE DISCUSSION !" Sylvie rugit. "Je veux mon vin ET mon festin !"

Margot leva les mains en signe de capitulation.

"Très bien, Votre Altesse. Je vais voir ce que je peux faire pour le dîner. Mais pour le vin…"

"PAS DE MAUVAISES EXCUSES !" Sylvie hurla. "Je suis la princesse, et j’exige du vin !"

Margot secoua la tête.

"Je suis désolée, Votre Altesse, mais les ordres des médecins sont stricts. Pas d’alcool."

Sylvie croisa les bras, furieuse.

"Très bien. Alors au moins, assurez-vous que mon festin soit digne d’une princesse !"

Margot sourit.

"Je ferai de mon mieux, Votre Altesse."

Sylvie grogna.

"Maintenant je dois manger avant que cette horrible bouillie ne refroidisse complètement."

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La Toilette Matinale

Le passage à la salle de bains fut un véritable chaos. Sylvie, une fois arrivée en fauteuil dans la salle de bains était incapable de poser les pieds par terre et devait être transportée comme un paquet, ce qui n’était pas une mince affaire. Margot, déjà épuisée par la journée de la veille, dut improviser une solution pour la laver sans mouiller ses pansements, car la salle de bains de la princesse n’avait aucun des équipements que nécessitait son état.

"Non, pas comme ça !" cria Sylvie alors que Margot tentait de la rincer avec une éponge. "C’est trop froid !"

"C’est de l’eau tiède, Votre Altesse", répondit Margot, les dents serrées.

"TIÈDE ?!" Sylvie hurla. "C’EST GLACIAL !"

Pendant ce temps, sur le balcon et dans le salon, Mei-Ling et Sibylle faisaient mine de ne rien entendre.

"Tu crois qu’elle a fini ?" murmura Sibylle, les yeux rivés sur son écran.

"Probablement pas", répondit Mei-Ling en sirotant une tasse de thé. "Mais au moins, on a la paix".

Un nouveau hurlement retentit depuis la salle de bains.

"MARGOT, JE VAIS TE FAIRE RENVOYER !"

Mei-Ling sourit.

"Je crois qu’on va devoir attendre un peu avant de retourner là-bas."

Sibylle hocha la tête.

"Oui. Autant ne pas gâcher cette tranquillité tant que cela dure."

Dans la salle de bains, Margot, couverte de sueur et de stress, finit par réussir à habiller Sylvie, qui fulminait toujours.

"C’est bon, Votre Altesse", dit-elle en aidant la princesse à s’installer dans son fauteuil électrique. "Vous êtes prête."

Sylvie la fusilla du regard.

"Prête ?!" Elle serra les poings. "Prête pour quoi ? À être traitée comme une infirme ?!"

Margot soupira.

"Votre Altesse, vous devez vous calmer. Les médecins ont été clairs."

Sylvie ouvrit la bouche pour protester, mais un bâillement involontaire la trahit. Malgré elle, l’épuisement la rattrapait.

"Très bien", grogna-t-elle. "Mais je veux mon ragoût ce soir."

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La Leçon de Fauteuil Électrique (et autres catastrophes)

Margot, épuisée mais déterminée, poussa un soupir théâtral en regardant Sylvie, perchée dans son fauteuil électrique comme une reine offensée sur son trône.

"Votre Altesse", annonça-t-elle avec une pointe de résignation, "avant de quitter vos appartements, il serait judicieux de vous familiariser un peu mieux avec votre fauteuil."

Sylvie la regarda comme si Margot venait de suggérer qu’elle apprenne à tricoter des chaussettes en laine d’agneau.

"Pardon ?" gronda-t-elle. "Je sais parfaitement comment fonctionne ce machin. On appuie sur les boutons, et il avance. C’est tout."

Margot pinça les lèvres.

"Pas exactement, Votre Altesse. Il y a quelques subtilités à maîtriser."

Sylvie croisa les bras.

"Subtilités ? Je suis une princesse, pas un pilote d’avion. Si ce fauteuil ne sait pas obéir à mes ordres, je le fais brûler."

Margot ignora cette menace avec l’expérience d’une servante habituée aux caprices royaux.

"Commençons par les bases. Avancer, reculer, tourner… et surtout, savoir freiner."

Sylvie roula des yeux.

"Je ne suis pas une enfant, Margot. Je sais ce qu’est un bouton de frein."

"Oui, mais saviez-vous qu’il faut aussi débrayer le moteur pour pouvoir pousser manuellement ?" demanda Margot, essayant de garder son calme.

Sylvie cligna des yeux, perplexe.

"Comment diable pourrais-je me pousser moi-même ? C’est à ça que servent les serviteurs."

Margot prit une profonde inspiration.

"Justement. Imaginez, Votre Altesse, que vous soyez coincée dans un couloir étroit et que votre batterie tombe en panne."

Sylvie éclata de rire.

"Impossible. Je refuse catégoriquement que ma batterie tombe en panne. Ordonnez-lui de ne pas oser."

Margot décida d’ignorer cette remarque.

"Essayez simplement de reculer, Votre Altesse."

Sylvie appuya sur le joystick avec une force excessive. Le fauteuil fit un bond en arrière, heurta une commode, et faillit renverser un vase précieux.

Entendant ce bruit, les deux dragons qui dormaient toujours sur leur tas de coussins, levèrent la tête, en alerte. La vue de cette chose incompréhensible sur laquelle se tenait leur maîtresse les fit se lever, et tirant chacun leur coussin préféré derrière eux, ils allèrent s’installer plus au fond des appartements de la Princesse.

— "VOILÀ !" triompha-t-elle. "J’ai reculé. C’était facile."

Margot ferma les yeux une seconde.

— "Votre Altesse, vous devez doser votre force. Sinon, vous allez finir par percuter un mur."

— "Ou un serviteur maladroit", ajouta Sylvie d’un ton grinçant.

Margot serra les dents.

— "Maintenant, essayez de tourner doucement."

Sylvie fit pivoter le fauteuil avec enthousiasme, manquant de peu une statue en marbre.

— "Parfait !" déclara-t-elle. "Je maîtrise cet engin."

Margot n’était pas convaincue.

— "Et si vous deviez freiner brusquement ?"

Sylvie haussa les épaules.

— "Je crie ‘HALTE !’ et quelqu’un viendra m’aider."

Margot soupira.

— "Votre Altesse, vous devez apprendre à contrôler ce fauteuil vous-même. Imaginez que vous soyez seule dans un couloir et que personne ne soit là pour vous secourir."

Sylvie réfléchit un instant, puis éclata de rire.

— "Seule dans un couloir ? Impossible. Il y a toujours un serviteur traînant quelque part pour me regarder faire des bêtises."

Margot, les bras croisés, abandonna temporairement l’idée de lui enseigner les rudiments du fauteuil électrique, et observait Sylvie manœuvrer son fauteuil électrique avec la grâce d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Après plusieurs autres collisions évitées de justesse avec des meubles anciens et une tentative ratée de freinage contrôlé, elle jugea que l’heure était venue de conclure cette séance d’apprentissage mouvementée.

— "Très bien, Votre Altesse," déclara Margot avec un sourire crispé. "Je pense que vous avez désormais une idée générale du fonctionnement de votre fauteuil."

Sylvie, triomphante, ajusta sa position dans son siège avec une satisfaction visible.

— "Naturellement. Je savais déjà tout cela, bien sûr. Mais c’était amusant de vous voir essayer de m’apprendre quelque chose."

Margot ignora la pique et se dirigea vers la porte, prête à quitter la chambre. Mais Sylvie n’avait pas fini.

— "Attendez une minute !" s’exclama-t-elle, un sourire rusé aux lèvres. "Avant de partir, dites-moi… comment comptez-vous me faire descendre de cette tour ?"

Margot s’arrêta net, se retournant lentement vers la princesse.

"Pardon, Votre Altesse ?"

Sylvie étendit les bras en un geste théâtral.

"Regardez autour de vous, Margot. Mes appartements sont accessibles uniquement par l’escalier tournant de la rotonde. Pas d’ascenseur !" Elle ricana. "Et le reste du palais… n’a pas été conçu pour les fauteuils roulants mais pour des gens qui marchent !"

Elle pointa un doigt accusateur vers Margot.

"Personne n’a pensé à cela, n’est-ce pas ? Pas même vous. Moi, bien sûr, j’y avais songé. Mais personne ne m’écoute jamais."

Sylvie éclata de rire, un rire triomphal, celui d’une princesse qui vient de découvrir une faille dans le système.

"AH !" s’exclama-t-elle. "Donc, en réalité, je suis prisonnière de mes propres appartements !"

Margot rougit légèrement.

"Euh… techniquement, oui."

Sylvie se renversa dans son fauteuil, un sourire satisfait aux lèvres.

"C’est parfait. Je vais rester ici, bien au chaud, à donner des ordres à tout le monde. Personne ne pourra me forcer à sortir."

Margot pinça les lèvres, puis un sourire énigmatique se dessina sur son visage.

"Ah, Votre Altesse… Vous sous-estimez notre préparation."

Sylvie cligna des yeux, surprise.

"Quoi ?"

Avant que Margot ne puisse répondre, Mei-Ling entra dans la pièce, un air détendu sur le visage.

"J’ai entendu parler d’un certain problème d’escaliers ?" demanda-t-elle, un sourcil levé.

Sylvie la foudroya du regard.

"Oui, un problème que personne n’a daigné considérer, apparement."

Mei-Ling sourit.

"Ah, mais c’est tout à fait inexact. Nous avions prévu une solution bien avant que vous ne vous réveilliez. Et le nécessaire a été fait depuis."

Sylvie croisa les bras, sceptique.

"Laquelle ?"

Mei-Ling fit un geste désinvolte.

"Un palanquin royal, bien sûr."

Sylvie resta bouche bée.

"Un… QUOI ?!"

"Oui, un palanquin", répéta Mei-Ling. "Comme ceux utilisés en Cathay. Quatre solides serviteurs, une belle étoffe brodée…"

Sylvie ouvrit la bouche pour protester, mais Mei-Ling continua, imperturbable.

"Ne vous inquiétez pas, Votre Altesse. Ce sera bien plus confortable que votre fauteuil. Et surtout, ça descendra les escaliers sans problème. Et ça les montera tout autant."

Sylvie la regarda, partagée entre la colère et l’incrédulité.

"Vous voulez dire… que je vais être portée comme un paquet ?"

Mei-Ling hocha la tête.

"Portée, oui. Mais certes pas comme un paquet. Et si vous craignez de tomber, je peux toujours vous faire attacher avec des rubans en soie."

Sylvie éclata de rire, malgré elle.

"Très bien. Je choisis les rubans."

Margot sourit.

"Je m’en occupe immédiatement, Votre Altesse."

Sylvie, vaincue mais amusée, se renversa dans son fauteuil.

"Bon, d’accord. Mais je veux au moins quatre porteurs musclés et une étoffe en satin doré."

Mei-Ling inclina la tête.

"Bien sûr, Votre Altesse. Tout sera prêt dans l’heure. Les porteurs sont déjà sélectionnés - quatre des plus forts de la garde, vêtus de livrées assorties à votre palanquin."

Sylvie sourit, triomphante

"Voilà. Maintenant, vous voyez pourquoi je suis indispensable ? C'est comme ça qu'on traite une princesse. Avec style et élégance, pas avec ces engins bruyants qui sentent l'huile de moteur !"

Margot et Mei-Ling échangèrent un regard complice.

"Oui, Votre Altesse. Indispensable."

Le palanquin, avec ses ornements dorés et ses rubans soyeux, semblait déjà prêt à devenir le nouveau symbole du luxe princier - bien plus glamour qu'un simple fauteuil électrique.

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