107. La Traversée Royale du Palais

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La Découverte du Palanquin

En cette fin d’après-midi, la princesse Sylvie regardait avec méfiance l’étrange structure qui trônait, au beau milieu du grand hall de la rotonde à l’entrée de ses appartements. Quatre serviteurs en livrée dorée se tenaient immobiles, prêts à l’action, encadrant ce qui ressemblait à une boîte en bois laqué sur pieds.

"Qu’est-ce que c’est que cette… ‘chose’ ?" gronda-t-elle en pointant un doigt accusateur.

Margot, debout à côté de Mei-Ling, afficha un sourire rassurant.

"Votre Altesse, voici votre nouveau palanquin impérial, inspiré des modèles utilisés par les nobles de Cathay."

Sibylle, intriguée, s’approcha pour examiner les détails.

"C’est magnifique !" s’exclama-t-elle en effleurant les broderies.

Sylvie plissa les yeux.

"On dirait une cage à oiseaux pour aristocrates."

Sibylle éclata de rire.

"Oh, Sylvie, tu devrais essayer ! C’est bien plus confortable que de marcher, surtout pour de longues distances."

Mei-Ling s’approcha, un sourire énigmatique aux lèvres.

"Justement, Votre Altesse. Celle-ci a été conçue spécialement pour vous. Regardez. Les sculptures représentent les dragons célestes des légendes de l'Est. Voyez ces incrustations de nacre et de pierres semi-précieuses. Celui-ci est une copie fidèle d'un modèle de la Cour des Ming."

Elle écarta légèrement le rideau de soie qui masquait l’intérieur du palanquin. Sylvie aperçut des coussins en soie brodée, des accoudoirs rembourrés, et des sangles en velours doré.

"C’est…" Sylvie hésita, visiblement impressionnée malgré elle. "…plutôt confortable."

"Bien sûr, Votre Altesse", répondit Mei-Ling. "Nous avons veillé à ce que chaque détail soit parfait. Les coussins sont en soie de Cathay, les sangles en velours de Sylvaria, et le bois est laqué selon une technique ancienne. Vous touchez là à une tradition millénaire." Elle caressa le bois laqué avec révérence. "Ces palanquins sont apparus sous la dynastie Han, il y a plus de mille ans. Saviez-vous qu’un empereur en posséda plus de 2 000 ?"

Sylvie croisa les bras.

"Très bien. Mais comment suis-je censée monter là-dedans ?"

Margot fit un signe aux serviteurs, qui s’avancèrent avec précaution.

"Nous allons vous aider, Votre Altesse."

Deux des porteurs s’approchèrent du fauteuil électrique de Sylvie. Avec une coordination parfaite, ils la soulevèrent délicatement et la déposèrent dans le palanquin avec une douceur surprenante. Sylvie, surprise par la douceur du mouvement, se raidit instinctivement.

"Attention à ma robe !" s'exclama-t-elle en lissant ses vêtements. "Et à mes cheveux !"

"Nos excuses, Votre Altesse", répondit l’un des porteurs en s’inclinant. "Nous ferons plus attention".

Sylvie s’installa avec une grimace, craignant à chaque instant de basculer.

"C’est… instable", marmonna-t-elle en agrippant les accoudoirs.

"Ne vous inquiétez pas, Votre Altesse", dit Mei-Ling. "Les porteurs savent exactement comment vous transporter en toute sécurité."

Sylvie jeta un regard dubitatif aux quatre hommes qui se tenaient prêts.

"Ils ont intérêt."

Sibylle, amusée, observa la scène.

"Tu vois, Sylvie ? Ce n’est pas si terrible. Et puis, tu vas attirer tous les regards !"

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Le Premier Mouvement

Le palanquin se mit en mouvement, et Sylvie sentit immédiatement un balancement qui lui donna le vertige.

"ARRÊTEZ !" hurla-t-elle. "Je vais tomber !"

Les porteurs s’immobilisèrent aussitôt.

"Votre Altesse, tout va bien", tenta Margot. "Ils doivent simplement s’habituer à votre poids."

Sylvie serra les dents.

"Mon poids ?! Je suis une princesse, pas un sac de sable !"

Mei-Ling, toujours calme, intervint.

"Votre Altesse, en Cathay, les porteurs de palanquin suivent un entraînement rigoureux de cinq ans pour maîtriser l’art du transport. Ils apprennent à synchroniser leurs pas pour un déplacement fluide."

Sylvie grogna.

"Eh bien, ceux-là ont besoin de plus d’entraînement."

Le palanquin repartit, et Sylvie sentit une nouvelle vague de nausée.

"C’est horrible !" gémit-elle. "Je vais vomir sur les coussins en soie !"

"Votre Altesse, respirez profondément", conseilla Mei-Ling. "C’est une question d’habitude. Au début, c’est déstabilisant, mais vous allez vous y habituer."

Margot murmura quelques instructions aux porteurs, qui reprirent leur marche avec une synchronisation parfaite cette fois.

Sylvie, les yeux fermés, tenta de suivre son conseil. Peu à peu, le balancement devint moins violent, et elle commença à se détendre.

Sibylle, marchant à côté du palanquin, ajouta pour tenter de la distraire.

"Et en plus, c’est une excellente occasion de voir le palais sous un nouvel angle !"

Sylvie dut l’admettre.

"Bon, d'accord, c'est... tolérable. Mais pourquoi ça balance autant dans les virages ?"

"C'est le poids du bois de santal, Votre Altesse", expliqua Mei-Ling. "Il est plus lourd que le bambou traditionnel, mais bien plus prestigieux."

Le palanquin descendit l’escalier de la rotonde, puis emprunta des couloirs sinueux. Presque à chaque pas, Sylvie entendait des murmures et des exclamations étouffées.

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La Procession Royale

Alors qu'ils traversaient un des grands halls du palais, Sylvie écarta légèrement le rideau de soie pour observer la réaction des courtisans. Des murmures s'élevaient sur leur passage.

"Regardez ! C'est la princesse !"

"Jamais vu un palanquin aussi somptueux !"

"Les broderies représentent les constellations !"

"Qu’ont donc tous ces gens ?" demanda-t-elle, soudain consciente de l’attention qu’elle attirait.

"Les serviteurs, les courtisans, les visiteurs…" répondit Margot. "Ils n’avaient encore jamais vu une princesse transportée ainsi."

Sibylle, amusée, murmura :

"Tu es la star du jour, Sylvie. Profite de l’instant !"

Sylvie sentit un sourire se dessiner sur ses lèvres.

"Ah. Donc, je suis le centre de l’attention ?"

Mei-Ling sourit.

"Absolument, Votre Altesse. En Cathay, les nobles se font transporter en palanquin pour affirmer leur statut. C’est un symbole de pouvoir et de prestige. Et dans la cour impériale de Cathay, seuls les membres de la famille royale ont droit à des palanquins en bois de santal avec des rideaux de soie sauvage."

Sylvie se redressa légèrement, soudain fière.

"Je vois. Donc, en réalité, je suis en train de donner une leçon d’étiquette à tout le palais ?"

"Exactement, Votre Altesse", répondit Mei-Ling. "Et votre palanquin est bien plus luxueux que ceux des dignitaires de Cathay."

"Naturellement", approuva Sylvie. "Je suis bien plus importante qu'un simple empereur oriental."

Sylvie, désormais habituée au balancement, commença à apprécier la situation.

"Hmph. Finalement, ce n’est pas si mal. C’est même plutôt… original."

Sibylle ajouta :

"Et en plus, c’est bien plus pratique que de marcher. Tu peux même te reposer pendant le trajet !"

Elle écarta légèrement le rideau pour observer les réactions des courtisans qu’ils croisaient.

"Regardez-les tous. Ils sont fascinés."

Sibylle, toujours enthousiaste, murmura :

"Tu devrais leur faire un signe royal. Ils adoreraient ça !"

Margot sourit.

"Oui, Votre Altesse. Vous faites sensation."

Sylvie, satisfaite, se renversa contre les coussins.

"Très bien. Continuez comme ça. Et assurez-vous que tout le monde me voie."

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L'Arrivée Triomphale

Après un long trajet à travers le palais, le palanquin s'arrêta devant l'aile médicale. Sylvie fut à nouveau transférée avec précaution dans un fauteuil électrique identique au sien, placé stratégiquement à l'arrivée.

"Votre Altesse", annonça Margot, "nous sommes arrivés. Permettez-nous de vous installer dans votre fauteuil."

Sylvie, désormais complètement à l’aise, hocha la tête.

"Très bien. Mais faites attention à ne pas me faire tomber."

Les deux porteurs qui l’avaient transportée à l’aller s’approchèrent et la soulevèrent avec précaution. Ils la déposèrent délicatement dans le fauteuil, qui avait été préparé à l’avance.

"Enfin un peu de confort civilisé !" s'exclama-t-elle en ajustant sa position. "Mais ce palanquin était... acceptable. Pour une première expérience."

Margot s’inclina.

"Votre Altesse a fait une entrée mémorable."

Sibylle, souriante, ajouta :

"Et tu as été magnifique, Sylvie. Tu as le port d’une véritable reine !"

Margot, Sibylle et Mei-Ling échangèrent un regard amusé. La princesse, qui avait commencé par traiter leur invention de "cage à oiseau", semblait désormais en apprécier le prestige.

"Votre Altesse souhaite-t-elle que nous organisions des trajets réguliers en palanquin ?" demanda Margot.

Sylvie sourit, triomphante.

"Bien sûr. Je suis une princesse, après tout. Et maintenant, je veux que ce palanquin soit prêt à chaque fois que je dois traverser le palais. Mais seulement avec les porteurs les plus expérimentés. Et assurez-vous que les rideaux soient toujours impeccables."

Mei-Ling s’inclina.

"Bien sûr, Votre Altesse. Nous veillerons à ce qu’il soit toujours disponible."

"Vous semblez avoir retrouvé votre énergie, Princesse", remarqua Margot avec un sourire.

Sylvie lui lança un regard noir, mais son expression s’adoucit presque aussitôt.

"Bien sûr que je suis énergique !" murmura-t-elle en se dirigeant vers les portes. "Olivier est là, quelque part, et je veux le voir. Tout de suite."

Mei-Ling, toujours calme, lui emboîta le pas.

"Les médecins ont assuré qu’il se remettait bien, Votre Altesse. Vous n’avez plus à vous inquiéter."

Elle marqua une pause devant les portes, prenant une profonde inspiration avant d’avancer avec son fauteuil.

"Bon…" soupira-t-elle en franchissant le seuil. "Allons-y."

Derrière elle, Margot et Mei-Ling échangèrent un regard complice.

"Son humeur a l’air de s’arranger d’un coup", murmura Mei-Ling.

"Oui", répondit Sibylle en souriant. "Presque normale."

Sylvie, déjà engagée dans le couloir, ne les entendit pas. Son esprit était entièrement tourné vers Olivier, vers cette inquiétude qui l’avait rongée depuis cet accident, et vers cette joie timide, presque enfantine, de le retrouver enfin.

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