Sans écho

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Tu m’as toujours rejetée, reléguée au second plan de ta vie. Tu as déployé des océans entre nous, tu m’as exilée sur une ile déserte battue par les vents du silence, seule, loin de tout, loin de « vous ». Mais tu n’as jamais lâché cette laisse invisible qui m’enchaîne à toi, qui me tient, jusqu’à aujourd’hui, sous ton emprise, et que je sens encore, à chaque souffle.

Je devais continuellement m’effacer, laisser l’espace, tout l’espace à mes deux sœurs, « tes filles », comme tu aimais à les appeler, avec, comme fond de toile, cette question qui revient tel le mauvais refrain d’une triste chanson. Elle est là, tapie dans l’ombre comme une bête obstinée. Elle s’insinue dans mes pensées, me poursuit, me harcèle jusqu’à ce que je n’entende plus qu’elle.

Pourquoi moi ? Pourquoi m’as-tu choisie moi, parmi les trois, pour porter le poids de tes sarcasmes, de tes humeurs, de tes caprices ? Pourquoi as-tu fait de moi la cible de ton mépris ? Je me pose la question depuis des années et je n’ai aucune réponse, aucune explication. Seulement ce vide qui me ronge.

Je t’obéis, j’applique tes règles, je me plie à tes ordres, je façonne chaque geste, chaque parole selon ta volonté. Je fais tout ce que tu veux. Je suis une machine que tu manipules à ta guise, comme si tu détenais les clés de mon existence. Et tu les détiens, réellement.

J’ai toujours vécu avec cette impression de marcher dans ton ombre, d’être là, juste derrière toi, à attendre un signe, un simple geste qui me permettrait enfin d’apparaitre au grand jour. Mais ce jour n’est jamais venu.

Tu as tout choisi pour moi, mes vêtements, mes amis et même l’homme que tu voulais me voir épouser et que j’ai eu l’incroyable audace de refuser. Et ce « non », tu ne me l’as jamais pardonné. Alors, tu m’as punie en me privant de celui pour qui mon cœur a vibré jusqu’à l’épuisement. Une étape de ma vie, douloureuse, dont je porte encore les cicatrices.

Je te parle ; tu ne m’entends pas. Tu ne m’as jamais voulu m’entendre de toute façon. Alors, je me tais, et je reste là, fixée sur ton souffle tranquille, à mesurer la distance entre ton silence et le mien.

Tu dors. Ton beau visage, apaisé, défie les soixante-treize années qui pèsent sur toi. Délestée de ce voile de froideur et de distance qui me glaçait, tu apparais soudain vulnérable, plus fragile. J’en oublierais même ta dureté envers moi, ton arrogance, la morsure de tes mots ! Le masque du sommeil te donne un aspect plus humain, presque ordinaire.

Comme j’aurais voulu que ce soit là ton vrai visage !

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