Chapitre 76 Accident
Jeudi 23 avril 2026.
J'ai rendez-vous chez ma psychiatre dans la matinée. Pour cela, je prends le train à 8h33 à la gare d'Auxerre pour aller à Sens, puis le bus pour me rendre jusqu'à son cabinet. C'est notre premier rendez-vous, je suis nerveux.
Je me suis préparé à notre entrevue hier, j'ai mis par écrit tous les évènements de ma vie qui pouvaient être intéressant à discuter ensemble afin d'avoir une idée de la profondeur de mes traumas et des possibles troubles psychologiques qui puissent fleurir.
7h15, petit-déjeuner au réfectoire du foyer des jeunes travailleurs. Jus de fruit, pain, confiture. Ni beurre, ni lait, je réduis mes quantités de nourriture 'animale' pour devenir vegan.
J'ai un peu froid en sortant, j'aurais peut-être dû enfiler un manteau, parce qu'un crop top et un pull, me semble un peu juste. Je marche vite pour me réchauffer, et quand je trouve enfin le soleil, je m'ébroue. Il fait meilleur.
Je connais le chemin par cœur, je n'ai pas besoin de GPS. J'enfile mon casque et je mets de la musique. Prudent, je vérifie toujours mes 'angles morts' comme si j'étais au volant, c'est une déformation que j'ai prise avec les cours de conduite.
Je traverse le premier passage piéton du rond-point du pont et me dirige sereinement vers le deuxième. Une voiture se profile à plusieurs dizaine de mètres. Elle m'a forcément vu, j'ai la priorité, je m'engage en vérifiant à gauche et à droite.
Un brouillard blanc me percute fort et je m'effronde. La douleur pulse dans ma tête, et surtout dans ma jambe. J'ai très mal. Je fonds en larmes, et je réalise ce qui vient de se passer.
On s'empresse autour de moi, on me demande mon prénom.
"J'ai mal, s'il-vous-plaît."
"On va s'occuper de vous, les pompiers arrivent."
"Mes affaires ? Mon téléphone fonctionne toujours ? Et mon casque ? Mes boucles d'oreilles ? J'ai mal à la tête. Et ma jambe, elle est cassée, c'est sûr. Mon sac à main ? Et mon porte-clé ?"( (Je précise que ledit porte-clé est mon chanteur favori dessiné torse nu avec des marques de mains sanglantes sur le corps)
"Tout va bien se passer. Vous avez froid ? Ne répondez pas en hochant la tête, dites oui ou non."
"C'est mon sang par terre ? Ah putain..."
"Je vais découper vos vêtements pour vous mettre des électrodes et je vais vous faire des prises de sang."
"C'était ma tenue préférée..."
"Vous êtes en vie, c'est le plus important."
Je ne perds pas connaissance. Je me souviens exactement de tout ce qui s'est passé. Je suis tombé sur le côté, donc je n'ai pas vu grand chose d'autre que des chaussures.
On m'a vite mis sous perfusion, et la douleur à commencé à refluer. Puis on m'a fait passer toute une série de radios diverses et variées. Pas de traumatisme crânien, seuls les tissus mous de l'oreille ont été touchés. Double fracture du tibia.
Drogué, de bonne humeur, je discute avec les soignants, ris, fais des blagues. Je m'amuse du fait que je sens mes os bouger dans ma jambe, craquer, que je n'ai jamais vu autant de plafonds en si peu de temps.
On réduit ma fracture, je n'ai plus la jambe en zig-zag et on l'immobilise. Je suis mort de faim et de soif mais je dois rester à gein juqu'à ce que je passe au bloc.
L'opération ne commence que le soir vers 18h30. Je sors vers 23h, complètement défoncé. Je passe une nuit très douloureuse et un vendredi cauchemardesque.
Pourtant, le samedi, l'hôpital décide de me faire sortir parce que je vais un peu mieux. Pourquoi ? Je suis SDF et ma situation est compliquée. Ils n'ont pas envie de s'embêter à m'envoyer des assistantes sociales.
Je suis ramené dans mon logement d'urgence au deuxième étage du foyer des jeunes travaillers de l'Yonne, en plein weekend. Il n'y a que le veilleur, et rien n'est adapté pour ma venue. Le logement est conçu pour une personne valide et ce n'est pas mon cas.
Je passe un horrible samedi et dimanche. Un appel téléphonique tardif avec un ami et sa compagne docteure et la décision est prise.
Je déménage dans l'hôpital où elle travaille pour être pris en charge.
J'y suis depuis lundi, et Dieu soit loué. Je suis bien entouré et je peux me remettre tranquillement. Il me reste quand même à gérer les questions d'assurance avec l'accident mais ça se fera en temps et en heure.

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