Souvenirs

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Maman.

Maman amour, maman bonheur, sérénité, force, bienveillance, étreinte réconfortante dans les moments difficiles, présence rassurante dans les tempêtes de la vie, symphonie d’amour, refuge des jours sombres, une épaule sur laquelle s’éteignent les maux, une lumière qui guide les égarés, le pilier sur lequel s’appuyer quand tout s’effondre autour de soi, une amie, une oreille attentive, une perche tendue lorsque toutes les portes de la vie se ferment.

C’est ce qu’on dit.

Tu t’en vas peut-être, pour toujours, et je reste là, tel ce puzzle décomposé dont les pièces ne s’emboiteront jamais. Des pièces qui sont des fragments de tristesse, d’amertume, d’indifférence, avec, plantée au cœur de chacune d’elles, cette phrase que tu as lâchée, il y’a longtemps, comme un objet que l’on jette au fond d’un puits mais qui remonte toujours à la surface, « Toi, tu ne réussiras jamais à me plaire. »

Tu ne savais pas, ou peut-être que si, que ces mots résonneraient à jamais dans ma tête, comme une horloge brisée qui ne cesse pourtant de sonner.

Cette « sentence » m’a traversée telle une pluie froide qui s’infiltre jusque dans les os. Elle s’accroche encore à ma peau, s’incruste dans ma chair. J’ai beau respirer, j’ai l’impression que c’est toujours elle, et non l’air, qui remplit mes poumons. Aujourd’hui, je suis démontée, pas brisée d’un coup non, mais démontée pièce par pièce, comme si chaque vis, chaque joint de mon être avait été retiré avec soin pour ne laisser qu’un tas informe.

Les années ont passé, mais ce jour-là restera en suspens dans ma mémoire, prenant, avec le temps, l’aspect d’une photographie jaunie dont je ne peux, ou ne veux, me débarrasser. J’ai longtemps cru, et même espéré, que le temps finirait par user les mots, les limer comme il polit les pierres dans les rivières. Mais non. Ils sont toujours là, plantés dans ma poitrine, crus, tranchants, capables encore, après tout ce temps, de me couper le souffle. Et je réalise, avec un calme amer, que j’ai bâti toute ma vie autour d’eux, non pas pour te prouver que tu avais tort, mais pour m’assurer que tu ne pourrais plus jamais me défaire.

Cela fait déjà quelques jours que je vis dans cette chambre qui n’est pas la mienne, avec ton souffle pour seule horloge. Je te regarde dormir. Parfois, je me dis que nous sommes plus proches, presque liées par quelque chose qui dépasse les mots. Puis cette pensée se dissout. Non, c’est faux. Nous ne sommes ni plus proches, ni amies. C’est juste une idée passagère, un mirage d’happy end comme dans les films qui offrent à la dernière minute une réconciliation qui n’arrive jamais dans la vraie vie.

Proches, nous le sommes dans l’espace ; je veille sur toi, je change tes draps, je te fais manger. Mais dans mon cœur, il y’a un mur. Un mur que je n’ai pas envie d’abattre.

On ne sera jamais amies.

Je ne le veux pas !

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