Chapitre 34 - Villa Maria ne respectait absolument aucune intimité émotionnelle
Ricardo débarqua directement dans le sable comme un golden retriever portugais sous bière artisanale.
— NON MAIS ATTENDEZ ! Il pointa Luna du doigt.
— Ça fait même pas quarante-huit heures !
Alex arrivait derrière lui avec trois glaces fondues et l’énergie d’un présentateur américain découvrant enfin son couple préféré dans une série Netflix.
— I KNEW IT. Il regarda Tiago.
— Bro I told you.
— Faux ! hurla Tiago avec sa caméra.
— Moi j’avais dit cuisine avant plage.
— TECHNIQUEMENT T’AVAIS RAISON ! cria Lara derrière eux.
Ah oui.
Lara aussi était là maintenant.
Comment ? Pourquoi ? Mystère.
Villa Maria semblait capable de détecter les tensions romantiques à plusieurs kilomètres.
Luna avait son visage caché contre mon épaule tellement elle riait maintenant.
— Je vais tous les tuer… murmura-t-elle.
— Trop tard. Je regardai le groupe.
— Ils nous ont déjà transformés en série télé portugaise.
Sofia arriva finalement en dernier.
Toujours en kimono. Toujours avec une cigarette. Toujours l’air d’avoir survécu à plusieurs poètes toxiques dans sa jeunesse.
Elle observa la scène.
Puis hocha lentement la tête.
— Ah. Elle tira sur sa clope.
— Donc maintenant vous avez officiellement l’énergie d’un couple qui va :
— surfer ensemble, faire des barbecues, puis avoir une discussion existentielle catastrophique sous la pluie dans trois mois.
— SOFIA ! hurla Luna.
— Quoi ? Elle haussa les épaules.
— Je fais juste de la prévention émotionnelle.
Toute la plage riait maintenant.
Même des inconnus commençaient à regarder dans notre direction.
Alex s’assit directement à côté de moi dans le sable.
— Bro. Il ouvrit sa glace.
— Welcome to family.
Et honnêtement ?
Cette phrase me toucha beaucoup plus que prévu.
Parce qu’au fond…
c’était exactement ce que Villa Maria commençait doucement à devenir.
Pas une maison. Pas un hostel.
Une famille accidentelle.
Compliquée. Bordélique. Parfois complètement folle.
Mais vraie.
Ricardo regarda soudain Luna avec un sourire immense.
— Attends attends attends… Il leva un doigt dramatique.
— Donc demain… Il me regarda.
— le Français dort où ?
Silence immédiat.
Luna leva les yeux vers le ciel.
— Ricardo…
— Non je veux savoir. Il regarda tout le monde.
— Parce qu’hier c’était “juste le canapé”.
Alex tomba littéralement dans le sable de rire.
Tiago filmait déjà la scène comme un documentaire animalier.
— Observe… murmurait-il à sa caméra.
— la femelle colombienne tente de préserver sa dignité sociale.
Luna attrapa une poignée de sable pour lui lancer dessus.
— VOUS ÊTES TOUS DES DÉCHETS HUMAINS !
— Ouiiiiiii ! hurla Alex en levant sa glace.
Je riais tellement maintenant que j’avais mal au ventre.
Et ça…
ça faisait longtemps.
Très longtemps.
Puis Luna finit par se calmer légèrement.
Elle regarda l’océan quelques secondes.
Puis moi.
Et là…
son regard changea doucement.
Plus calme. Plus vrai.
Le groupe continuait à hurler derrière nous comme une colonie de vacances émotionnellement instable.
Mais pendant quelques secondes…
on n’entendait presque plus rien.
Puis elle murmura discrètement :
— Tu sais ce qui me fait vraiment peur finalement ?
— Hmm ?
Petit silence.
Puis :
— Que je sois déjà heureuse quand t’es juste à côté de moi.
Et bordel…
aucune vague au Portugal n’était capable de faire autant de dégâts qu’une phrase comme celle-là.

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