La rencontre

6 minutes de lecture

Sidérée, Bérengère-Adélaïde-Victoire vit alors s’approcher de la maison, marchant au pas, une file indienne de jeunes hommes curieux, dont le premier en poussait un assis sur un fauteuil roulant rouge et jaune. Ils étaient tous de tailles différentes : il y avait un géant, un nain, un enrobé, un assis (du coup), un chauve et deux autres de taille dite normale. Lorsqu’ils virent la jeune femme sur le pas de leur porte, ils stoppèrent net leur marche et cessèrent de chanter tous en même temps.

Pendant quelques secondes, personne ne bougea et un ange passa. Car si la jeune fille était très belle, les sept garçons étaient eux aussi très beaux, bien que de tailles différentes. Aussi, l’une admira les autres, et vice-versa. Car cette maison était en réalité la maison des sept beaux gosses !

C’est alors que le plus musclé, celui qui poussait le fauteuil roulant, rompit le silence :

— Une fille !!!

ll écarta d’une bourrasque le fauteuil, qui se renversa en projetant son contenu dans les orties, puis se précipita vers la jeune fille. Pendant que ses amis relevaient le malheureux qui avait chu, le jeune homme aux tablettes de chocolat se présenta :

— Bonjour Mademoiselle, je m’appelle Celte. Mes amis et moi vivons dans cette humble demeure. Qui êtes-vous, et que faites-vous ici ?

La princesse décida qu’elle leur dirait la vérité et leur raconterait son histoire, car il semblait n’y avoir qu’eux dans ce bois, aussi ils devaient être les seuls à pouvoir l’aider. Alors elle se présenta, en lui tendant la main :

— Bonjour Monsieur, je m’appelle Bérengère-Adélaïde-Victoire. Avez-vous un ordinateur et une connexion Wifi ?

— Enchanté, répondit le beau gosse musclé. Oui, on a Wiwi, il s‘appelle Wifi mais on l’appelle Wiwi parce qu’il dit toujours « oui » à tout et que son fauteuil est rouge et jaune comme la voiture de Oui-Oui. Il vous montrera son ordinateur.

Le jeune garçon appela ses amis :
— Venez, je vais nous présenter !

Les beaux gosses firent cercle autour de l’inconnue. Celte les informa du nom de la belle, puis il ébouriffa leur copain le nain :

— Lui, c’est Atchoum. Il est chargé de faire et défaire nos lacets à tous.

Puis il fit un pas vers le géant :

— Lui, c’est Goliath. Il coupe les branches trop longues des arbres et change les ampoules des plafonds.

Se dirigeant vers le jeune homme enrobé, il lui tapota le ventre :

— Lui, c’est Bigmac. Il s’occupe des commandes de courses, qu’il fait livrer, ainsi que des commandes de Mc Do et de pizzas.

Puis il présenta un jeune homme bien habillé :
— Lui, c’est notre cuisinier, il s’occupe du micro-ondes. Il s’appelle Piment, il est gay. Et il est gai aussi!

Les garçons se mirent à rire. Sacré Celte, toujours le mot pour rire !

Puis Celte présenta le seul garçon chauve :
— Lui, c’est notre coiffeur, il s’appelle Harry.
La princesse le trouva aussi beau que le journaliste-présentateur Harry Roselmack.

Et enfin fut présenté le meilleur pour la fin, dans son fauteuil roulant :
— Voici Wiwi, notre spécialiste…

La jeune fille lui coupa la parole, s’adressant à Wiwi :

— C’est vous qui avez un ordinateur et une connexion Wifi ?

— Oui ! User : LaPetiteMaisonDansLaForet ; Password : Oc8JO-As9*37fks!ci-KJNdn@87jS.

— Wifiiiiii ! gémirent les six autres garçons en chœur.

— Bon sang Wiwi, dit Celte. On t’a déjà dit de ne pas dire ça à n’importe qui !

Puis il se pencha vers Bérengère-Adélaïde-Victoire et lui confia :

— Il est gentil, un peu naïf puis surtout très geek, mais gentil.

Cela n’entra pas dans l’oreille d’une sourde, oreille qui d’ailleurs avait déjà mémorisé le User et le Password.

— Mais entrons, reprit le jeune homme. Nous allions déjeuner, nous venons du Mc Donald où nous avons pris nos frites et nos sodas.

Ils prirent place autour de la table.

— Quelqu’un a goûté à ma pizza, dit Goliath d’une voix grave et mécontente.

— Quelqu’un a goûté à ma pizza, dit Bigmac en boudant.

— Quelqu’un a goûté à ma pizza, dit Atchoum les larmes aux yeux. Et il l’a toute mangée, et il a même cassé mon assiette !

— Oooh, dit Bérengère-Adélaïde-Victoire, gênée. Ça alors, c’est ballot.

Pour faire diversion, elle s’adressa à Celte :

— Et vous, quelle est votre spécialité ?

— Je chasse les moutons avec le balai, annonça fièrement le jeune garçon en bombant le torse.

La jeune fille imagina Celte avec délectation, assis sur son cheval au galop, le torse musclé au vent, pointant un manche à balai devant lui, la brosse calée sous le biceps brachial, à la poursuite de grands troupeaux de moutons sauvages dévalant les pentes des plaines à toute vitesse.

Très intéressée, elle demanda :

— Vous chassez des moutons avec un balai ? Comment faites-vous ? Vous les embrochez ? Est-ce que le manche sert ensuite à faire tourner le mouton sur le feu ? Est-ce qu’il y en avait dans les pizzas ?

Celte éclata de rire :

— Non, non, rien de tout ça, je chasse les moutons sous les meubles ! Les moutons de poussière, bien sûr. Non, je n’en ai pas mis dans les pizzas ! Ah ah ah.

Dans la tête de la princesse, il fut difficile de remplacer l’image du vigoureux combattant à cheval par celle d’un chantonnant homme de ménage en tablier de soubrette.

— Mais racontez-nous votre histoire, reprit Celte. D’ailleurs vous resterez bien ici quelques jours ?

— Oh oui, je veux bien, si c’est possible.

— Alors tutoyons-nous, vous voulez bien ?

— Ça marche, ma poule ! s’exclama la princesse dont le processus d’intégration était déjà rendu à 80%.

Elle raconta sa longue histoire aux sept beaux gosses qui buvaient ses paroles. Ils n’en revinrent pas, qu’une telle dépendance à un jeu vidéo pouvait développer tant de haine, de jalousie et d’agressivité. Car eux n’étaient passionnés que de jeux de plateau, en décors réels, à l’extérieur, au grand air ensoleillé de la forêt.

D’ailleurs, ils suggérèrent à leur amie d’y participer ; celle-ci répondit que peut-être, plus tard, elle ferait un essai, mais que dans l’immédiat elle souhaitait se reposer et qu’en conséquence, elle se retirerait dans ses appartements.

Pour tout appartement, la jeune fille s’était vu confier une mansarde, qui restait disponible en cas de visiteur ou de visiteuse égaré(e). Petite, mais propre et confortable. Cependant, elle ne s’y arrêta pas: puisque les garçons devaient ressortir jouer aux jeux de rôles après déjeuner, elle se glissa discrètement dans la chambre de Wiwi pour se connecter. En leur absence, elle se replongea dans Fortnite, rattrapa son retard, mit la pâtée à tous ses adversaires et redevint la grande championne du jeu.


Jusqu’à ce moment, dans le château, la reine de la Tour de Ziemad-Rouat deuxième du nom était satisfaite de ce que lui disait son miroir magique. En effet, depuis que sa belle-fille avait disparu, il lui annonçait de nouveau qu’elle était la meilleure à Fortnite dans ce pays, et elle en avait conclu que la petite s’était suicidée et qu’elle devait se décomposer dans un coin.

Mais ce jour-là, lorsqu’elle prit son smartphone pour sa dose quotidienne de narcissisme, elle fut stupéfaite de la réponse du miroir :

— Ok Google. Miroir, ô mon beau miroir Samsung Galaxy, dis-moi qui est la meilleure à Fortnite dans ce pays.

Car le miroir répondit :
— Vous êtes très bonne à ce jeu, ô ma reine. Oh oui, sans aucun doute, même si vous ne jouez plus depuis quelques jours ! Mais voilà, c’est-à-dire que… Bérengère-Adélaïde-Victoire est cent fois meilleure que vous ! Désolé mais je passe dans un tunnel, ça va couper, au revoir.

Elle ressentit comme un coup de poignard dans le cœur, car elle comprit instantanément que la reine des niaises non seulement n’avait point trépassé, mais qu’en plus elle devait être dans une sacrée forme pour être redevenue la meilleure à Fortnite de toute la Bretagne.

Jamais la reine qu’elle était n’avait été humiliée de la sorte, a fortiori à distance. Mais cela ne se passerait point comme ça. Puisqu’il le fallait, elle empêcherait elle-même Bérengère-Adélaïde-Victoire de jouer. Qu’on se le dise !

Elle prit une chaise et s’en servit pour tout casser dans sa chambre.

— Je la retrouverai ! hurlait-elle à tout bout de champ. Je la retrouverai et je me vengerai !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Antoinette Iris ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0