Chapitre 9 - Le Premier Souverain

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La silhouette du titan dominait toujours la tempête.

Même à cette distance, sa présence semblait peser sur tout le cercle. Les vents tournaient autour de lui comme autour d’un axe invisible, et chaque éclair rouge qui traversait les nuages révélait brièvement l’immensité de son corps.

Reiyel s’arrêta.

Kaelor fit encore quelques pas avant de comprendre que l’ange ne le suivait plus. Il se retourna, observa l’horizon, puis soupira doucement.

« Évidemment », murmura-t-il.

Le titan commençait à avancer.

Chaque pas provoquait une vibration profonde qui remontait du sol comme une onde lente. Les damnés les plus proches furent projetés à terre, mais ils se relevèrent aussitôt pour reprendre leurs combats.

La guerre du cercle ne s’arrêtait jamais.

La tempête semblait se plier à la volonté de la créature. Les vents s’écartaient légèrement devant elle, comme si même la rage du premier cercle reconnaissait son souverain.

Kaelor rejoignit l’ange.

« J’espérais que nous pourrions sortir discrètement », dit-il.

Il observa la silhouette gigantesque avec un intérêt presque intellectuel.

« Mais les souverains n’aiment pas laisser partir les anomalies sans un dernier regard. »

Le titan s’arrêta à quelques dizaines de mètres d’eux.

Sa taille était difficile à mesurer. Dans la tempête, son corps semblait parfois aussi grand qu’une montagne, parfois seulement plus haut qu’une tour. Les fissures incandescentes qui parcouraient sa peau pulsaient lentement, comme si la colère du cercle battait dans ses veines.

Ses yeux rouges se posèrent sur Reiyel.

La tempête ralentit légèrement.

« Ange », gronda la créature.

Sa voix traversa l’air comme un tremblement de terre.

« Tu marches… encore. »

Reiyel soutint ce regard.

« Oui. »

Le titan inclina lentement la tête.

Le geste fit tourner les nuages rouges autour de lui comme une spirale immense.

« Tu portes… la lumière. »

Le vent se leva brutalement, projetant des cendres brûlantes dans toutes les directions.

« Et pourtant… tu marches… dans la colère. »

Kaelor croisa les bras.

« Il a un objectif », dit-il calmement.

Le titan tourna lentement ses yeux incandescents vers lui.

Le regard pesa un instant sur le démon.

Kaelor ne bougea pas.

« Azhera », dit-il simplement.

Le nom se répandit dans la tempête.

Pendant une seconde, le cercle sembla retenir son souffle.

Le titan reporta son attention sur Reiyel.

« Tu descends… pour elle. »

Ce n’était pas une question.

Reiyel répondit sans hésiter.

« Oui. »

Le vent reprit de la force.

La tempête semblait hésiter entre deux colères.

Puis le titan fit un pas en avant.

Le sol trembla.

Les damnés les plus proches reculèrent instinctivement, comme si la rage elle-même comprenait qu’un autre affrontement se préparait.

La créature observa l’ange longuement.

« Les anges… ne descendent pas. »

Reiyel resta immobile.

« Les anges… ne cherchent pas. »

Le silence s’étira au cœur du chaos.

Puis la créature prononça les mots les plus lourds qu’elle avait encore dits.

« Les anges… n’aiment pas. »

La tempête sembla exploser autour d’eux.

Reiyel déploya lentement ses ailes.

La lumière blanche se répandit dans l’obscurité du cercle comme une vague silencieuse. Les damnés reculèrent instinctivement, incapables de soutenir cette clarté.

L’ange leva les yeux vers la montagne vivante.

« Peut-être », dit-il.

Sa voix resta calme.

« Mais moi si. »

Le titan resta immobile.

Pendant un long moment, rien ne bougea.

Puis la créature leva lentement son bras gigantesque.

La tempête se mit à tourner plus vite.

Les nuages rouges furent aspirés dans un vortex immense qui se forma au-dessus d’eux.

Kaelor soupira doucement.

« Voilà », murmura-t-il.

Le démon regarda l’ange.

« C’était trop simple jusque-là. »

Le titan abaissa son bras.

La tempête s’ouvrit derrière lui.

Une faille gigantesque apparut dans le sol du cercle. Un gouffre noir s’enfonçant dans les profondeurs de l’enfer.

Un passage.

La voix du souverain résonna une dernière fois.

« Alors… prouve-le. »

Le vent hurla.

La faille se mit à brûler d’une lumière rouge sombre.

Le chemin vers le deuxième cercle venait de s’ouvrir.

Mais ce chemin passait par le cœur même de la tempête.

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