Chapitre 47 - Burger Queen, hormones, solitude moderne et supplément cheddar
Le Burger Queen de Costa da Caparica était probablement l’endroit le plus honnête du Portugal concernant l’état réel des relations humaines.
Tout était là.
Les mecs qui faisaient semblant d’être détendus. Les filles qui faisaient semblant de ne pas observer qui les regardait. Les couples déjà morts intérieurement. Les touristes trop bronzés. Les faux artistes. Les vrais paumés. Les gens beaux. Les gens seuls.
Et au milieu de tout ça :
des burgers.
Énormes.
Gras.
Magnifiques.
La soirée avait commencé simplement.
Alex avait débarqué dans la chambre d’Emmanuel comme un enfant sous cocaïne légale.
— BRO. Il ouvrit la porte.
— Tonight we socialize.
Très mauvaise phrase.
Puis Tiago apparut derrière lui avec sa chemise ouverte et son éternelle énergie de réalisateur porno spirituel.
— OBRIGADOOOO ! Il leva un doigt dramatique.
— Ce soir… Il regarda le ciel. — nous allons observer la décadence romantique occidentale.
— Vous allez surtout draguer n’importe quoi. répondit Emmanuel.
— Exactement. Alex attrapa ses clés.
— Come.
Et maintenant…
ils étaient là.
Terrasse extérieure. Musique live. Un groupe jouait des reprises rock 90’s près de la plage. Le vent sentait : le sel, la friture, et les décisions émotionnelles discutables.
Alex avait disparu au bout de sept minutes avec deux Brésiliennes.
Normal.
Tiago dansait déjà avec une Espagnole comme un homme tentant d’exorciser une possession démoniaque par le bassin.
Normal aussi.
Et Emmanuel ?
Emmanuel avait pris une table seul légèrement à l’écart.
Burger. Bière. Téléphone.
La paix.
Enfin presque.
Parce qu’il discutait avec Luna sur WhatsApp.
Et honnêtement…
ça lui suffisait largement.
Luna : “Alex est vivant ?”
Emmanuel : “Physiquement oui. Mentalement il est actuellement en parade nuptiale.”
Luna : “explosion de rire”
Puis :
Luna : “Tu fais quoi ?”
Emmanuel leva les yeux.
Devant lui : des gens riaient, se séduisaient, se testaient, s’observaient, jouaient des rôles.
Puis il baissa les yeux vers son téléphone.
“J’observe le zoo.”
Réponse immédiate :
“Analyse sociologique du Burger Queen ?”
“Exactement. L’humanité cherche l’amour avec des shots de tequila et du maquillage waterproof.”
Luna répondit presque instantanément :
“pauvre humanité”
Emmanuel sourit légèrement.
Puis il ouvrit les notes de son téléphone.
Et commença à écrire.
Quelques phrases. Des idées. Des dialogues. Des observations absurdes.
Parce qu’encore une fois…
l’écriture le protégeait du bruit.
Autour de lui, les relations humaines ressemblaient à une immense improvisation alcoolisée où :
— tout le monde voulait être aimé, mais personne ne savait vraiment comment aimer sainement.
Un mec musclé parlait à une fille en regardant discrètement si d’autres le regardaient parler à la fille.
Deux filles riaient faux devant un type riche en chemise blanche.
Un couple se disputait déjà à côté des toilettes alors qu’ils s’étaient probablement rencontrés il y a quarante minutes.
Et Emmanuel observait tout ça avec un mélange : de tendresse, de lucidité, et d’amusement profond.
Parce qu’au fond…
tout le monde cherchait exactement la même chose.
Être vu. Être choisi. Être aimé.
Mais les méthodes humaines pour y arriver devenaient parfois tellement absurdes qu’on aurait dit une émission animale racontée par des scénaristes sous anxiété sociale.
Puis Alex revint brièvement vers la table.
Cheveux mouillés. Sourire immense. Parfum féminin partout.
— BROOOO. Il pointa la foule.
— Tonight is chaos.
— Je vois ça.
Alex regarda le téléphone d’Emmanuel.
— You texting Luna ?
— Oui.
Petit silence.
Puis Alex regarda la foule autour d’eux.
Les filles. Les mecs. La musique. Le théâtre général.
Et il souffla doucement :
— You know what’s crazy ?
— Hmm ?
— Everybody here trying so hard… Il regarda Emmanuel.
— and you already found your person by accident in a parking lot.
Silence.
Le groupe jouait maintenant une vieille reprise de Zombie des Cranberries.
Le vent soufflait sur la terrasse.
Et Emmanuel regarda encore une fois tout ce petit cirque humain autour de lui.
Les regards. Les jeux. Les stratégies. Les egos. Les solitudes déguisées en confiance.
Puis il sourit légèrement tout seul.
Parce qu’au fond…
la vie était quand même extrêmement ironique.
Des millions de gens passent leurs nuits à chercher quelqu’un.
Et lui…
avait trouvé l’amour :
— entre une Polo blanche, une Colombienne dangereusement vivante et un parking portugais plein de sable.

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