Le Chat Noir
Il fixait du regard, sans ciller, les cartons sales empilés les uns sur les autres. Certains grands, d'autres petits ; ces boîtes vides disposées au hasard attendaient d'être jetées depuis des mois dans le coin le plus sombre de la pièce. Un cercle noir, s'élargissant lentement, recouvrit entièrement ses yeux ambrés. Le désir de bondir sur les cartons lui avait, au sens propre, obscurci la vue. Il savait parfaitement qu'en sautant, toutes les boîtes s'écrouleraient et qu'il resterait dessous. Bien qu'il ait tenté l'expérience maintes fois auparavant, il fit frémir ses moustaches avec une excitation comme si c'était la première fois. Si le son de ses moustaches tremblantes avait pu être entendu de l'extérieur, vous l'auriez comparé aux coups de baguette de plus en plus rythmés sur un tambour. Il se tendit, se tendit et se tendit encore, comme si ses pattes arrière étaient de véritables ressorts, et bondit sans effort, comme s'il volait, sur les cartons. Alors que ses pattes avant touchaient à peine la boîte, il disparut soudainement au milieu de la pile de cartons qui s'effondrait et devint brusquement invisible.
Peu de temps après, parmi les cartons de toutes tailles éparpillés deçà delà, on aperçut un filet de sang rouge vif, provenant manifestement de ce chat d'un noir de jais. Tel un petit ruisseau, il serpenta sur le sol en pierre brisée et commença à s'accumuler dans une petite cavité. Après un certain temps, le sang accumulé sécha et devint tout noir. Il semblait que ce n'était pas la curiosité, mais bien la stupidité qui tuait un chat. Quel dommage ! Lui-même ne le saurait jamais. Dans la vraie vie, les chats n'avaient pas neuf vies.

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