Chapitre 17 - Certaines femmes tombent amoureuses exactement comme elles surfent
Luna ramait comme une malade.
Pas élégamment. Pas scolairement.
Avec rage.
Le genre de rame des gens qui refusent de laisser passer certaines choses dans leur vie.
La série arrivait vite maintenant.
Énorme.
Le line-up entier se décalait. Certains sortaient déjà. D’autres hésitaient.
Mais Luna ?
Elle continuait.
Calme. Déterminée. Complètement engagée.
Et là…
je compris un truc très simple :
cette femme faisait tout comme ça.
Aimer. Créer. Surfer. Vivre.
À fond.
Quitte à exploser derrière.
La vague se leva brutalement sous elle.
Take-off tardif.
Très tardif.
La board accrocha.
Bottom ultra bas. Projection immédiate.
Et bordel…
elle surfait vraiment comme un démon magnifique.
Spray. Lecture parfaite. Timing fou.
Toute la plage hurlait déjà.
Même Ricardo frappait l’eau en criant comme un supporter de football sous cocaïne émotionnelle.
— VAMOOOOOOOS LUNAAAAAA !
Puis le mur commença à fermer.
Très vite.
Trop vite.
Je le vis immédiatement.
Elle aussi.
Mais au lieu de sortir…
elle commit exactement ce que tous les grands rideurs finissent par faire un jour :
elle tenta quand même.
Parce que certaines personnes préfèrent exploser sur une énorme vague plutôt que vivre toute leur vie à regretter une sortie prudente.
Le tube ferma brutalement.
Énorme explosion blanche.
Plus rien.
Le line-up entier regarda.
Silence.
Puis Ricardo souffla :
— Ah merde…
Longues secondes.
Très longues.
Puis la mousse bougea enfin.
Et Luna ressortit au loin en riant comme une folle.
Complètement lessivée.
La plage explosa.
Moi aussi je riais maintenant.
Impossible de ne pas rire devant quelqu’un d’aussi vivant.
Elle remonta vers nous avec les cheveux dans les yeux et ce sourire complètement dingue des gens qui viennent de survivre volontairement à quelque chose de stupide.
— T’es malade, lança Ricardo.
— Oui. Elle respirait fort.
— Mais vivante.
Puis elle tourna immédiatement la tête vers moi.
Et là…
plus rien d’autre n’exista autour.
Ni le spot. Ni les locaux. Ni les cris.
Juste ce regard.
Chargé. Électrique. Presque troublé.
Comme si elle venait soudain de comprendre quelque chose qu’elle essayait d’éviter depuis la cuisine.
Elle s’approcha légèrement avec sa board.
— Bon… Elle reprit son souffle.
— mauvaise nouvelle Emmanuel.
— Ah ?
— Je crois que je commence vraiment à te trouver dangereux maintenant.
Je souris légèrement.
— Surfistiquement ou émotionnellement ?
Petit silence.
Puis elle répondit doucement :
— C’est bien ça le problème… Elle baissa légèrement les yeux.
— je crois que les deux commencent à se mélanger.
Ah.
Voilà.
La vraie catastrophe arrivait enfin.
Pas le flirt. Pas le baiser. Pas la cuisine.
Non.
Ce moment précis où deux adultes fatigués commencent à réaliser que l’autre pourrait réellement devenir important.
Et honnêtement ?
C’était infiniment plus terrifiant qu’un gros set portugais.

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