Chapitre 64 Relation aux autres et à moi-même

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Je suis fatiguée de ne pas être en contrôle de ce qui se passe en moi, et ça m’angoisse beaucoup.

Je vais bientôt retourner au travail après deux semaines de “pause”, retrouver un appartement d’urgence pas idéal, dans le froid de l’hiver.

Je me mets aussi la pression parce que je “dois” repasser chez mes parents, récupérer des affaires et des papiers.

Pourtant, certaines choses me rendent heureuse : Lucie et moi avons prévu de passer Noël ensemble, avec sa famille, et ça me remplit de joie.

Nous avons réservé nos trajets pour aller à Lille pendant les vacances. J’ai teint mes cheveux, acheté du maquillage, quelques vêtements.

Le boob tape aide avec la dysphorie. Je pense me couper les cheveux la semaine prochaine, et ça devrait aider aussi.

J’ai repris contact avec l’art : j’ai fait trois dessins pour Lucie, et nous avons peint un tableau ensemble. J’écris un peu.

Je sens que j’ai besoin de reprendre le chant, la flûte traversière, le piano — tout ce qui m’aide à respirer. J’ai aussi reparlé avec certains amis : Corentin, Youssef et Mathis. Ça m’a fait du bien.

Le week-end prochain, je reviens chez Lucie. Le week-end d’après, c’est elle qui vient chez moi. On ira à Dijon m’acheter mon premier costume trois pièces — celui que je porterai à Noël. Je vais aussi revoir Guillaume et Élise, et garder les enfants.

J’ai eu ma sœur aînée au téléphone, très brièvement. J’étais soulagée qu’elle me réponde, mais notre relation n’est plus la même. On évite le sujet de ma sexualité et de ma spiritualité.

Ma deuxième sœur a décroché, mais m’a passé Maman sans me parler. Mon grand frère ne m’a pas contactée. Il se marie dans un an — je pense que je n’irai pas.

Mon premier petit frère m’a appelée : il s’inquiète pour moi. Il s’est excusé pour ses messages durs, m’a dit qu’il m’aimait.

Mon second petit frère, je n’ai pas eu de nouvelles depuis son appel désespéré, et ça m’inquiète. Les deux petits derniers, Lulu et Valentin, me manquent beaucoup. Je pense avoir besoin de reparler à mes parents.

Les sœurs de ma mère, elles, ont été là. Sylviane, surtout, m’appelle souvent. Elle a une fille trans et elle comprend mal le rejet de ma mère envers moi. Je veux présenter Lucie à Papy. Pour la famille de Papa — même pas en rêve.

À travers tout ce que nous avons traversé, même si c’était très dur, j’ai l’impression que notre amour a grandi, et que nous sommes plus fortes.

J’ai repris contact avec Corentin, qui m’a écoutée avec douceur, et ça m’a fait du bien. Je lui ai tout dit. Je ne doutais pas qu’il m’accepterait : il est ouvert d’esprit. Je pense lui présenter Lucie dans deux semaines, s’il est dispo.

Youssef, comme toujours, a été d’une grande aide. Je le considère comme mon âme sœur. Même si c’est parfois difficile pour Lucie, les choses vont mieux.

Je ne peux pas me passer de lui. Nous ne nous étions pas parlé depuis plusieurs mois, mais tout est comme avant. Il est en Islande, mais il rentre en janvier.

Mathis est mon ex (Youssef aussi, mais dans une moindre mesure). Il est de très bon conseil — c’est lui qui m’a appris les bases de la communication et de la sexualité saine.

J’ai présenté Lucie hier à mon amie américano-libanaise, qui vit au Liban. Elle est chrétienne, mais elle me considère comme sa grande sœur et respecte ma relation, même si l’homosexualité est contre ses principes religieux. Elle me manque.

J’ai aussi un peu parlé avec mon ancienne meilleure amie du lycée, Elsa, mais je n’ai pas encore répondu à son dernier message. Éloïse, amie du lycée aussi, accepte ma relation et like toutes mes stories.

Jack, un jeune homme rencontré sur Instagram pendant le BAFA, est un soutien nouveau — léger, mais confortable. J’espère apprendre à mieux le connaître.

Guillaume reste un soutien paternel indéfectible. Je garde ses enfants, et nous avons une relation de confiance, comme avec sa compagne, Élise.

Au centre social, tous les collègues sont ouverts d’esprit et sympas. J’apprécie certains plus que d’autres, mais je me sens bien entourée.

J’ai du mal à me considérer binaire, récemment. Je me sens plus à l’aise avec she/her et they/them. Je ne rejette pas la partie féminine de moi, je pense juste être plus que ça.

La sexualité active que j’ai avec Lucie a réveillé ma dysphorie. Je me sens mal à l’aise avec ma poitrine, comme à l’époque où j’étais avec Mathis.

Mais Lucie est très présente pour moi. Elle m’a aidée à mettre du tape hier soir, et elle soutient ma décision d’avoir, un jour, une mastectomie. En attendant, me voir porter des binders ou du tape ne la dérange pas du tout. Ce n’est pas un sujet.

Elle emploie Blue au lieu d’Imelda, la plupart du temps. Et je préfère ce prénom androgyne.

Par rapport à la religion, j’ai du mal à avoir une spiritualité, avec tout ce qui est arrivé. Mais je souhaite me renseigner et aller à la messe le jour de Noël.

Le père de Lucie s’est proposé pour m’y emmener, à Auxerre. Je pense aussi essayer de prier dans des églises ou des cimetières, ou simplement m’y rendre — parce que je m’y sens bien.

Pour le travail, je pense que tout ira bien avec le retour.

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