Attente obstinée
« Mais il ne reviendra pas, ma chérie, pourquoi ne vas-tu pas dormir ? » dit la femme.
Le chat noir, dressé face à la porte, ne quittait pas des yeux l’entrée. Ses moustaches frémirent à peine. Il ne bougeait presque pas. Cette attente obstinée, à la même heure chaque jour, avait semé quelque chose dans le cœur de la femme. Elle aussi s’était mise à écouter les bruits mécaniques de l’ascenseur, comme le chat. Pas aujourd’hui… peut-être demain.
Qui sait après combien de jours, combien de soirs…
Le chat cessa d’attendre. La femme, de poursuivre l’espoir.
On ne savait pas qui avait renoncé le premier.
Les jours suivants, le chat ne pouvait plus s’endormir sans enfoncer ses longues griffes dans la chair tendre de la femme. Cela faisait mal. Au lieu de dire « ne pars pas », pensa-t-elle, comme on sait blesser délibérément.
Ce soir-là, le chat observa avec attention chaque mimique de sa maîtresse, pourtant déjà apprise par cœur.
La femme détacha doucement les griffes du chat de son corps.
« Je t’aime, mon petit », dit-elle.
Les pupilles noires du chat se dilatèrent brusquement. Il avala le mot « aimer », puis elles se rétrécirent aussitôt. Il semblait apaisé. Il se blottit contre la poitrine de la femme. Ils ne firent plus qu’un seul souffle dans un même corps.
Avant de s’endormir, le chat soupira profondément.
Son dernier souffle d’espoir se dissipa dans l’obscurité.
Il rentra ses griffes, petites lames de rasoir, dans ses pattes.
Lorsqu’ils s’endormirent ensemble, ils n’entendirent ni l’ascenseur, ni le cliquetis des clés à la porte.
Certaines portes s’étaient ouvertes.
D’autres s’étaient fermées.
Quelque part, quelqu’un devait accueillir avec joie ceux qui rentraient chez eux.

Annotations