Chapitre 19 - Villa Maria fabriquait des amitiés exactement comme les tempêtes fabriquent des vagues
Villa Maria avait une énergie impossible à expliquer à quelqu’un de normal.
Ce n’était pas un hostel.
Ce n’était pas une maison.
C’était un point de collision entre :
— des surfeurs, des artistes, des gens perdus, des fugitifs émotionnels, et probablement plusieurs individus recherchés par la CAF de différents pays européens.
À peine arrivé sur la terrasse, une odeur de café, de weed et de crème solaire chaude me frappa immédiatement.
Quelqu’un jouait du reggae. Quelqu’un peignait une board. Quelqu’un dormait dans un hamac en plein soleil comme un lézard humain sous substances tropicales.
Et au milieu du chaos…
un Brésilien en peignoir rose fumait un joint gigantesque en regardant une vidéo d’explosion sur son ordinateur.
— Ça c’est Tiago, souffla Luna.
Le gars leva les yeux.
Cheveux bouclés. Regard explosé. Énergie générale de génie créatif ayant remplacé son système nerveux par du cannabis artisanal.
— OBRIGADOOOOOO JESUS ! hurla-t-il en me voyant.
— UN AUTRE FRANÇAIS POUR DÉTRUIRE L’ÉQUILIBRE ÉNERGÉTIQUE DE LA MAISON !
— Tiago fait des effets spéciaux, expliqua Luna.
— Je fais de l’art cinématographique psychédélique ! corrigea immédiatement le Brésilien.
Puis il montra l’écran de son ordinateur.
Une explosion en 3D absolument incroyable apparaissait sur la vidéo.
— Waouh…
— Oui. Il tira sur son joint.
— Et maintenant j’accompagne Lara dans son parcours artistique.
Silence.
Je regardai Luna.
— Traduction ? murmurai-je.
— Lara fait du porno.
Ah.
Villa Maria ne perdait vraiment pas de temps.
Une voix anglaise surgit immédiatement derrière nous.
— EXCUSE ME. Le porno paie le loyer, darling.
Une blonde apparut sur la terrasse.
Tatouages. Cheveux attachés n’importe comment. Regard de femme ayant probablement déjà survécu à plusieurs hommes stupides et à deux festivals techno en Slovénie.
— Lara, dit Luna.
— Enchantée Emmanuel. Elle me regarda de haut en bas.
— Ah oui… toi t’as clairement l’air émotionnellement compliqué.
Décidément, cette maison était remplie de profiler FBI sous alcool.
Tiago passa immédiatement un bras autour de Lara.
Et là…
je compris instantanément la dynamique.
Le chaos absolu.
Le Joker et Harley Quinn version surf hostel portugais.
Ils se disputaient. Riaient. Se provoquaient. S’aimaient probablement très fort. Et semblaient capables de mettre le feu à la maison avant le petit déjeuner.
Puis une autre voix surgit derrière moi :
— WHO’S THE FRENCH GUY ?
Je me retournai.
Et bordel.
Le type ressemblait littéralement à un mannequin Nike ayant décidé de devenir surfeur à plein temps.
Grand. Black américain. Sourire immense. Débardeur NBA. Un paquet de donuts à la main.
— Alex, dit Luna avec un sourire immédiat.
Et là je compris tout de suite un truc : ces deux-là étaient vraiment amis.
Le vrai genre d’amitié. Pas le flirt déguisé. Pas le “peut-être un jour”.
Non.
Le lien pur.
Alex s’approcha immédiatement de moi.
— Bro. Il regarda la Polo blanche derrière.
— THAT’S YOUR CAR ?
— Oui.
— Nahhhh… Il éclata de rire.
— You really live that Caparica life already.
Puis il ouvrit son sachet.
— Donut ?
— À onze heures du matin ?
— Exactly.
Je pris le donut.
Validation américaine immédiate.
Luna leva les yeux au ciel.
— Alex mange comme un enfant de huit ans abandonné dans une station-service.
— False. Il leva un doigt.
— Sometimes I also eat ice cream.
Puis il me regarda sérieusement.
— Luna says you surf.
Ah.
La nouvelle allait vite.
Très vite.
Tiago surgit immédiatement.
— NON NON ATTENDS. Il pointa son joint vers moi.
— C’est toi le Français du tube ce matin ?
Silence général.
Même Lara leva les yeux de son café.
Alex cligna lentement des yeux.
— Hold on… Il regarda Luna.
— THIS GUY ?
Luna essayait déjà de cacher son sourire.
Très mauvais signe.
— Oh mon Dieu… Alex posa lentement ses donuts.
— Bro. Il me regarda avec un respect soudain.
— Ricardo parle de toi depuis deux heures comme d’un démon aquatique français.
Je soufflai du nez.
Puis Tiago hurla soudain :
— OBRIGADOOOO ! Il leva les bras.
— VILLA MARIA A ENFIN SON PERSONNAGE PRINCIPAL !
Toute la terrasse éclata de rire.
Et honnêtement ?
Pour la première fois depuis très longtemps…
je commençais doucement à avoir l’impression d’appartenir quelque part.

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