Chapitre 45 - Certains hommes passent leur vie à chercher une vague, alors qu’ils cherchaient en réalité une tribu

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Le lendemain matin, Costa da Caparica ressemblait à une carte postale sous caféine.

Vent offshore léger. Soleil propre. Séries longues. L’océan brillait comme une promesse dangereuse.

Et Villa Maria…

était déjà en guerre.

Alex courait partout avec une tartine dans la bouche.

— BROOOO ! Il frappait aux portes.

— WAVES ARE PERFECT ! MOVE YOUR EUROPEAN DEPRESSION NOW !

Ricardo chargeait les boards sur le toit d’une voiture avec l’énergie d’un pirate portugais ayant découvert la météo idéale.

Tiago filmait déjà absolument tout.

— OBRIGADOOOO ! Il tournait autour des planches.

— TODAY WE CINEMA.

Même Sofia surfait ce matin-là.

Ce qui signifiait officiellement que les conditions étaient historiques.

Emmanuel descendit finalement sur la terrasse avec son café.

Et là…

il s’arrêta quelques secondes.

Juste pour regarder.

Le chaos. Les cris. Les gens. Les boards. Les serviettes. Les rires.

Et cette pensée traversa doucement son esprit :

Merde… c’est devenu chez moi.

Pas “chez lui” géographiquement.

Pire.

Émotionnellement.

Luna arriva à ce moment-là avec ses cheveux encore mouillés et son énorme hoodie gris.

Elle prit directement une gorgée de son café sans demander.

Naturellement.

Puis :

— Bon. Elle regarda l’océan.

— aujourd’hui tu vas arrêter de faire le sage mystérieux.

— Pardon ?

— Aujourd’hui tu surfes vraiment.

Alex leva immédiatement les bras.

— YES. Il pointa Emmanuel.

— We release the French Kraken.

Même Ricardo riait déjà.

— Les locaux parlent encore du tube de l’autre jour.

Emmanuel leva les yeux au ciel.

— Vous êtes tous insupportables.

— Exactement. Sofia attrapa sa board.

— Et c’est pour ça que tu restes.

Ils descendirent tous ensemble vers la plage.

Et honnêtement ?

Le groupe ressemblait à une publicité impossible à vendre légalement :

— un Brésilien sous weed philosophique, un Américain nourri exclusivement au sucre, une Colombienne sorcière du surf, une punk gothique russe émotionnellement dangereuse, des Australiens, des Français perdus, des gens cassés, des gens beaux, des gens vivants.

Une tribu de survivants modernes.

Le spot était parfait.

Des lignes propres déroulaient au large. Les surfeurs se repositionnaient déjà. Le sable brillait sous le soleil.

Et quand Emmanuel entra dans l’eau…

quelque chose changea immédiatement chez lui.

Ça se voyait.

Le calme.

Le vrai.

L’océan avait toujours fait ça avec lui.

Enlever le bruit inutile.

Alex regardait depuis le line-up.

— Bro… Il secoua lentement la tête.

— This man becomes another species in water.

Et honnêtement ?

C’était vrai.

Sur terre, Emmanuel restait : fatigué, drôle, un peu perdu parfois.

Mais dans l’eau…

le type devenait chirurgical.

Lecture. Placement. Timing.

Luna le regardait maintenant avec ce sourire discret des gens qui aiment voir quelqu’un dans son élément naturel.

Puis la série arriva.

Grosse.

Très grosse.

Le line-up bougea immédiatement.

Des mecs hésitaient déjà.

Pas Emmanuel.

Il tourna sa board. Rama.

Et pendant quelques secondes…

tout ralentit.

Take-off tardif. Très tardif.

La vague ouvrit parfaitement.

Bottom. Projection. Tube.

Énorme.

Le genre de tube qui fait taire une plage entière.

Et pendant qu’Emmanuel disparaissait complètement dans le cylindre…

Villa Maria hurlait depuis l’eau.

— EMMANUEEEEEEL !

— HOLY SHIT !

Puis il ressortit proprement.

Calme.

Comme si ce genre de chose arrivait tous les jours.

Le problème ?

C’était précisément ça qui le rendait impressionnant.

Aucun ego.

Aucune démonstration.

Juste… la vague.

Luna riait maintenant dans l’eau.

Pas seulement parce qu’il surfait bien.

Parce qu’elle voyait ce qu’il devenait ici.

Un homme qui recommençait enfin à respirer correctement.

Puis Alex arriva vers lui en ramant.

Le grand Américain souriait comme un gosse.

— Bro.

— Hmm ?

— I think this place needed you.

Petit silence.

L’océan roulait doucement autour d’eux.

Puis Emmanuel regarda au loin : la plage, Villa Maria, Luna, les autres.

Et pour la première fois depuis très longtemps…

il ne ressentait plus cette impression permanente d’être “de passage” dans sa propre vie.

Il avait trouvé : des vagues, des rires, des gens vrais, une femme qu’il aimait, et quelque chose qu’il n’avait plus ressenti depuis des années.

Un endroit où il pouvait enfin arrêter de survivre.

Un endroit où il pouvait simplement : être.

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