Chapitre 8 - Le Nom d’Azhera
Le nom d’Umbrya continua de résonner dans l’esprit de Reiyel pendant qu’ils traversaient la tempête.
Le vent du premier cercle n’était jamais régulier. Par instants il se transformait en une furie qui arrachait la cendre du sol comme une mer noire, puis il retombait soudainement, laissant seulement un grondement sourd parcourir l’horizon.
Entre ces rafales, les cris des damnés devenaient plus audibles.
Des combats éclataient partout autour d’eux. Des silhouettes surgissaient dans la poussière rouge, s’entrechoquaient, disparaissaient de nouveau dans le chaos. La guerre du cercle semblait éternelle, sans stratégie, sans victoire, seulement une succession infinie de colères qui refusaient de mourir.
Reiyel avançait lentement.
Sa lumière découpait un passage fragile dans la tempête. Elle ne repoussait pas réellement l’enfer, mais elle révélait ce qui s’y cachait.
Un guerrier passa près d’eux en hurlant, poursuivi par deux autres damnés. L’un d’eux trébucha sur un rocher et tomba dans la cendre. Avant même de toucher le sol, un troisième combattant surgit et plongea une lame brisée dans sa poitrine.
L’homme hurla.
Puis il se releva.
Et la bataille recommença.
Reiyel observa la scène quelques secondes.
« Ils ne peuvent pas mourir », dit-il.
Kaelor marchait à ses côtés, les mains derrière le dos, comme s’il guidait un visiteur dans une ville ancienne.
« Pas ici », répondit-il calmement.
Le démon regarda la tempête.
« La colère refuse la fin. Elle exige toujours une revanche. »
Ils continuèrent à avancer entre les rochers noirs.
Au loin, le ciel du cercle se tordait dans une spirale immense. Les nuages rouges tournaient autour d’un point invisible comme un océan aspiré dans un gouffre.
Reiyel sentit le nom d’Azhera remonter en lui.
Il finit par parler.
« Quand as-tu entendu parler d’elle pour la dernière fois ? »
Kaelor ne répondit pas immédiatement.
Le démon sembla réfléchir en marchant, comme s’il fouillait dans des souvenirs très anciens.
« Les démons parlent d’elle », dit-il finalement.
Reiyel tourna légèrement la tête.
« Comment ? »
Kaelor eut un léger sourire.
« Avec prudence. »
Un éclair rouge traversa la tempête.
Pendant une seconde, l’horizon devint parfaitement visible. Des armées entières se battaient dans les profondeurs du cercle, leurs silhouettes minuscules comparées à l’immensité du chaos.
Puis l’obscurité revint.
« Azhera est devenue une sorte de légende ici », poursuivit Kaelor.
Il regarda le ciel tourmenté.
« Certains disent qu’elle est une reine. D’autres disent qu’elle est une prisonnière. »
Le démon marqua une pause.
« Les plus anciens disent qu’elle est une gardienne. »
Le cœur de Reiyel se contracta légèrement.
« Gardienne de quoi ? »
Kaelor s’arrêta.
Le vent souleva leurs vêtements dans une rafale plus violente. La tempête semblait écouter.
Le démon regarda l’horizon un long moment avant de répondre.
« De quelque chose que même le ciel préfère ignorer. »
Le silence revint entre eux.
Autour d’eux, la guerre du cercle continuait. Les damnés se heurtaient comme des vagues furieuses, disparaissaient dans la poussière, revenaient encore.
Reiyel reprit sa marche.
« Elle est toujours elle-même », dit-il.
Ce n’était pas une question.
Kaelor tourna légèrement la tête vers lui.
« Je l’ignore. »
Le démon observa l’ange quelques secondes.
« L’enfer transforme les êtres. »
Il reprit.
« Mais certaines choses résistent plus longtemps que d’autres. »
Le vent redoubla soudainement.
La tempête se mit à tourner plus vite autour d’eux.
Au loin, une silhouette gigantesque se dessina dans les nuages rouges.
Le titan de la Colère.
La créature observait toujours le cercle.
Et elle observait aussi l’ange.
Kaelor soupira doucement.
« Il semblerait que nous n’ayons pas encore terminé avec ce cercle. »
Le démon regarda la tempête qui se refermait lentement devant eux.
« Avant de partir, le premier souverain veut probablement vérifier quelque chose. »
Reiyel leva les yeux vers la silhouette immense.
Le titan n’avait pas bougé.
Mais ses yeux brûlaient toujours dans l’ombre.

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