Chapitre 52 - Les lézards amoureux et les fantômes de Lituanie

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Les vagues étaient nulles.

Pas "moyennes".

Nulles.

L’océan ressemblait à une immense flaque bleue ayant abandonné toute ambition sportive.

Même les locaux étaient assis sur le sable à regarder l’horizon avec l’expression déçue d’actionnaires découvrant les résultats annuels.

— C’est officiel. souffla Luna.

— L’Atlantique est en RTT.

— Je crois même qu’il est syndiqué aujourd’hui.

Validation immédiate.

Du coup…

ils avaient pris la seule décision raisonnable :

ne rien foutre.

Absolument rien.

Serviettes. Lunettes de soleil. Crème solaire. Bonbons. Et bronzage.

Le programme complet du lézard professionnel.

Luna était allongée sur le ventre.

Emmanuel sur le dos.

Autour d’eux : des familles, des touristes, des chiens, des vendeurs ambulants, et la vie qui passait doucement sous le soleil portugais.

Ils parlaient de tout.

De rien.

Des vieux de Caparica. D’Alex. Des films. De Mowgli. Des extraterrestres potentiellement portugais.

Puis soudain…

Luna devint silencieuse.

Très mauvais signe.

Parce que chez elle, le silence arrivait souvent juste avant une question importante.

Elle retira ses lunettes.

Regarda l’océan.

Puis :

— Je peux te demander quelque chose ?

— Toujours.

Petit silence.

Puis :

— Klydia.

Touché.

Directement.

Le vent souffla doucement sur la plage.

Emmanuel resta calme.

Puis Luna ajouta :

— Et Rolina.

Ah.

Les deux.

Le boss final émotionnel.

Elle jouait maintenant avec un grain de sable entre ses doigts.

— Est-ce que je dois m’inquiéter ?

Pas agressif.

Pas jaloux.

Juste honnête.

Et honnêtement ?

Elle avait le droit de poser la question.

Alors Emmanuel prit son temps.

Longtemps.

Parce que certaines réponses méritent mieux qu’un réflexe.

Puis il regarda l’océan.

Et parla doucement.

— Non. Puis il sourit légèrement.

— Enfin… pas dans le sens où tu l’imagines.

Luna resta silencieuse.

Alors il continua.

— Tu sais… On n’oublie jamais vraiment les gens qu’on a aimés.

Le vent passait entre eux.

Les vagues roulaient doucement.

— On oublie certaines douleurs. Certaines habitudes. Certaines colères.

Mais les gens ?

Il secoua légèrement la tête.

— Non.

Luna écoutait sans interrompre.

Puis Emmanuel regarda le ciel.

— Klydia a partagé une partie immense de ma vie. Elle ne m’a jamais volontairement fait de mal. Jamais.

Sa voix était calme maintenant.

— On s’est simplement perdus. Petit silence.

— Et parfois les gens se perdent sans qu’il y ait de méchant dans l’histoire.

Luna hocha doucement la tête.

Parce qu’elle comprenait ça.

Probablement trop bien.

Puis Emmanuel continua :

— J’aurai toujours de l’affection pour elle. Toujours.

Il n’essayait même pas de le cacher.

Pourquoi mentir ?

— Parce que malgré tout… Il sourit légèrement.

— elle a aussi été une partie de mon bonheur.

Le vent fit danser les cheveux de Luna.

Puis elle demanda doucement :

— Et Rolina ?

Ah.

La question plus compliquée.

Emmanuel regarda longtemps l’horizon.

Puis il répondit simplement :

— Je lui suis reconnaissant.

Luna tourna légèrement la tête vers lui.

— Reconnaissant ?

— Oui.

Il sourit doucement.

— Parce qu’elle m’a réveillé.

Silence.

Le vrai.

Puis il poursuivit :

— Elle m’a obligé à regarder honnêtement ma vie. À voir ce qui fonctionnait. Ce qui ne fonctionnait plus. Ce que j’étais devenu.

Le soleil chauffait doucement leurs peaux maintenant.

— Sans elle… Je serais probablement encore en train d’essayer de réparer quelque chose qui était déjà terminé depuis longtemps.

Luna resta silencieuse.

Puis Emmanuel souffla doucement du nez.

— Mais justement… Il regarda l’océan.

— c’est aussi pour ça que je ne peux plus revenir en arrière.

Petit silence.

— Pourquoi ?

Cette fois Emmanuel sourit vraiment.

Le genre de sourire calme des gens qui ont enfin compris quelque chose.

— Parce que je sais maintenant ce que ça coûte.

— Quoi ?

— Reculer.

Le mot resta suspendu quelques secondes.

Puis :

— J’ai passé trop de temps à avoir peur. Trop de temps à attendre. Trop de temps à essayer de sauver tout le monde.

Il ferma brièvement les yeux.

— Et la vie est courte Luna.

Très courte.

Le vent souffla légèrement plus fort.

— Un jour tu regardes devant toi. Et le lendemain t’as cinquante ans. Puis soixante. Puis l’histoire est terminée.

Les vagues continuaient leur lente respiration.

— Je ne veux plus vivre comme ça.

Pas de colère.

Pas d’amertume.

Juste une vérité.

Puis il tourna enfin complètement la tête vers elle.

Et pendant quelques secondes…

ils se regardèrent simplement.

Le bruit du monde disparaissait autour.

— Je ne suis pas complètement guéri.

Il le dit franchement.

Sans héroïsme.

— Certaines blessures sont encore là. Certaines peurs aussi.

Puis son sourire s’adoucit.

— Mais avec toi…

Luna sentit immédiatement son cœur accélérer.

— Avec toi… je crois que je suis en train de guérir.

Silence.

Le grand silence.

Le beau.

Puis Emmanuel ajouta doucement :

— Pas parce que tu me sauves.

Il secoua la tête.

— Parce qu’à côté de toi… j’ai envie de vivre à nouveau.

Les yeux de Luna brillèrent légèrement derrière ses lunettes de soleil.

Et pendant quelques secondes…

aucun des deux ne parla.

Parce qu’il n’y avait plus rien à ajouter.

Le soleil chauffait leurs visages.

L’océan respirait lentement devant eux.

Et deux lézards amoureux continuaient simplement à bronzer sur une plage portugaise en laissant les fantômes du passé se dissoudre doucement dans le sel et la lumière.

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