Chapitre 43 - Emmanuel venait de découvrir que l’écriture pouvait aussi servir d’arme anti-bombes australiennes

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Quand Emmanuel rentra à Villa Maria, la maison semblait enfin calme.

Miracle absolu.

Pas de Tiago hurlant “OBRIGADOOOO”. Pas d’Alex en train de manger du sucre liquide à deux heures du matin. Pas de Ricardo faisant griller quelque chose émotionnellement discutable.

Juste : le bruit du vent, les palmiers, et l’océan au loin.

Parfait.

Emmanuel monta doucement sur la terrasse avec une seule idée en tête :

dormir dehors dans le hamac comme un vieux marin portugais fatigué de l’existence.

Il attrapa une couverture. Son carnet. Une bière.

Puis il leva les yeux.

Et là…

ah.

Merde.

Cinq Australiennes.

Installées autour de la table extérieure.

Bières. Rires. Bronzage nucléaire. Énergie générale de : “on a survécu à Bali, aux backpackers et à plusieurs DJs techno”.

Et évidemment…

elles le virent immédiatement.

Toutes.

D’un coup.

Silence instantané autour de la table.

Le silence très spécifique des groupes féminins quand un homme entre dans leur champ radar.

Emmanuel comprit immédiatement qu’il venait de devenir : un steak émotionnel.

Une blonde murmura :

— Oh my God…

Une autre :

— The French guy.

Ah.

Très mauvais signe.

Parce qu’apparemment sa réputation circulait maintenant dans l’écosystème hormonal international de Villa Maria.

Emmanuel fit immédiatement ce que tout homme intelligent fait face à cinq Australiennes alcoolisées après minuit :

profil bas.

Très bas.

Il alla directement s’installer dans le hamac avec son carnet comme un moine bouddhiste tentant d’éviter une guerre civile.

Erreur.

Parce que maintenant…

elles étaient intriguées.

— What are you writing ?

— Rien.

Toujours la même réponse.

Toujours le même mensonge.

— He’s mysterious.

— That’s hot.

— Oh my God stop.

Emmanuel ouvrit immédiatement son carnet avec l’énergie d’un homme utilisant l’écriture comme bouclier anti-chaos.

Et honnêtement ?

C’était exactement ça.

Parce qu’avant…

les “parasites” avaient souvent été son problème.

Les regards. Les validations. Les séductions faciles. Les connexions superficielles qui donnent l’impression d’exister quelques heures mais vous vident intérieurement ensuite.

Pendant longtemps, Emmanuel avait confondu : être désiré, avec être vu.

Très mauvaise erreur.

L’écriture, elle…

ne mentait jamais.

Quand il écrivait, le bruit extérieur disparaissait enfin.

Les gens devenaient : des émotions, des mécanismes, des douleurs, des vérités.

L’écriture transformait le chaos humain en quelque chose de compréhensible.

Et surtout…

elle calmait sa propre tempête intérieure.

Alors pendant que les Australiennes continuaient de rire, boire et le regarder discrètement comme un personnage Netflix français potentiellement problématique…

Emmanuel écrivait des conneries dans son carnet.

Des phrases absurdes.

“Les Australiennes détectent un homme fatigué exactement comme les requins détectent le sang.”

Puis :

“Alex mourrait ici en moins de neuf minutes.”

Puis :

“Tiago serait déjà fiancé aux cinq.”

Il sourit légèrement tout seul.

Le vent faisait doucement bouger le hamac.

Et sans prévenir…

son cerveau retourna vers Luna.

Évidemment.

Le pub. Les burgers. Le vin. Les délires sur les cowboys mitochondriaux. Le regard sur la plage après.

Et là…

Emmanuel arrêta d’écrire quelques secondes.

Parce qu’il comprit soudain quelque chose de très simple.

Il devait enfin être honnête avec lui-même.

Cette histoire avait dépassé depuis longtemps :

— l’attirance, le flirt, la parenthèse portugaise, ou le “on verra”.

Non.

Il était tombé amoureux.

Vraiment.

Raide amoureux même.

Et le plus absurde dans tout ça…

c’est que ce n’était absolument pas prévu dans son script quelques mois plus tôt.

Quelques mois avant, il était encore :

— en Lituanie, perdu dans les ruines émotionnelles de Klydia et Rolina, coincé dans des projections impossibles, persuadé que sa vie ressemblait à une impasse élégante sous neige baltique.

Et maintenant ?

Il était dans un hamac au Portugal, à écouter cinq Australiennes rire dans la nuit, pendant que son cœur appartenait déjà entièrement à une Colombienne qui parlait aux vagues et mangeait des cookies comme une expérience religieuse.

La vie était quand même un concept extrêmement étrange.

Puis une des Australiennes cria soudain :

— FRENCH WRITER !

Emmanuel leva lentement les yeux.

— Yes ?

— Are you secretly writing about us ?

Petit silence.

Puis Emmanuel répondit calmement :

— No. Je protège actuellement ma paix mentale.

Explosion de rire générale.

Et pendant que les Australiennes recommençaient à délirer autour de la table…

Emmanuel replongea doucement dans son carnet.

Avec cette sensation rare et presque effrayante :

pour la première fois depuis longtemps, il n’avait plus besoin de courir après quoi que ce soit.

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