Chapitre 8 - Les villes de surf adorent fabriquer des légendes

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Le type avait disparu dans la nuit depuis plusieurs minutes déjà.

Mais quelque chose était resté.

Cette tension étrange.

Invisible.

Comme quand l’air change avant un gros orage.

Luna regardait encore l’océan. Le verre vide entre les mains. Le vent faisait claquer son sweat contre elle.

Je ne posai pas de question.

Encore une fois.

Parce que les gens fatigués ne racontent jamais les choses importantes quand on les force.

Ils les racontent quand ils sentent qu’ils peuvent respirer sans être jugés.

Mowgli poussa un soupir dramatique puis posa sa tête sur ma jambe comme si nous étions maintenant liés par un accord émotionnel tacite.

Traître confirmé.

Luna finit par souffler du nez.

— Désolée.

— Pourquoi ?

— Bienvenue à Costa da Caparica. Elle regarda la plage.

— Ici tout le monde surfe… et tout le monde a des problèmes psychiatriques plus ou moins décoratifs.

Je souris.

— En France aussi. On remplace juste les vagues par LinkedIn.

Petit rire.

Puis elle finit par se lever.

— Viens.

— Encore ?

— Emmanuel… Elle me regarda.

— Tu traverses l’Europe, tu dors dans une voiture face à l’Atlantique et tu rencontres une Colombienne alcoolisée sur une plage à deux heures du matin. Elle haussa les épaules.

— Le sommeil a officiellement quitté cette histoire depuis longtemps.

Argument valide.

On recommença à marcher lentement le long de l’eau.

La marée remontait doucement maintenant. Le sable était froid sous mes chaussures.

Puis une voix cria au loin :

— LUNAAAAAA !

Un groupe arrivait depuis les bars plus haut sur la plage.

Trois gars. Deux filles. Des planches sous le bras. Des bières. L’énergie générale de gens qui avaient probablement pris des décisions catastrophiques depuis l’adolescence.

Une des filles aperçut Luna et leva immédiatement les bras.

— Demain c’est énorme !

— Je sais ! répondit Luna.

Puis le groupe me remarqua.

Silence immédiat.

Le silence très spécifique des communautés de surf quand un inconnu apparaît.

Le scan complet.

La voiture. La gueule. Les épaules. Les bras. Les planches. L’énergie générale.

Le grand blond du groupe me regarda.

— Français ?

— Oui.

Il hocha lentement la tête.

Puis désigna mes chaussures.

— Vans blanches dans le sable… Il regarda Luna.

— Il est fragile ton nouveau.

— Ta gueule Ricardo, répondit-elle immédiatement.

Le groupe éclata de rire.

Puis une des filles s’approcha de moi.

— Moi c’est Rita.

— Emmanuel.

Elle regarda Luna.

Puis moi.

Puis Luna encore.

Et immédiatement un sourire apparut sur son visage.

Ah.

Les amis.

Cette espèce animale terrifiante capable de comprendre une situation sentimentale avant même que les principaux concernés aient téléchargé la mise à jour émotionnelle.

— Bon courage, souffla-t-elle discrètement en me tapant l’épaule.

— Pardon ?

— Rien.

Luna leva immédiatement les yeux au ciel.

— Rita, laisse-le respirer cinq minutes.

— Impossible. Elle regarda le groupe. — Luna n’amène jamais personne ici.

Silence.

Petit silence.

Très petit.

Mais suffisamment grand pour être entendu.

Luna regarda immédiatement l’océan.

Intéressant.

Ricardo s’approcha ensuite avec sa board sous le bras.

Un short déchiré. Des cheveux bouffés par le sel. Le visage typique des locaux qui surfent depuis l’enfance.

— Tu surfes vraiment ou t’es juste français ?

— Ça dépend des jours.

Il sourit légèrement.

— Bonne réponse.

Puis il regarda les épaules, les mains, les avant-bras.

Le regard technique.

Le regard des vrais surfeurs.

— Hmm…

— Quoi ?

— Rien.

Il continua à me fixer quelques secondes.

Puis il regarda Luna.

— Celui-là… Il pointa discrètement mon corps du menton.

— Il rame pas comme un touriste.

Luna ne répondit rien.

Mais un très léger sourire apparut au coin de sa bouche.

Petit.

Presque invisible.

Puis elle fit semblant de terminer son verre vide.

— Demain matin. Elle regarda tout le groupe.

— Sept heures. Pas de retard.

Ricardo souffla.

— T’es malade.

— Les vagues aussi.

Puis elle tourna la tête vers moi.

— Emmanuel.

— Oui ?

— Demain tu surfes avec nous.

Je regardai l’océan noir devant nous.

Puis le groupe.

Puis Luna.

Très mauvaise idée.

Donc évidemment…

j’acceptai encore.

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