Chapitre 42 - Les gens tombent rarement amoureux pendant les grands moments, mais très souvent au milieu d’un burger catastrophique et d’un vieux riff de guitare
Le pub s’appelait Iron Skull.
Évidemment.
Un vieux bar perdu dans une rue près de Costa où :
— les murs étaient couverts d’affiches de concerts des années 90,
— la lumière était rouge,
— la musique beaucoup trop forte,
— et les burgers suffisamment gras pour provoquer une enquête européenne.
Donc forcément…
Luna adorait l’endroit.
— Cet endroit est parfait. Elle regardait autour d’elle avec les yeux brillants.
— On dirait un bar où des bikers viennent cacher des cadavres après des concerts de Metallica.
— Ou un endroit où Tom Cruise aurait pu finir alcoolique après Top Gun.
Luna éclata immédiatement de rire.
Au fond du bar, justement, Danger Zone passait à plein volume pendant qu’un serveur portugais moustachu apportait deux énormes verres de vin rouge et des burgers gigantesques.
L’odeur de viande grillée, de bière et de vieux cuir flottait partout.
Et honnêtement ?
L’endroit était incroyable.
Ils mangèrent d’abord en silence.
Le vrai silence des gens qui ont très faim et trop peu de dignité face à un burger bien fait.
Puis Luna posa finalement son verre.
Et le regarda.
Longuement.
— Bon.
— Ah. Emmanuel leva les yeux.
— ce “bon” là est dangereux.
— Oui. Elle sourit légèrement.
— On va parler sérieusement.
Très mauvais signe.
La musique changea.
Guitare. Heavy rock. Très années 90.
Puis Luna demanda calmement :
— À quel moment t’as compris que t’étais amoureux de moi ?
Touché directement.
Emmanuel regarda quelques secondes son verre de vin.
Puis il sourit légèrement.
— Le parking.
— Quoi ?
— Le premier soir. Il haussa légèrement les épaules.
— Quand t’as rigolé devant ma voiture. Je crois qu’une partie de moi a immédiatement compris que t’étais différente.
Luna le regardait maintenant sans bouger.
Puis elle souffla doucement :
— Moi je crois que c’est quand je t’ai vu regarder les gens.
— Hmm ?
— Tu regardes les êtres humains comme si tu lisais derrière eux. Et c’est perturbant.
Emmanuel sourit légèrement.
— Je vais te dire un truc bizarre.
— Vas-y.
— Je crois vraiment à cette histoire d’énergie entre les gens.
Petit sourire chez Luna.
— Genre spirituel Instagram ou genre scientifique de Français fatigué ?
— Scientifique de Français fatigué.
Validation immédiate.
Alors Emmanuel reprit :
— Les mitochondries.
— Les quoi ?
— Les mitochondries. Les petites centrales énergétiques dans les cellules. Je suis persuadé que certaines personnes… Il chercha ses mots.
— se synchronisent biologiquement.
Luna éclata déjà de rire.
— Oh mon Dieu. Tu dragues maintenant avec la biologie cellulaire.
— Non mais sérieusement. Il riait aussi.
— Certaines personnes sont magnifiques… et pourtant il ne se passe rien. Aucune connexion. Alors qu’avec d’autres… BOUM. Ton corps entier comprend avant ton cerveau.
Luna le regardait maintenant avec un sourire immense.
— Donc techniquement… Elle leva son verre.
— nos mitochondries couchent ensemble depuis le parking ?
Emmanuel explosa de rire.
— Dit comme ça c’est extrêmement inquiétant scientifiquement.
Le vin aidait maintenant clairement la conversation à devenir dangereusement stupide.
Très bon signe.
Puis Luna posa soudain son burger.
— Attends. Imagine un instant… Elle plissa les yeux.
— nous deux déguisés en cowboys.
Silence.
Puis Emmanuel partit immédiatement dans le délire.
— Non. Cowboys mystiques. Très important.
— Exactement. Avec des bottes.
— Et des revolvers émotionnels.
— Et toi t’arrives dans un saloon.
— Sur un cheval portugais dépressif.
Luna riait maintenant tellement fort qu’elle pleurait presque.
Puis Emmanuel continua :
— Et là je dis : “Buenos dias señorita mitochondria…”
— STOP. Elle tapait la table maintenant.
— Je vais mourir.
Mais c’était trop tard.
Le cerveau d’Emmanuel était lancé.
— Non attends attends… Après on va dans une boutique de cowboys.
— Tenue par un vieux Indien absolument confus.
— Exactement. Et le type nous regarde genre : “Pourquoi les Européens détruisent encore ma culture.”
Luna avait littéralement la tête dans les mains.
— Emmanuel…
— Et toi t’essayes trente-sept chapeaux.
— Pendant que toi tu poses comme un acteur porno texan sous anxiolytiques.
— Puis soudain… Il leva un doigt dramatique.
— changement total de scénario.
— Oh non…
— Tortues Ninja.
Silence.
Puis explosion immédiate.
— QUOI ?
— On abandonne les cowboys. Maintenant on est des Tortues Ninja adultes fiscalement instables à Caparica.
Luna riait tellement qu’elle n’arrivait plus à respirer correctement.
Même le serveur portugais riait maintenant sans comprendre pourquoi.
— Toi… Elle essuyait ses yeux.
— t’as vraiment un problème mental profond.
— Oui. Il leva son verre.
— Mais nos mitochondries l’acceptent.
Ils finirent par sortir du pub complètement détruits de rire.
Le vin. La musique. La fatigue. L’amour.
Tout s’était mélangé.
Ils marchèrent jusqu’à la plage pendant que l’air froid de l’Atlantique calmait doucement leurs cerveaux.
Puis le silence revint.
Le vrai.
L’océan roulait dans la nuit. Les lumières de Costa brillaient derrière eux.
Et là…
quelque chose changea doucement.
Parce qu’après les rires, les délires, les burgers, les théories absurdes, les cowboys, les Tortues Ninja…
ils sentirent tous les deux exactement la même chose.
Ils venaient de franchir une étape.
Pas “officiellement”.
Pas dans le sens adolescent du terme.
Non.
Quelque chose de plus rare.
Ils étaient devenus : naturels ensemble.
Et honnêtement ?
C’était probablement beaucoup plus dangereux.

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