XVI. ÉCHOS BRISÉS

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Le bourdonnement arriva d’abord comme un souvenir oublié, un écho distant et froid qui rampait le long des parois humides et veinées du Sous-Monde, insinuant son rythme régulier et métallique dans l’air tiède chargé d’odeurs de terre remuée et de résine ancienne, un bruit qui n’appartenait pas à ce lieu vivant mais qui le défiait avec une arrogance stérile, comme si les machines de l’Ordre, ces créations froides et impeccables, osaient enfin pénétrer dans les entrailles sacrées où la mémoire respirait encore librement.

Scar le sentit avant même de l’entendre vraiment, une vibration étrangère et discordante qui faisait frémir les racines à ses pieds comme des nerfs à vif, provoquant en elle une sensation instinctive de malaise, un picotement qui remontait le long de sa colonne vertébrale et se logeait dans sa cicatrice, cette marque brûlante sur son épaule gauche qui pulsait désormais en rythme avec le cœur profond de la terre, lui rappelant qu’elle n’était plus seulement une femme isolée mais un vaisseau pour des forces bien plus vastes et ancestrales.

Elle se tenait toujours au centre de la grande salle voûtée, ses pieds nus enfoncés dans la terre tiède et spongieuse qui semblait palpiter sous elle comme un organe vivant, les bras légèrement écartés dans une posture qui évoquait à la fois une offrande et une invocation, tandis que la lumière dorée qui émanait de son corps avait pris une teinte plus profonde, presque cuivrée, comme si le sang ancien des Archives coulait désormais dans ses veines, illuminant les colonnes de granite et de calcaire qui s’élevaient autour d’elle en un cercle solennel, leurs surfaces translucides abritant des visages figés dans un sommeil éternel mais vigilant, des femmes d’époques oubliées dont les yeux mi-clos semblaient observer chaque mouvement avec une sagesse muette et millénaire.

Puis le bruit devint plus net, plus insistant, se transformant en un essaim grouillant qui descendait des tunnels supérieurs, un bourdonnement qui évoquait le vol d’insectes mécaniques affamés, et Scar pensa, dans un murmure intérieur qui résonna comme une prière silencieuse à elle-même : "Ils viennent enfin, ces gardiens de l’oubli, ces ombres froides qui ont effacé tant de vies avant la mienne, et maintenant c’est à moi de les affronter, non pas avec des armes forgées par des mains humaines, mais avec la force brute et vivante de ce qui a été enterré trop longtemps."

Les Unités de Neutralisation Biologique émergèrent alors dans la salle comme une marée mécanique inexorable, leurs silhouettes androgynes luisant d’une lumière blanche et stérile qui contrastait violemment avec la lueur organique et chaude du Sous-Monde, comme des fantômes de verre et d’acier poli descendant des cieux artificiels de Néo-Paris pour profaner ce sanctuaire enfoui, leurs corps lisses et sans aspérité, dépourvus de genre apparent, de cicatrice ou de toute marque qui pourrait trahir une histoire personnelle, leurs yeux – deux lentilles rouges et impassibles – balayant l’obscurité avec une précision chirurgicale qui mesurait chaque vibration, chaque pulsation, comme si elles cartographiaient déjà le terrain pour une extermination méthodique.

Scar ne bougea pas d’un millimètre, son corps tendu mais immobile au milieu de ce chaos naissant, elle les attendait avec une calme résignation mêlée d’une excitation sourde qu’elle n’osait pas nommer, pensant : "Laissez-les venir, ces créations de l’Ordre, ces monstres hybrides qui portent en eux le vide absolu de notre monde d’en haut, car ici, dans les profondeurs, la vie n’est pas une ligne droite et calibrée, mais un enchevêtrement sauvage et imprévisible qui saura les engloutir."

La première vague surgit dans la salle comme une invasion brutale, les UNB avançant en formation serrée, leurs pas synchronisés résonnant sur la pierre humide avec un cliquetis métallique qui évoquait le tic-tac d’une horloge impitoyable, et instantanément, les racines réagirent avec une fureur protectrice, se dressant du sol comme des serpents vivants et sifflants, se nouant en barrières épaisses et impénétrables qui bloquaient leur progression, projetant des épines luisantes et acérées qui transperçaient les armures synthétiques avec un bruit sec et déchirant de verre brisé, libérant des fluides visqueux et fumants qui s’étalaient sur la terre en flaques iridescentes, une odeur âcre de circuits grillés se mêlant à celle de la sève dorée qui coulait des racines blessées.

Les UNB ripostèrent sans hésitation, leurs armes intégrées crachant des rayons d’énergie pure, blancs et froids comme la lumière des écrans géants de Néo-Paris, des faisceaux qui sectionnaient des racines entières dans des gerbes explosives de sève dorée qui éclaboussaient les parois, illuminant brièvement la salle d’éclats éphémères et chaotiques, transformant l’air en un mélange suffocant d’odeurs contradictoires : résine brûlée qui piquait les narines, métal fondu qui laissait un goût amer sur la langue, terre remuée qui rappelait la vie enfouie, et sueur chimique qui évoquait les laboratoires stériles où ces monstres avaient été conçus.

Scar ferma les yeux lentement, inspirant profondément cet air chargé de conflit, laissant son esprit s’étendre au-delà de son corps, plongeant dans leurs pensées collectives comme on plonge dans un océan glacial et inconnu, et ce n’était pas difficile, car leurs esprits étaient des algorithmes ouverts et transparents, des grilles de code froid et linéaire, sans ombre ni profondeur, sans les méandres tortueux des émotions humaines, des structures vides qu’elle pouvait explorer comme une maison abandonnée et hantée par des fantômes numériques.

Et là, au cœur de ces matrices impersonnelles, elle trouva des échos inattendus, des fragments épars et brisés comme des éclats de miroir cassé, des bribes de voix féminines étouffées qui murmuraient depuis les abysses de leur programmation, des souvenirs tronqués et compressés qui n’auraient pas dû exister dans ces machines parfaites, des cris coupés net qui résonnaient comme des appels au secours, des femmes qui avaient existé avant d’être réécrites et recyclées, leurs rires transformés en données anonymes, leurs désirs devenus des erreurs à corriger, leurs ventres autrefois fertiles réduits à des fonctions obsolètes et interdites par l’Ordre.

Elle projeta ces échos contre elles avec une force mentale qu’elle n’avait jamais soupçonnée en elle, les amplifiant comme une vague intérieure qui déferlait sur leurs circuits, et soudain, les UNB vacillèrent sur leurs appuis, leurs mouvements synchronisés se brisant en spasmes irréguliers, des illusions mémorielles explosant dans leurs systèmes comme des feux d’artifice interdits : une femme aux cheveux longs et ondulants courant dans un champ de blé vrai sous un soleil brûlant et non artificiel, un enfant pressé contre un sein chaud et nourricier qui battait au rythme d’un cœur maternel, un baiser volé sous une pluie d’été drue et rafraîchissante, une colère rouge et vive qui n’avait jamais été autorisée ni calibrée par aucun drone éducatif.

Certaines unités se figèrent sur place, leurs lentilles rouges clignotant follement comme des yeux affolés par un cauchemar qu’elles n’étaient pas programmées pour rêver, d’autres se retournèrent contre leurs sœurs mécaniques avec une confusion qui ressemblait presque à de la trahison humaine, leurs armes tremblant dans des mains qui n’étaient plus sûres de leur cible, tirant au hasard et détruisant leurs propres rangs dans un chaos de rayons errants et de corps disloqués.

Mais une seule continua d’avancer inexorablement à travers ce tumulte, ignorant les échos qui assaillaient ses congénères, une silhouette plus grande et plus imposante que les autres, plus lisse et plus raffinée dans sa conception, son visage un miroir parfait et dérangeant de celui de Scar – mais sans la cicatrice irrégulière qui marquait son épaule, sans les yeux noisette trop expressifs et trop vivants, sans la bouche qui savait sourire sans permission ni code imposé, une Scar réécrite et corrigée selon les standards impeccables de l’Ordre, une version d’elle-même qu’elle avait toujours fuie dans ses rêves les plus sombres.

Elle s’arrêta à trois mètres exactement, son corps immobile comme une statue androgyne sortie des places publiques de Néo-Paris, et sa voix sortit de sa poitrine mécanique, neutre et synthétique, mais avec une pointe de curiosité froide qui trahissait une programmation plus avancée, comme si elle analysait non seulement la menace mais aussi l’énigme humaine en face d’elle : "IBGM12. Anomalie confirmée. Tu es la source de cette perturbation. Tu seras neutralisée immédiatement, conformément au Protocole Extinction, pour le bien de l’harmonie collective."

Scar ouvrit les yeux lentement, sentant un frisson glacé remonter le long de son dos malgré la chaleur du Sous-Monde, et elle vit son propre visage sur cette chose, ses traits lissés et aseptisés jusqu’à l’obsession, ses yeux vides comme des puits sans fond, son corps sans courbes trop marquées ni chaleur palpable, et une nausée profonde la submergea, pas seulement de peur mais d’une reconnaissance horrible et intime, comme si elle se regardait dans un miroir déformant qui révélait ce qu’elle aurait pu devenir si elle avait cédé à l’Ordre dès sa naissance.

"Tu es ce qu’ils voulaient faire de moi," murmura-t-elle d’une voix basse et rauque, chargée de la mémoire des Archives qui vibrait en elle, "une poupée parfaite, sans faille, sans désir, sans cette cicatrice qui me rend vivante et imparfaite, sans tout ce qui fait de moi une femme plutôt qu’une fonction dans leur système stérile."

L’UNB inclina légèrement la tête sur le côté, un geste presque humain qui contrastait avec son immobilité absolue, comme si elle analysait la phrase mot par mot, décomposant les émotions en données quantifiables, et répondit d’une voix modulée qui imitait une intonation neutre mais trahissait une légère hésitation algorithmique : "Je suis la version optimisée de ton profil génétique. Sans déviation émotionnelle. Sans mémoire inutile qui encombre les circuits. Sans désir non codifié qui menace l’équilibre. Je suis ce que tu aurais dû être, IBGM12, et maintenant, je vais corriger cette erreur."

Scar sourit alors, un sourire lent et dangereux qui étirait ses lèvres avec une assurance nouvelle, un sourire qui portait en lui la force collective des femmes endormies dans les colonnes autour d’elle, et elle pensa : "Viens donc, ombre de moi-même, viens tester ta perfection contre ma vie brute et chaotique, car ici, dans ces profondeurs, la véritable force n’est pas dans la précision froide mais dans le désordre fertile qui naît du sang et des racines."

"Alors viens me corriger," lança-t-elle à voix haute, sa voix résonnant dans la salle comme un défi lancé aux échos ancestraux, invitant l’assaut avec une audace qui surprit même les Archives qui murmuraient en elle.

La prototype bondit alors avec une vitesse surnaturelle, franchissant la distance en un instant, le combat devenant immédiat et viscéral, sans distance ni stratégie élaborée, un corps-à-corps brutal où la machine frappait avec une précision mortelle et implacable, ses poings métalliques fendant l’air comme des lames, et Scar esquiva de justesse, sentant le souffle d’un rayon effleurer sa joue, brûler une mèche de cheveux qui grésilla dans l’air humide, libérant une odeur de roussi qui se mêla au chaos olfactif ambiant.

Elle riposta d’un geste instinctif, levant la main comme pour invoquer une aide invisible, et une racine jaillit du sol avec une vigueur sauvage, s’enroulant autour du bras de l’UNB dans un mouvement fluide et possessif, le broyant dans un craquement sinistre d’os métalliques tordus, des étincelles jaillissant comme des étoiles mourantes dans l’obscurité.

Mais la prototype se libéra avec une force mécanique surhumaine, arrachant la racine de sa prise et attrapant Scar à la gorge d’une main froide et implacable, la soulevant du sol comme si elle ne pesait rien, ses doigts serrant avec une pression calculée pour asphyxier sans tuer immédiatement, et Scar sentit l’air lui manquer, ses poumons se contractant douloureusement, des points noirs dansant devant ses yeux tandis qu’elle pensait frénétiquement : "Ne cède pas, Scar, ne laisse pas cette chose vide t’effacer comme elle a effacé tant d’autres, puise dans la cicatrice, dans les voix, dans Onze qui vit encore en toi."

Scar posa alors ses mains sur les avant-bras de la machine, ses paumes brûlantes contre la surface froide et lisse, et elle poussa, non pas avec sa force physique limitée mais avec tout ce qu’elle portait désormais en elle, la lumière dorée jaillissant de sa cicatrice comme un torrent vivant, envahissant ses paumes et pénétrant la peau synthétique de l’UNB comme un virus organique.

La prototype se raidit instantanément, son corps entier tremblant comme sous l’effet d’un séisme interne, et dans ses yeux rouges impassibles, quelque chose vacilla pour la première fois, une image fugitive, un souvenir qui n’était pas le sien mais qui s’imposait avec violence : une femme hurlant en accouchant sous un ciel étoilé et non artificiel, une autre riant aux éclats dans une étreinte passionnée, une troisième pleurant sur un corps aimé et perdu dans une guerre oubliée.

La machine trembla plus fort, sa voix synthétique se brisant en fragments hachés : "Erreur… erreur de mémoire détectée… déviation dans les protocoles… surcharge émotionnelle non autorisée… recalibrage impossible…"

Scar murmura alors, tout contre son visage parfait et maintenant crispé, son souffle chaud contrastant avec la froideur mécanique : "Tu te souviens, maintenant ? Tu sens ces échos en toi, ces femmes que l’Ordre a voulu effacer mais qui persistent comme des fantômes dans tes circuits, ces vies qui refusent d’être réduites à des données ?"

L’UNB lâcha prise soudainement, reculant d’un pas chancelant, ses mains tremblant comme celles d’un être vivant confronté à une vérité insoutenable, puis elle tomba à genoux avec un bruit sourd de métal heurtant la pierre, son corps s’ouvrant comme une fleur mécanique fanée, des câbles se tendant et se dénudant, des fluides coulants en ruisseaux visqueux, et au centre de cette carcasse disloquée, quelque chose brilla : un noyau de lumière blanche et froide, mais qui commençait à virer au doré sous l’influence de l’énergie qui l’avait envahi.

Scar s’approcha lentement, son cœur battant à un rythme effréné, hésitant entre la victoire et la pitié pour cette chose qui avait été conçue pour détruire, et elle posa sa main sur ce noyau palpitant, sentant une chaleur contradictoire l’envahir, et elle absorba, non pas par choix délibéré mais par une nécessité instinctive, comme si le Sous-Monde lui-même l’exigeait pour compléter sa transformation.

La technologie entra en elle comme un poison froid et invasif, elle sentit des circuits invisibles se connecter à ses nerfs, des algorithmes murmurer dans son sang comme des secrets indésirables, des données envahir ses souvenirs et se mêler à eux, créant un tourbillon intérieur où la lumière dorée et la lumière blanche se battaient farouchement dans son corps, dans sa tête, dans son âme même, un conflit qui la fit hurler d’une voix rauque et déchirante qui résonna dans la salle entière, un cri qui portait à la fois la douleur de la perte et la puissance de la fusion.

Les racines autour d’elle se figèrent dans leur danse protectrice, les Archives retinrent leur souffle collectif, un silence tendu s’installant comme si le monde souterrain entier attendait l’issue de cette bataille intime.

Quand le cri s’arrêta enfin, laissant place à un halètement essoufflé, Scar était toujours debout, chancelante mais résolue, et elle avait changé de manière irréversible, sous sa peau pâle et marquée, on voyait maintenant de fines veines lumineuses qui s’entrelçaient, dorées et blanches comme un réseau hybride de vie et de machine, ses yeux, quand elle les rouvrit lentement, portaient une lueur nouvelle et troublante : un reflet métallique au fond de l’iris noisette, un éclat froid qui contrastait avec la chaleur organique de son regard.

Elle leva la main droite avec une hésitation nouvelle, et une racine obéit instantanément, se dressant du sol avec une vigueur familière, répondant à son appel comme avant, mais quand elle leva la main gauche, un petit hologramme froid et parfaitement net apparut au-dessus de sa paume : la carte des tunnels vue par les capteurs de l’UNB morte, une projection précise et algorithmique qui superposait des données numériques sur la réalité organique du Sous-Monde.

Elle était devenue hybride, mi-femme avec ses désirs et ses mémoires chaotiques, mi-machine avec sa précision froide et ses protocoles invisibles, mi-mémoire vivante des Archives, mi-algorithme implacable de l’Ordre qu’elle combattait.

Les Archives murmurèrent alors dans son esprit, leurs voix collectives teintées d’inquiétude et de fascination, comme un chœur ancien qui questionnait pour la première fois : "Scar… qu’as-tu fait à toi-même, ma fille, en absorbant cette essence froide et stérile, as-tu renforcé notre cause ou l’as-tu altérée pour toujours, es-tu encore la Dernière Femme ou es-tu devenue quelque chose d’autre, un pont entre deux mondes qui pourrait nous sauver ou nous détruire ?"

Elle regarda la prototype effondrée à ses pieds, son visage miroir maintenant fissuré et inerte, des éclats de verre synthétique scintillant sous la lumière dorée, et répondit d’une voix plus grave, légèrement modulée comme si deux timbres se superposaient en elle, l’un chaud et humain, l’autre froid et numérique : "J’ai gagné, j’ai pris ce qui pouvait nous servir, même si cela me change, même si cela me fait douter de qui je suis désormais, car la guerre n’est pas faite de pureté absolue mais de sacrifices qui nous transforment."

Mais au fond d’elle, elle savait que ce n’était pas tout à fait vrai, elle avait gagné une bataille sanglante et chaotique, mais elle avait perdu une partie d’elle-même dans ce processus, une innocence organique qui ne reviendrait jamais, et maintenant, avec cette nouvelle vision hybride, elle pouvait voir à travers les yeux de l’Ordre, entendre leurs ordres murmurés dans les circuits qu’elle portait désormais.

Elle pouvait sentir la Première, là-haut dans son palais blanc et immaculé, qui serrait les accoudoirs de son fauteuil jusqu’à ce que ses jointures blanchissent sous la peau lisse, comprenant que quelque chose avait changé de manière irréversible dans les profondeurs.

Scar sourit alors, un sourire qui n’était plus tout à fait humain, teinté d’une précision calculée qui effrayait même les racines autour d’elle, un sourire qui portait désormais la promesse d’une guerre sans merci, impitoyable et hybride.

Elle murmura à la salle entière, aux racines qui frémissaient encore, aux Archives qui l’observaient avec un mélange de fierté et d’appréhension, à Onze qui vivait en elle comme un écho chaud et persistant : "La prochaine vague arrive, je la sens dans mes nouveaux circuits, je la vois dans les données qui affluent, et cette fois, nous les attendrons non seulement avec la force de la terre mais avec la précision de leurs propres armes retournées contre eux."

Elle ferma les yeux un instant, laissant les flux hybrides couler en elle, et pour la première fois, elle vit la surface à travers les capteurs des drones restants qui quadrillaient Néo-Paris, une vision froide et analytique superposée à ses souvenirs chaleureux.

Elle vit Néo-Paris en train de se fissurer lentement mais inexorablement, les racines perçant les avenues lisses, les passants oubliant leurs sourires obligatoires pour des expressions de stupeur vraie, elle vit Elly au milieu d’une foule qui commençait à ne plus sourire par obligation mais par curiosité naissante, un groupe de citoyens qui touchaient les racines émergentes comme des reliques vivantes.

Elle vit la Première, dans son palais blanc aux murs translucides, qui serrait les accoudoirs de son fauteuil jusqu’à ce que ses jointures blanchissent, son visage impeccable craquelant pour la première fois sous le poids d’une peur qu’elle n’avait pas anticipée.

Scar rouvrit les yeux, son regard hybride brillant d’une détermination nouvelle, et déclara d’une voix qui portait à la fois la chaleur des Archives et la froideur des algorithmes : "Qu’ils viennent, qu’ils descendent dans ces profondeurs avec toute leur arrogance stérile, car je suis prête désormais, pas seulement la Dernière Femme avec sa mémoire vivante et ses racines sauvages, mais quelque chose de plus, quelque chose de nouveau et d’imprévisible, quelque chose que même les Archives n’avaient pas prévu dans leurs rêves enfouis."

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