Chapitre 48 - Le rêve de Zanarcond Cette nuit-là, Emmanuel dormit dehors dans le hamac.
Le vent soufflait doucement sur Villa Maria. L’océan roulait au loin. Quelqu’un avait oublié une lumière allumée près de la piscine.
Et au milieu de la nuit…
Emmanuel rêva.
Mais pas un rêve normal.
Non.
Un de ces rêves absurdes, gigantesques, mystiques et complètement débiles que le cerveau fabrique parfois quand : on boit trop de vin rouge, on tombe amoureux et qu’on vit entouré de surfeurs mentalement instables.
Dans le rêve…
une voix résonnait dans les nuages.
“Mes frères… Mes sœurs… Approchez du feu sacré et écoutez l’histoire interdite de Zanarcond…”
Une île immense apparaissait au milieu de l’Atlantique cosmique.
Zanarcond.
L’île maudite effacée des cartes après le Grand Cataclysme Émotionnel de l’an 1998 après Jean-Claude Van Damme.
Des éclairs gigantesques déchiraient le ciel.
Des tambours résonnaient dans la jungle.
Et au sommet d’une pyramide noire frappée par la tempête…
Emmanuel était attaché sur une immense table sacrificielle en pierre volcanique.
Torse nu. Cheveux trempés. Expression générale de : “je savais que les burgers portugais finiraient par provoquer ça.”
Autour de lui, la tribu entière dansait sous la pluie.
Des surfeurs. Des guerriers. Des vieux vendeurs de bonbons de Caparica. Même Tiago était là avec une caméra sacrée en criant :
— OBRIGADOOOOO !
— LE CINÉMA DES DIEUX !
Puis soudain…
ELLE apparut.
Luna.
Grande prêtresse vaudou de Zanarcond.
Mi-femme. Mi-lionne. Mi-sorcière mystique. Mi-contrôle fiscal portugais impossible à comprendre.
Recouverte : de plumes noires, de bijoux d’or, de peinture sacrée et d’une tenue léopard totalement illégale dans soixante-treize galaxies.
Elle descendait lentement les marches de la pyramide pendant que les éclairs explosaient derrière elle comme si le climat lui-même avait abandonné toute dignité.
BOUM. BOUM. BOUM.
Le chef de tribu leva alors un immense bâton céleste vers le ciel.
— REGARDEZ LA PRÊTRESSE !
— PROSTERNEZ-VOUS !
— ET COPIEZ SES MOUVEMENTS AVEC VOS FEMMES RESPECTIVES !
— CAR ELLE COMMUNIE AVEC LE GRAND ESPRIT DU THUNDER ÉMOTIONNEL !
Et toute la tribu se mit à danser.
Les hommes. Les femmes. Les anciens. Même Joaquim agitait lentement une saucisse sacrée face à l’océan cosmique.
Pendant ce temps…
Luna avançait vers Emmanuel.
Lentement.
Le regard d’une lionne mystique venant récupérer officiellement son Français émotionnellement perdu.
Puis…
le silence.
Même les éclairs arrêtèrent de tomber.
Même les dieux regardaient.
Même le Vatican commença discrètement à fermer ses serveurs.
Luna posa ses mains sur le torse d’Emmanuel.
Le regarda longuement.
Puis commença à danser lentement au rythme des tambours et de la tempête.
Ses cheveux fouettés par le vent. Ses yeux brûlant comme des soleils noirs. Ses lèvres récitant des incantations interdites :
— Ô esprit des vagues…
— Ô esprit des burgers partagés…
— Ô esprit des tentes Décathlon qui prennent l’eau…
— Faites de cet homme mon chaos préféré…
Et là…
la montagne trembla.
Les océans se soulevèrent.
Les cocotiers explosèrent.
Un portrait de MacGyver prit feu spontanément dans une cabane sacrée.
Alex hurla depuis la foule :
— BROOOOO !
— THE PROPHECY IS REAL !
Le chef de tribu leva son bâton une nouvelle fois.
— NE CRAIGNEZ PAS LA TEMPÊTE !
— REGARDEZ LA PRÊTRESSE !
— ELLE NE DOMPTE PAS LE CHAOS !
— ELLE DANSE AVEC LUI !
Et Emmanuel…
allongé sur cette pierre sacrificielle au milieu de l’apocalypse tropicale…
comprit enfin une chose immense.
Il n’était pas venu au Portugal uniquement pour surfer.
Non.
Il avait été conduit ici… pour être émotionnellement détruit par une prêtresse mystique venue lui arracher le cœur à coups : de poésie, de burgers, de bonbons, de regards, et de mouvements de bassin interdits dans plusieurs systèmes solaires.
Puis soudain…
la pyramide entière se mit à trembler.
Les tambours accélérèrent.
La tempête avalait maintenant complètement l’île de Zanarcond.
Et juste avant que le ciel explose définitivement…
la tribu entière entendit une dernière phrase résonner dans l’univers :
— HOUSTON…
— LA PRÊTRESSE A EXPLOSÉ LE COMPTEUR.
Puis Emmanuel se réveilla brutalement dans son hamac.
En sueur.
Le vent soufflait toujours doucement sur Villa Maria.
Et pendant quelques secondes…
il regarda simplement le ciel en silence.
Puis il murmura calmement :
— Putain de Gremlins !
— Plus jamais de burgers après minuit.

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