Chapitre 46 - Orgasme à Auchan
Aller à Auchan avec Luna était déjà, à lui seul, un sport de combat psychologique.
Parce que cette femme était incapable de faire une activité normale normalement.
Même acheter du dentifrice devenait une aventure borderline illégale émotionnellement.
Le parking d’Auchan Costa da Caparica était blindé.
Des voitures partout. Des familles. Des vieux Portugais furieux. Des touristes perdus avec des caddies gigantesques remplis de chips et de bière.
Luna poussait le caddie comme une pilote de rallye sous caféine.
— Pourquoi les gens viennent tous exactement en même temps ?
— Parce que l’humanité fonctionne en troupeau paniqué.
— C’est vrai. Elle prit des cookies.
— On est vraiment des animaux avec des cartes bancaires.
Ils passèrent quarante minutes à faire :
— n’importe quoi, des blagues, des achats inutiles et un débat extrêmement sérieux sur la quantité optimale de bonbons chimiquement dangereux dans une maison saine mentalement.
Puis ils arrivèrent à la caisse.
Erreur.
Énorme erreur.
La file d’attente ressemblait à : un exode biblique, une punition divine ou un test gouvernemental destiné à mesurer la résistance psychologique humaine.
Emmanuel souffla doucement.
— Je vais mourir ici.
— Non. Luna regarda la file.
— Mais on va clairement vieillir.
Devant eux : une vieille dame comptait ses centimes avec une lenteur cosmique. Derrière eux : un enfant hurlait comme un démon possédé par Satan et les céréales chocolatées.
Luna posa doucement son menton sur l’épaule d’Emmanuel.
— Fatigué ?
— Un peu.
— Hmm…
Et soudain…
elle lui lécha l’oreille.
Directement.
Sans prévenir.
Le cerveau d’Emmanuel s’éteignit immédiatement.
Crash système complet.
Il se retourna brutalement.
— LUNA ?
Elle le regardait avec un sourire innocent absolument criminel.
— Quoi ?
— On est à Auchan.
— Oui. Elle haussa les épaules.
— Et ?
Puis elle recommença.
Le cou cette fois.
Petit mordillement.
Très léger.
Mais suffisamment pour envoyer le système nerveux d’Emmanuel directement dans une autre dimension.
Le type fixa immédiatement le plafond du supermarché comme un homme essayant désespérément de rester citoyen fonctionnel de l’Union européenne.
— Oh mon Dieu…
Luna riait maintenant silencieusement contre lui.
— Emmanuel… Elle murmura près de son oreille.
— ton cerveau vient littéralement de quitter ton corps.
— Oui. Il regardait toujours le plafond.
— Je suis actuellement décédé dans un rayon surgelé.
Et le pire ?
Elle s’en battait complètement les couilles des gens autour.
Aucune gêne. Aucune performance. Aucun jeu.
Elle faisait ça naturellement.
Comme une femme qui aime toucher l’homme qu’elle aime simplement parce qu’elle en a envie.
Et là…
Emmanuel comprit plusieurs choses en même temps.
Pourquoi Luna le rendait aussi fou.
Pourquoi cette relation était différente.
Pourquoi il se sentait autant en paix avec elle malgré l’intensité.
Parce qu’avec Luna…
rien n’était calculé.
Elle n’essayait pas : d’être séduisante, d’être mystérieuse, d’être “la femme parfaite”.
Elle était juste : vivante.
Instinctive. Libre. Connectée à ses émotions sans honte.
Et bordel…
ça devenait rare.
Très rare.
Puis elle le mordilla encore une fois juste sous l’oreille.
Cette fois Emmanuel ferma les yeux deux secondes.
— Luna…
— Hmm ?
— Je vais finir en prison à cause d’un Auchan.
Elle explosa immédiatement de rire.
Même la vieille dame devant eux se retourna maintenant avec un regard de juge portugais moralement épuisé.
Puis Luna souffla doucement près de son cou :
— J’aime quand tu perds complètement le contrôle.
Touché. Mort clinique immédiate.
Emmanuel passa une main sur son visage.
— C’est pas du jeu.
— Pourquoi ?
— Parce que toi… Il la regarda enfin.
— t’as l’air totalement normale quand tu fais ça.
Petit sourire dangereux.
— Et toi t’as l’air d’un homme découvrant simultanément : Dieu, le sexe, et une réduction sur les pizzas.
Elle riait encore.
Et Emmanuel aussi maintenant.
Au milieu d’Auchan. Des caddies. Des vieux. Des promos sur le jambon.
Et honnêtement ?
C’était probablement l’un des moments les plus heureux de sa vie récente.

Annotations