XIII. SANS RETOUR POSSIBLE
Scar ouvrit les yeux trop tard, bien trop tard, avec cette lourdeur qui ressemble à un deuxième sommeil imposé, un reste de nuit collé au corps comme une brume tenace. Le dortoir était vide. Les lits parfaitement tirés de ses amies trahissaient une absence trop nette pour ne pas être accusatrice. MIN174 et EL1Y étaient déjà parties. Elles l’avaient laissée dormir, peut-être par douceur, peut-être parce qu’elles avaient senti qu’elle traversait quelque chose qu’elles ne pouvaient pas nommer.
Scar se redressa d’un sursaut maladroit, la gorge sèche, la peau encore imbibée de ce rêve qu’elle n’arrivait jamais à saisir au réveil, comme une ombre qui s’enfuyait dès qu’elle cherchait à la retenir. L’air de la chambre lui sembla tiède, trop immobile, trop protecteur, comme si la pièce elle-même avait hésité à la tirer hors du sommeil.
Elle posa les pieds au sol et un vertige lui traversa l’échine, un engourdissement étrange, presque agréable, presque inquiétant, comme si son corps n’était pas encore revenu d’un lieu souterrain où il avait passé la nuit sans elle. La cicatrice sous sa peau vibra très faiblement, une pulsation qu’elle n’avait encore jamais perçue.
- Non, pas maintenant… murmura-t-elle, en glissant ses doigts sur son épaule pour tenter d’apaiser cette lumière silencieuse qui refluait en elle.
Elle enfila ses vêtements avec une maladresse presque enfantine, renversant une brosse, manquant de trébucher sur sa chaussure gauche, oubliant pendant quelques secondes la routine millimétrée qui rythmait d’habitude chaque matin. Sa pensée se fragmentait en éclats étranges, entre la hâte et cette sensation sourde que quelque chose dans le monde extérieur l’attendait, la guettait, comme un souffle retenu.
Lorsqu’elle sortit du dortoir, l’ascenseur l’accueillit dans un silence trop calme. Elle appuya sur le bouton, espérant qu’il réagirait avec la docilité habituelle, mais le mécanisme semblait s’être englué dans une lenteur volontaire. Le chiffre lumineux descendait étage après étage avec une paresse dérisoire, comme si le temps lui-même refusait d’obéir.
Scar soupira, la nervosité lui crispant les doigts.
- Plus vite… Je t’en prie…
Elle savait que parler à une machine n’avait aucun sens. Et pourtant, elle le faisait tous les jours avec les drones et ses professeurs, mais la simple pensée que l’Ordre pouvait voir son retard comme une anomalie lui fit battre le cœur plus vite.
Elle tapa deux fois du plat de la main contre la porte, puis renonça. Elle tourna brusquement les talons et se dirigea vers l’escalier. Chaque marche descendue faisait vibrer un peu plus sa cicatrice, comme si la gravité l’attirait vers quelque chose d’enfoui très loin sous les fondations lisses de la résidence universitaire.
Elle descendit trop vite, manquant une marche, se rattrapant de justesse contre la rampe. Elle sentit la chaleur de sa propre peau contre le métal froid, un contraste si vif qu’il lui donna l’impression de s’éveiller pour la première fois depuis plusieurs jours, comme si elle sortait d’un long rêve dont elle n’avait jamais voulu revenir.
À mesure qu’elle descendait, les couloirs devenaient plus silencieux. Cet étage inférieur, où les étudiants passaient rarement le matin, semblait désert. Scar avait souvent détesté ce silence, mais aujourd’hui il lui parut étrangement chargé, presque lourd d’attente.
Elle finit par atteindre la porte extérieure. Elle posa la main sur la poignée, respira profondément, et l’ouvrit.
L’air de Néo-Paris l’accueillit avec sa fraîcheur fraîcheur habituelle, calibrée à 17° Celsius. Il y avait dans cette matinée quelque chose de différent. Scar fit un pas sur le trottoir. Et ce fut là, exactement là, qu’elle sentit sa cicatrice vibrer pour de bon.
Une vibration longue cette fois, continue, pas douloureuse, mais étrangère, comme si quelque chose sous la ville, quelque chose d’immense, d’ancien, venait de lever la tête vers elle.
Scar porta la main à son épaule.
- Que m’arrive-t-il encore ? Ce n’est pas le moment...
La rue semblait trop calme. Aucun rire d’étudiants en retard, aucun pas pressé, aucun brouhaha de matin. Juste ce souffle, le silence presque religieux des habitants aux sourires fixes se rendant à leur travail.
Scar fit quelques pas dans la rue grouillante d’êtres sans âme, ses cheveux mal attachés glissant sur son cou, tandis que la vibration sous sa peau gagnait en intensité, comme si un minuscule cœur étranger battait sous son épaule en un rythme qui n’obéissait pas à ses propres pulsations. Elle cligna des yeux pour s’habituer à la lumière du matin, mais cette lumière-là était filtrée par une matière invisible, un voile qui donnait à chaque couleur une densité qu’elle connaissait depuis toujours.
Elle n’entendit d’abord qu’un bourdonnement lointain, presque anodin, semblable à celui qu’émettent parfois les antennes de communication quand elles se réajustent. Mais ce son-là était plus grave, plus profond, presque souterrain dans sa vibration. Elle sentit sa nuque se raidir avant même d’identifier l’origine du bruit.
Puis un reflet métallique glissa entre deux bâtiments, haut dans le ciel.
Scar se figea.
Le drone descendit lentement, comme s’il avait tout le temps du monde, comme si l’air lui-même se retirait pour lui offrir un passage. Il n’avait rien du modèle standard que les étudiants voyaient flotter paresseusement près des arrêts de transport. Celui-ci était plus anguleux, plus sombre, dépourvu des petites LED rassurantes qui ponctuaient d’habitude les surfaces lisses des machines civiles.
Elle sentit sa cicatrice vibrer plus fort. Plus qu’un avertissement. Presque une brûlure.
Le drone s’arrêta devant elle, à hauteur de visage, si près qu’elle pouvait voir son propre reflet déformé dans la surface noire et lisse de son carénage. Un second drone, identique, surgit du côté gauche. Puis un troisième. Leur présence dessinait autour d’elle une géométrie trop parfaite pour être un hasard.
Scar sentit son souffle se raccourcir. Elle voulut faire un pas en arrière mais les drones parlèrent d’une seule voix.
- Citoyenne IBGY12. Immobilité recommandée. Protocole de vérification avancée en cours. Analyse comportementale prioritaire.
La voix était polie, douce, presque chaleureuse, mais d’une chaleur qui n’avait jamais connu la peau. Scar aurait voulu croire que c’était un simple contrôle, une vérification administrative comme les autres, mais quelque chose dans leur façon de flotter, de la cerner avec une lenteur étudiée, lui disait que ce n’était pas une routine. Et puis il y avait ce qu’elle avait vécu la veille.
Ce n’était pas une demande. C’était un verdict.
La cicatrice vibra de plus belle. Une onde brûlante, brève, descendit le long de son bras, lui coupant presque la respiration. Elle posa sa main sur son épaule, comme si ce geste pouvait adoucir ce qui s’éveillait en elle.
- IBGY12. Signaux biométriques instables. Justifiez votre état.
Elle voulut parler. Aucun son ne sortit.
Elle se sentit soudain vulnérable, comme tout Néo-Paris l’observait derrière les façades closes.
Le premier drone avança d’un centimètre. Un faisceau lumineux, froid, précis, glissa sur son cou, son torse, son épaule. Quand il atteignit la cicatrice, le faisceau trembla.
Oui, il trembla réellement. Scar vit la lumière vibrer, hésiter, reculer comme un animal effrayé. Les drones recalculèrent en silence.
Puis la voix se fit plus grave.
- Anomalie sous-dermique détectée. Incohérence avec vos diagnostics antérieurs. État critique potentiel. Écartez votre bras pour un examen approfondi.
Scar serra les lèvres. Elle sentit que quelque chose en elle se refermait, se contractait, comme si son corps refusait instinctivement de se livrer.
- IBGY12. Votre coopération est obligatoire. Résistance enregistrée.
Elle respira plus vite. Chaque battement de son cœur semblait frapper contre la cicatrice. Peut-être était-ce cela que les machines percevaient, non pas un défaut, mais une résonance étrangère à leur monde.
Une angoisse sourde la traversa. Et sous ses pieds, imperceptible d’abord, quelque chose bougea.
Une vibration. Une pulsation. Un frémissement familier comme un souvenir de terre. Le drone le détecta immédiatement.
- Mouvement tectonique mineur détecté. Analyse… analyse impossible. Source non identifiée.
Scar sentit la sueur perler sur sa tempe. Elle savait. Le Sous Monde répondait. Il répondait par elle.
Les drones resserrèrent leur cercle.
La rue entière semblait retenir son souffle. La lumière du matin devint plus blanche, plus dure, comme si la ville entrait en alerte.
- IBGY12. Votre état représente un risque. Neutralisation préventive recommandée. Demande de renfort au lieu GPS de la cible !
Scar recula d’un pas. Et le sol, doucement, vibra sous elle comme un cœur ancien réveillé trop tôt.
Un souffle remonta du trottoir, léger d’abord, comme si sous la surface néo-civilisée de la ville avait reconnu quelque chose dans la respiration affolée de Scar. Elle sentit la vibration parcourir sa voûte plantaire, remonter lentement dans ses jambes, puis se loger dans son ventre comme une certitude. Ce n’était pas un tremblement. Ce n’était pas un accident. C’était une réponse. La seule réponse.
Immédiatement, sa respiration se calma, mais son cœur battait encore à un rythme qui n’était plus le sien, comme s’il s’accordait à une pulsation bien plus vaste, bien plus ancienne. Elle posa une main sur le mur à côté d’elle. Sous sa paume, la paroi vibra presque imperceptiblement.
Le drone principal avança d’un pas précis, mesuré, implacable.
- IBGY12. Instabilité biométrique croissante. Vous devez coopérer. Je répète : vous… devez… coopérer.
Scar ferma les yeux. Elle entendit, derrière la froideur métallique, quelque chose qui ressemblait à de l’impatience.
Les machines ne savent pas être impatientes. À moins qu’elles n’aient perçu un danger qu’elles ne peuvent nommer. Une nouvelle vibration secoua le sol, plus forte.
Scar vacilla légèrement.
- Mouvement anormal détecté. Tentative de recalibrage du terrain. Veuillez… veuillez…
La voix se brisa.
Le drone émit un cliquetis sec, comme un insecte pris dans une toile. Scar sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Un souvenir. Non, pas un souvenir. Une sensation. La même que lorsqu’elle avait posé la main sur les racines profondes, là-bas, dans les souterrains interdits, là où la lumière prenait la forme d’un souffle et où chaque pierre semblait vivante.
Elle rouvrit les yeux, lentement. La rue ondulait légèrement. Pas visiblement, non. Mais elle, elle le sentait, dans chaque fibre de son corps.
Ils sont là.
Ils remontent vers moi.
Ils viennent me protéger.
La cicatrice vibra plus fort encore, comme si elle tentait de s’ouvrir, de parler à travers sa peau.
Le drone principal émit un hurlement aigu.
- Risque niveau d’élévation maximum. Contrôle impossible. Neutralisation immédiate recommandée. Écartez-vous. Écartez-vous…
Scar n’avait jamais entendu une machine répéter un ordre avec autant de désarroi. Elle fit un pas en arrière, plus par instinct que par réflexion. Et ce fut à ce moment précis que le sol se fendit.
Une brèche mince, délicate, comme une coupure sur une peau trop tendue.
Les drones réagirent instantanément, reculant d’un demi-mètre, leurs LED internes clignotant dans une frénésie silencieuse.
Scar, elle, resta immobile, fascinée et terrifiée, comme si la terre lui présentait un miroir. Un souffle chaud jaillit de la fissure, accompagné d’une odeur de pierre humide et de vie ancienne. Scar sentit sa gorge se serrer. Elle connaissait ce souffle. Elle l’avait senti dans les profondeurs, comme un appui, comme un murmure qui disait son nom.
Une racine apparut. Pas une racine fine et docile, non. Une racine sombre, épaisse, parcourue de veines de lumière, un organisme vivant, presque félin dans sa manière de sortir du sol. Elle se déploya lentement, comme un bras qui testerait l’air du matin, avant de se tendre vers le drone le plus proche.
- Danger. Danger. Danger. Repli stratégique. Repli…
La machine ne termina jamais sa phrase.
La racine frappa avec une violence sèche, nette, presque élégante. Le drone fut renversé, ses propulseurs clignotant en vain, son corps métallique se tordant dans un cri électronique affolé.
Scar porta une main à sa bouche. Pas par horreur. Par reconnaissance. Par peur aussi, certes. Mais une peur qui ressemblait à un retour, à un « enfin ».
Le sol vibra encore. D’autres fissures apparurent. D’autres racines jaillirent, chacune animée d’une intention qu’elle ne comprenait pas mais qui semblait liée à elle, comme si elles écoutaient sa respiration plus qu’elles n’obéissaient à une volonté consciente.
Les drones restants tournèrent autour d’elle, paniqués, luttant contre des ennemis qu’ils n’avaient jamais été programmés pour combattre.
- IBGY12. Arrêtez. Arrêtez l’activité hostile. Cessez…cessez immédiatement…
La voix tremblait. Une machine ne tremble pas.
Scar répondit, presque malgré elle, dans un souffle :
- Ce n’est pas moi…
Mais elle savait que ce n’était pas tout à fait vrai. Le Sous Monde s’éveillait par elle, pour elle, parce qu’elle l’avait éveillé là-bas, dans les profondeurs, quand elle avait laissé sa peau toucher la lumière vivante. Une racine plus large encore sortit du sol, se dressant comme une colonne souple, puis s’abattit sur le dernier drone avec une puissance telle que le bruit métallique résonna dans toute la rue.
Et soudain, un silence presque pur se fit.
Le vent passa entre les immeubles. Les racines frémirent encore quelques secondes… Puis se retirèrent lentement dans la terre, comme si elles glissaient sous un drap. Scar resta là, immobile, le souffle court, les jambes tremblantes.
Elle pensa :
C’est moi. Ou plutôt… est-ce par moi ? Suis-je la faille ? Suis-je la porte ?
Scar resta quelques secondes sans comprendre ce que ses yeux percevaient. Son souffle se faisait encore heurté, flottant entre la panique et une fascination qui la paralysait entièrement. La rue semblait revenue à son calme initial, mais un calme qui n’avait plus rien d’innocent, un calme qui portait la trace de ce qui venait de se produire, comme un lit encore chaud après un rêve trop intense.
Les trois drones, réduits au silence, gisaient sur les pavés. Le sol, refermé sur lui-même, n’offrait plus aucune preuve de la présence des racines, si ce n’est l’impression persistante, vibrante, que quelque chose vivait là-dessous, prêt à ressurgir au moindre frémissement de son cœur.
C’est alors qu’elle leva enfin les yeux.
Au bout de la rue, dans l’ombre découpée par une façade, une silhouette immobile se détachait du décor. Au début, elle ne reconnaissait rien. Juste un corps crispé, une forme humaine hésitant entre la fuite et l’anéantissement. Puis la lumière du matin glissa sur un visage qu’elle connaissait trop bien.
- Elly !
Son amie. Peut-être la seule dans la vie réglementée de Néo-Paris. La seule qui riait toujours avec une facilité qui défiait la monotonie de ses journées, Elly qui comprenait Scar mieux que les autres sans jamais vraiment le dire. Elle avait les yeux grands ouverts, trop grands, comme deux blessures claires dans l’air.
Scar sentit son ventre se tordre. Elle voulut parler, lui crier que ce n’était pas elle, mais aucun son ne parvint à franchir ses lèvres. Elle fit un pas vers elle.
lly recula. Pas de beaucoup, pas dans un geste brutal, apeuré. Non. D’un millimètre à peine. Un recul presque pudique. Mais suffisant pour briser quelque chose.
Scar s’arrêta net. Cette distance de quelques mètres infime valait un gouffre. Elly cria alors, dans un souffle qui n’était peut-être pas destiné à être entendu :
- Scar… qu’est-ce que… qu’est-ce que tu as fait…
Scar sentit la honte, la peur, la douleur se mêler dans une confusion diffuse. Elle secoua la tête, lentement, comme si ce geste pouvait défaire la réalité elle-même et secoua la t^te vers elle.
- Ce n’est pas… je n’ai pas… pensa t’elle mais les mots se perdaient avant même d’exister.
Elly fit un pas hésitant en avant, puis s’arrêta de nouveau. Sa gorge se serrait si visiblement que Scar eut l’impression d’entendre l’air se briser lorsqu’elle tenta d’inspirer.
- Les drones… ils… Scar, ils te poursuivaient, ils te scannaient… et après… après il y a eu… la terre… Scar, la terre s’est ouverte. Je l’ai vue. Je l’ai vue bouger.
Elle entendait à peine sa voix tremblante au bout de la rue, mais ce n’était pas un tremblement de panique pure.
C’était un tremblement de personne qui se tient devant une vérité qui la dépasse entièrement.
Scar voulut répondre, expliquer ce qu’elle-même ne comprenait pas. Elle voulut parler des profondeurs, des racines, du souffle ancien qui traversait la pierre. Mais le simple souvenir de ce monde qui l’appelait fit vibrer sa cicatrice si violemment qu’elle dut retenir un gémissement. Mais comment en parler, elle ne comprendrait pas, elle aurait encore plus peur d’elle et Scar la perdrait.
Elly remarqua le geste, la main crispée sur l’épaule.
Et son visage se figea d’un mélange d’effroi et de compassion. Elle inspira profondément, comme pour rassembler dans un même souffle toutes les vérités qu’elle avait toujours voulu taire.
- Elly… si je reste ici… ils viendront pour moi. Pour toi. Pour toutes celles et ceux qui m’ont connue.
Elly secoua la tête, un geste trop rapide, presque convulsif.
Scar ferma les yeux une seconde. Une seconde seulement.
Le visage de Onze, les profondeurs vivantes, la lumière des racines, le murmure des statues… tout remonta comme un fleuve brûlant dans sa mémoire.
Quand elle rouvrit les yeux, ses pupilles semblaient plus sombres, plus anciennes.
Scar sentit une peine presque physique lui traverser la poitrine.
- Moi aussi, Elly. Moi aussi j’ai peur. Mais si je dois partir… si je continue à vivre comme si rien n’avait changé… ils ne s’arrêteront jamais. Ils viendront. Ils fouilleront. Ils puniront. Tu dois comprendre… je ne peux pas rester ici.
Elly cria une dernière fois :
- Où… où vas-tu aller ?
Scar baissa les yeux. La cicatrice pulsa. Le sol vibra. Le Sous Monde appelait.
- En bas.
Elle lui sourit, un sourire triste, un sourire qui n’appartient qu’aux êtres qui savent qu’ils ont déjà quitté un monde avant même de le dire à voix haute.
Une larme silencieuse glissa sur la joue d’Elly.
Elle ne l’essuya pas.
Scar fit un dernier pas en arrière. Elle sentit que la ville derrière elle retenait son souffle, comme si Néo-Paris comprenait aussi qu’elle la quittait pour de bon.
- Merci d’avoir été là… se murmura t’elle sans se retourner.
Elly la regarda s’éloigner.
La lumière du matin vacilla légèrement, comme comme elle le faisait chaque jour à 9h36 pour bleuter un peu plus le ciel.
Scar tourna les yeux vers le sol. Un appel. Un chemin.
Et elle comprit quelques :
- le retour en arrière n’existait plus, se dit-elle.

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