Chapitre 9 - Only one canapé

7 minutes de lecture

Percy s’activait autour de Tara, sa main toujours entravée dans la sienne, afin de rendre son appartement un tant soit peu présentable. Il avait oublié l’état de son environnement de vie avant d’inviter la jeune femme chez lui.

Contrairement à ce qu’il pensait, elle ne lui fit aucune remarque. Au contraire, pendant que Percy essayait de meubler la conversation, elle se murait dans un silence de plomb.

— Tara, tout va bien ? s’enquit-il après plusieurs essais infructueux pour la faire parler.

Elle hocha simplement la tête.

— Ok… J’ai pas grand-chose dans mon frigo. D’habitude, je prends les restes du resto. On peut commander des pizzas, si tu veux.

Elle secoua la tête en signe de négation.

— Écoute, miss sirène. Cette situation est tout aussi inconfortable pour toi que pour moi. Alors si tu pouvais faire un effort…

— J’ai pas faim, Percy.

— Je te promets que mes assiettes sont propres, les poils d'Archie ne vont pas jusqu'à mes placards.

— C’est pas ça, articula-t-elle entre ses dents serrées. Je ne me sens pas très bien.

C’est vrai qu’elle portait une main à son ventre depuis peu. Et elle avait pâlit.

— Est-ce que par hasard, tu aurais tes règles ?

Les yeux de la jeune femme s’écarquillèrent et ses joues rosirent de gêne.

— Excuse-moi, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise. Est-ce que tu as ce qu’il te faut ?

Une nouvelle fois, elle secoua la tête, mutique.

— Alors, je peux peut-être t’aider, déclara Percy plus doucement. Suis-moi.

Il l’emmena jusque devant la salle de bain, ouvrit l’un des placards près du lavabo avant de sortir une à une plusieurs boîtes de serviettes hygiéniques. C’est ce moment que choisit Archibald pour faire son entrée. D’un pas nonchalant, le chat rejoignit le duo, sauta sur le rebord du lavabo et donna des petits coups de pattes aux boucles de Percy.

— Prends celles qui te conviennent, affirma ce dernier un sourire triomphant.

Il attendait avec une certaine fierté le compliment de Tara. Allait-elle lui dire à quel point il était prévenant ? Et prévoyant ? Et gentil ? Et…

— T’es vraiment un fuck boy.

Ah bah non…

Il prit la remarque comme une attaque en plein cœur et mima une flèche transperçant sa poitrine.

— Ouch, je le prends très mal, ironisa-t-il. C’est vraiment comme ça que tu me vois ?

Tara haussa les épaules. Leurs mains collées tressautèrent. Elle lança un regard vers les serviettes hygiéniques, sans pour autant oser en prendre une.

— Tu n’as pas à avoir honte, essaya de la rassurer Percy. Et si c’est moi qui te gêne, saches que j’ai cinq sœurs plus âgées. Je ne peux pas comprendre mais je sais ce que c’est.

Il ne saurait dire si ses paroles avaient permis à Tara de se détendre mais elle ferma les yeux, souffla un coup et s’empara d’une serviette. Elle se débattit un moment avec l’emballage - il faut avouer que ce n’était pas facile avec une seule main - avant que Percy ne vienne en aide. À deux, ils réussirent sans problème puis Percy lui montra les toilettes.

— Ça me gène toujours, lui lança Tara.

— Je me tourne et je ferme les yeux, je te promets. Et si tu préfères, je peux parler. Je sais parler très longtemps et rien que ça, ça prend toute ma concentration. Il faut savoir que j’ai du mal à me concentrer, justement. Depuis tout petit. Tu aurais dû voir ma mère, elle était désespérée. Je courais partout, tout le temps. Et je me rétamai souvent. J’avais pas une bonne coordination des membres. Je crois avoir encore une ou deux cicatrices aux coudes ou sur les genoux. Mais le pire…

Et il monologua ainsi jusqu’à ce que Tara ressorte des toilettes. En réalité, il continua de lui rebattre les oreilles sur ses exploits enfantins jusqu’à la cuisine. Archibald les avait suivis, habitués au moulin à parole qui lui sert de maître.

— Je sais que dans ton état, on est mieux allongé. Je vais juste préparer un peu de soupe et de pop-corn et on pourra s’installer après.

— Tu as de la soupe ? En été ?

Percy sortit d’un placard un sachet de soupe miso instantanée et un paquet de pop-corn à faire au micro-onde.

— Je t’ai dit que j’ai cinq sœurs. Elles viennent souvent me rendre visite. Et quand ça ne va pas, cette soupe est la seule chose qu’elles peuvent avaler. Été, automne, comme hiver.

C’est la première fois de la journée qu’il vit un sourire poindre aux creux des lèvres de la surfeuse.

Leur travail d’équipe n’était pas terminé. Pendant que l’un tenait les ciseaux, l’autre s’occupait des différents sachets de soupe à mélanger. Ensuite, pendant que Tara faisait bouillir l’eau, Percy mettait les pop-corn au micro-onde. Alors que le pop pop sonore des friandises retentissaient dans le silence de l’appartement, et qu’une odeur de sucre chaud s’installait autour d’eux, le jeune homme reprit conscience de sa main dans celle de Tara. Ils n'avaient même pas vécu vingt quatre heures dans cet état, pourtant, la présence de Tara lui paraissait presque normale. La sensation de sa paume dans la sienne, habituelle. La pression de ses doigts, réconfortante.

Bientôt, ils étaient tous deux assis sur le canapé, l’un, son bol rempli de maïs soufflés entre les genoux, de même pour la seconde avec sa large tasse de soupe miso.

— Mince, j’ai oublié. Je dois encore avoir une bouillotte quelque part, si tu as besoin.

Elle resta silencieuse un moment, scrutant les volutes de fumées qui s’échappaient du liquide chaud. Percy crut même qu’elle ne lui répondrait pas. Finalement, elle souffla dessus et but une gorgée. Un deuxième sourire étira ses joues rebondies.

— Non, merci. Pour l’instant, ça va. Et Percy…

Elle hésita avant de plonger son regard noisette dans celui de Percy.

— Merci beaucoup.

Peut-être était-ce leur proximité forcée sur ce petit canapé de salon, ou bien la sensation de la main de Tara qui lui réchauffait le corps, mais Percy se sentit soudain tout engourdis. Avant que les fourmillements ne s’emparent de son esprit, il attrapa la télécommande à sa droite et alluma la télévision.

— Qu’est-ce qui te tenterait ? Normalement, je peux encore un peu squatter le Netflix et le Disney de ma soeur Vi’, expliqua-t-il à l’attention de Tara.

Pour toute réponse, la jeune femme renifla à plusieurs reprises.

— Je le savais, t’es allergique à Archie !

Mais lorsqu’il se tourna vers elle, ce n’est pas un nez rougit par des poils de chat qu’il rencontra, mais deux yeux larmoyants. Et justement, alors que les larmes échappaient à Tara, Archibald sauta sur le canapé et vint se lover entre les jambes de la surfeuse.

— Te moque pas, le prévint-elle avec une certaine colère dans la voix. Cette journée est horrible. J’ai mal, je suis fatiguée, et j’ai peur. Imagine qu’on soit collé pour toujours. Qu’est-ce que je vais dire à mes parents ? Comment je vais vivre ? Comment je vais surfer ? Et comment je vais pouvoir récupérer La Cabane dans ces conditions ?

— La cabane de location ? C’est pour elle que tu avais besoin de moi aujourd’hui, c’est bien ça ?

Tara s’essuya le nez du revers de la main gauche.

— Mon grand-père n’arrive pas à nous départager Sylvain et moi. J’ai beau m’en occuper dès que j’ai du temps libre, en faire la promotion, tout donner parce que j’aime cet endroit, Sylvain s’y connait mieux que moi en finance et en autre projet de ce genre. Surtout que je n’ai pas terminé mon cursus universitaire. Je crois que mon grand-père a peur que je délaisse mes études pour faire tourner La Cabane. Alors on a fait ce pacte idiot ! Je dois lui prouver que je peux être dans une situation stable afin de la gagner. J’imagine que je dois donc réussir ma dernière année, trouver un copain, avoir suffisamment d’argent de côté et… Et enfaite, j’en sais rien ! Et même si je gagne, comment je vais faire pour gérer la boutique et faire mes recherches sur la biodiversité marine ?

Elle hoqueta plusieurs fois.

— Wow, commença Percy, ça fait beaucoup à gérer pour une seule personne.

— C’est… la première fois que j’en parle à voix haute, renifla Tara.

— Ravi d’avoir été ton premier alors, plaisanta-t-il.

Comme plus tôt dans la journée, elle lui donna une bourrade d’un coup d’épaule. Beaucoup plus douce cette fois-ci.

— Dis pas ça de cette façon, c’est trop bizarre, se mit-elle à rire.

Une vague de frisson déferla dans le corps de Percy et alla s'échouer sur ses joues.

— Je crois… que ça m’a fait du bien d’en parler à quelqu’un, reprit-elle, son sourire mourant aux bords de ses lèvres.

— Même si ce quelqu’un c’est moi ?

— Oui, même si c’est toi. Merci encore, Percy.

Leurs mains toujours collées, il eut la sensation que la pression magique qui les maintenaient scellés c’était un peu relâchée. Mais pour une raison qu’il n’osa pas s’admettre, il préféra balayer cette hypothèse de son esprit. Juste pour quelques instants. Juste un peu plus longtemps.

— Un classique Disney, ça te tente ? proposa-t-il, ses doigts toujours entrelacés dans ceux de Tara. Je ne peux que te conseiller Cars !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Chloé Bell ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0