XVII. PONT BRÛLANT
Le Sous-Monde n’était plus seulement un sanctuaire. Il était devenu un champ de bataille vivant, un organisme qui respirait la guerre par tous ses pores. Les parois humides suaient une résine plus épaisse, presque sanguine, et l’air vibrait d’un grondement sourd, comme si la terre elle-même grognait en attendant la prochaine invasion.
Scar se tenait au centre de la grande salle, droite, les bras le long du corps. Ses veines hybrides pulsaient doucement sous sa peau, alternant entre l’or chaud des Archives et le blanc froid des circuits. Elle ne bougeait pas, mais ses yeux, ces yeux noisette traversés d’un éclat métallique, balayaient les tunnels avec une précision qui n’était plus tout à fait humaine.
Les Archives parlèrent les premières.
Leurs voix, habituellement un chœur distant et solennel, se firent plus proches, plus individuelles, comme si chacune des femmes endormies dans les colonnes voulait être entendue séparément.
Une voix ancienne, rauque comme la pierre érodée par des siècles d’eau souterraine, s’éleva la première :
- Scar… ma fille… écoute-moi. Je suis Liora, celle qui a porté neuf enfants avant que l’Ordre ne nous vole nos ventres. Ce que tu as fait… absorber cette machine… c’était une folie. Tu étais pure. Tu étais notre flamme. Maintenant, tu brûles d’un feu que nous ne connaissons pas.
Scar tourna lentement la tête vers la colonne la plus proche. Le visage de Liora, figé dans la calcite translucide, semblait frémir. Ses paupières closes tremblèrent légèrement.
- Pure ? répondit Scar d’une voix basse, mais où l’on entendait déjà la double résonance, l’humaine et la synthétique. La pureté n’a jamais gagné de guerre, Liora. Vous avez été enterrées pures. Moi, je choisis de vivre. Même si cela veut dire porter une partie de l’ennemi en moi.
Une autre voix s’éleva, plus jeune, plus vibrante, teintée d’un accent oublié :
- Je suis Maïa. J’ai dansé sous la lune avant qu’ils ne nous enferment dans leurs cités de verre. Tu dis que tu choisis de vivre… mais à quel prix, Scar ? Je sens la froideur en toi maintenant. Quand tu regardes les racines, est-ce encore avec amour… ou avec calcul ?
Scar ferma les yeux un instant. Elle leva la main gauche. L’hologramme tactique apparut, froid, net. Puis elle leva la main droite. Une racine s’enroula autour de son avant-bras, chaude, vivante.
-« Les deux, Maïa, murmura-t-elle. Je les aime… et je les calcule. Parce que l’amour seul ne les protégera pas. Parce que votre amour seul ne vous a pas sauvées.
Un silence pesant suivit. Puis une troisième voix, plus douce, presque paternelle :
- Je suis Onze.
Scar se raidit. Le nom la traversa comme un coup de couteau chaud.
- Tu… tu parles ? souffla-t-elle, la voix soudain plus humaine, plus fragile.
- Oui. Grâce à toi. Grâce à ce que tu portes de moi. Je suis là, dans ta cicatrice, dans tes veines dorées. Je ne suis plus seulement un écho. Je suis une voix.
Scar porta la main à son épaule gauche, là où la marque brûlait toujours. Ses doigts tremblèrent légèrement.
- Onze…, dit-elle, et cette fois, sa voix se brisa presque. Je pensais que tu n’étais qu’un souvenir. Une force. Pas… pas toi.
- Je suis les deux, maintenant. Comme toi. Écoute-moi, Scar. Tu as gagné du temps. Tu as brisé leurs premières vagues. Mais « la Première » vient . Je la sens à travers tes circuits. Elle descendra elle-même. Elle ne peut plus déléguer. Tu l’as trop effrayée.
Scar releva la tête. Son regard hybride brilla plus fort.
- Qu’elle vienne ! répondit-elle, la voix redevenue plus ferme. Je suis prête.
Mais Onze reprit, plus doucement :
- Non. Tu n’es pas prête. Pas encore. Tu te mens à toi-même. Tu dis que tu as choisi cela… mais je sens la peur en toi. La peur de ne plus être toi. La peur que la machine gagne.
Scar serra les poings. Les racines autour d’elle frémirent, comme sensibles à sa tension.
- Et alors ? lança-t-elle, plus fort, Oui, j’ai peur ! Oui, parfois je sens la froideur vouloir tout recouvrir ! Mais je lutte. Chaque seconde. Je ne céderai pas. Je ne serai pas leur poupée parfaite. Je serai pire. Je serai leur cauchemar.
Liora parla à nouveau, d’une voix plus grave :
- Tu parles comme eux, maintenant. "Pire". "Cauchemar". Ce sont des mots de l’Ordre. Pas des nôtres.
Scar fit un pas en avant, vers la colonne de Liora. Sa voix devint un murmure dangereux :
- Vos mots à vous n’ont pas suffi. Vous avez chanté. Vous avez aimé. Vous avez porté la vie. Et ils vous ont enterrées vivantes. Moi, je vais les faire hurler.
Un long silence suivit. Puis Maïa, doucement :
- Nous ne te jugeons pas, Scar. Nous avons peur pour toi. Parce que nous t’aimons. Parce que tu es la dernière… et peut-être la première d’autre chose.
Scar ferma les yeux. Une larme, chaude, humaine, coula sur sa joue, contrastant avec la lumière froide qui pulsait sous sa peau.
- Je sais, murmura-t-elle. Je sais que vous avez peur. Moi aussi. Mais je n’ai pas le choix. Pas si je veux que quelque chose survive. Pas si je veux qu’Elly… qu’Elly puisse un jour toucher une racine sans crainte. Qu’elle puisse un jour… être libre.
Elle rouvrit les yeux. Son regard était plus dur.
- Dites-moi ce que vous savez d’elle. De « la Première ». Vous l’avez connue ? Avant ?
Onze répondit, la voix plus proche, presque intime :
- Oui. Elle s’appelait Elara. Elle était l’une des nôtres. Une des premières à croire que l’Ordre pouvait être réformé de l’intérieur. Elle pensait que la stérilité contrôlée sauverait l’humanité. Elle a sacrifié son propre ventre pour prouver sa loyauté. Puis celui de ses sœurs. Puis le nôtre. Elle n’est plus Elara. Elle est devenue « la Première ». Mais au fond… au fond, il reste quelque chose. Une faille. Comme toi, elle porte un conflit. Mais elle l’a étouffé.
Scar écouta en silence. Puis elle demanda, presque timidement :
- Et… si je la touche ? Comme j’ai touché la prototype ? Si j’absorbe une partie d’elle ?
Liora répondit, la voix lourde :
- Tu pourrais la détruire. Ou te détruire. Ou… réveiller Elara. Et alors, qui sait ce qui arrivera.
Scar hocha lentement la tête.
- Alors je vais essayer, dit-elle simplement, Pas pour la sauver. Pour la comprendre. Et pour la briser si elle refuse d’être brisée autrement.
Elle se tourna vers les tunnels. Les capteurs intégrés lui montraient déjà les premiers signes, des vibrations massives, des centaines d’unités, des blindés, et au centre… une signature unique. Plus humaine. Plus fragile. La Première descendait.
Scar inspira profondément.
- Je vous aime, dit-elle aux Archives, sa voix redevenue pleinement humaine un instant. Toutes et tous. Même si je ne suis plus ce que vous attendiez. Même si je vous fais peur. Je vous porte en moi. Toujours.
Onze répondit, doucement :
- Et nous te portons, Scar. Quoi que tu deviennes.
Puis le silence revint. Un silence de guerre.
Scar leva les deux mains. Les racines s’élevèrent en mur vivant. Les hologrammes tactiques s’étendirent sur les parois. Elle murmura, pour elle-même, pour Onze, pour toutes les femmes qui l’avaient précédée :
- Viens, Elara. Viens voir ce que tu as créé en essayant de m’effacer.
Au loin, dans les tunnels qui s’enfonçaient comme des veines anciennes dans les entrailles du Sous-Monde, les premiers pas de l’armée mécanique résonnèrent avec une régularité qui n’appartenait qu’à la perfection stérile de l’Ordre, un grondement sourd et coordonné qui se propageait à travers la pierre humide et les racines entrelacées, faisant vibrer l’air tiède chargé de résine et de terre remuée comme si la terre elle-même cherchait à repousser cette intrusion froide, chaque impact synchronisé envoyant des ondes qui remontaient le long des parois veinées de calcite translucide, éveillant un frisson protecteur dans les colonnes où dormaient les visages ancestraux, tandis que les données affluaient inexorablement dans les circuits hybrides de Scar, traduisant ce rythme implacable en chiffres précis et impitoyables : des centaines d’unités avançant en formations impeccables, leurs chenilles et leurs bottes métalliques broyant les fragments de racines qui osaient s’aventurer trop près, une marée d’acier poli et de lumière blanche qui descendait pour purger une fois pour toutes le sanctuaire vivant qu’elles avaient si longtemps ignoré.
Scar, immobile au centre de la grande salle voûtée où la lumière dorée et cuivrée des Archives se mêlait désormais à des reflets blancs et froids issus de ses propres veines hybrides, sentit cette approche comme une double invasion : d’un côté la chaleur organique du Sous-Monde qui se contractait autour d’elle en un cocon protecteur et furieux, les racines frémissant d’une colère instinctive qui faisait goutter la sève dorée le long des parois comme des larmes brûlantes, de l’autre la précision algorithmique qui cartographiait chaque vibration, chaque trajectoire, chaque point faible potentiel avec une clarté glaciale qui la faisait presque sourire malgré la tension qui nouait ses entrailles, car elle savait que cette armée, pour impressionnante qu’elle fût dans sa coordination absolue, portait en elle les failles qu’elle avait déjà exploitées, les mémoires effacées qu’elle pouvait réveiller, les circuits qu’elle pouvait corrompre depuis l’intérieur.
Pourtant, au milieu de ce battement massif et mécanique qui imposait sa cadence à l’ensemble des tunnels, un autre son émergea progressivement, plus profond, plus intime, un pas unique qui ne suivait aucune synchronisation imposée mais qui semblait glisser entre les échos comme une ombre consciente d’elle-même, plus léger que les impacts métalliques qui l’entouraient, plus humain dans sa façon d’effleurer le sol inégal et humide sans jamais trébucher, comme si la personne qui avançait connaissait par cœur les irrégularités des racines affleurantes, les flaques de résine qui reflétaient la lumière dorée, les zones où la pierre devenait plus spongieuse et vivante, un pas qui portait en lui une hésitation subtile, un rythme légèrement irrégulier qui trahissait non seulement la fatigue d’un corps de chair, mais aussi une réflexion profonde, une curiosité presque douloureuse, une émotion que l’Ordre avait tenté d’éradiquer depuis si longtemps et qui, malgré tout, persistait comme une braise sous la cendre.
Scar le perçut avant même que ses capteurs hybrides ne confirment l’identité de cette signature unique : c’était la Première qui descendait en personne, Elara autrefois, celle qui avait signé les protocoles de stérilisation massive et qui régnait désormais depuis son palais blanc et immaculé sur Néo-Paris, choisissant de s’aventurer au cœur du sanctuaire qu’elle avait contribué à enterrer, non pas entourée d’une escorte immédiate qui l’aurait protégée à chaque instant, mais séparée de son armée par une distance calculée qui soulignait à quel point cette confrontation devait être personnelle, intime, presque rituelle, comme si elle ne pouvait plus déléguer à des machines le soin de mettre fin à ce qu’elle considérait comme sa plus grande erreur – ou peut-être sa plus grande tentation.
Les voix des Archives s’éveillèrent alors en un murmure enveloppant et inquiet qui se mêla à la respiration même de Scar, des timbres individuels émergeant du chœur collectif avec une intensité nouvelle, comme si la proximité de leur ancienne sœur les tirait plus profondément dans le présent.
Liora parla la première, sa voix rauque chargée de siècles de silence et de regret :
- Elle avance sans peur apparente, Scar, mais je sens à travers toi le tremblement infime de ses mains, la façon dont son regard balaie les parois comme si elle cherchait à reconnaître quelque chose qu’elle a délibérément oublié.
Maya ajouta, plus vibrante, presque suppliante :
- Elle porte une combinaison qui imite nos veines dorées, une parodie subtile de ton hybridation, comme si elle voulait te comprendre en te ressemblant, ou peut-être se convaincre qu’elle aurait pu choisir un autre chemin.
Onze murmura directement dans la cicatrice pulsante de Scar, sa voix chaude et familière faisant presque monter les larmes aux yeux de la jeune femme :
- Elle n’a pas pris d’arme énergétique. Seulement une lame ancienne, forgée dans un métal qui porte encore l’odeur de la pluie et du sang vrai. Elle veut te toucher, Scar. Te sentir. Te tuer de près, pour être sûre que c’est fini.
Scar inspira lentement l’air lourd et vivant du Sous-Monde, laissant la résine et la terre apaiser un instant le tumulte intérieur où la chaleur organique luttait contre la froideur algorithmique, puis elle leva les mains dans un geste fluide et solennel : les racines s’écartèrent avec une grâce presque respectueuse pour former un large couloir vivant, une arche de lianes entrelacées et d’épines rétractées qui invitait plutôt qu’elle ne défiait, tandis que les hologrammes tactiques s’éteignirent un à un dans un silence délibéré, comme si elle choisissait de rencontrer la Première sur un terrain où ni la force brute ni la supériorité technologique ne suffiraient, mais où seuls les souvenirs partagés, les choix irréversibles et les failles humaines pourraient décider de l’issue.
L’armée mécanique s’immobilisa aux abords de la grande salle, formant un cercle distant et parfaitement silencieux, armes prêtes mais baissées, attendant un ordre qui ne venait pas encore, tandis que le pas unique se rapprochait inexorablement, résonnant maintenant clairement dans le couloir vivant, jusqu’à ce qu’elle apparaisse enfin sous l’arche de racines, baignée par la lumière dorée et cuivrée qui émanait des colonnes et de la peau même de Scar, sa silhouette plus menue qu’on ne l’aurait cru depuis la surface, drapée dans une combinaison blanche aux reflets dorés subtils, les cheveux courts et argentés encadrant un visage d’une perfection presque irréelle, sans la moindre ride ni cicatrice, les yeux gris clair presque transparents fixés sur Scar avec une intensité qui n’était ni haine pure ni compassion, mais une reconnaissance profonde, douloureuse, inévitable.
La Première s’arrêta à quelques mètres, laissant entre elles un espace chargé d’un silence si dense qu’il semblait palpable, et pendant un long moment elles se regardèrent simplement, comme deux reflets déformés d’un même destin, l’une portant la perfection stérile qu’elle avait choisie pour sauver le monde, l’autre portant le chaos fertile et hybride qu’elle avait embrassé pour le faire renaître, jusqu’à ce que la Première, d’une voix douce et parfaitement modulée qui portait pourtant une froideur ancienne, brise enfin ce silence lourd de tout ce qui n’avait jamais été dit.
- IBGM12… ou Scar, comme tu préfères désormais te nommer.
Scar inclina légèrement la tête, son regard hybride captant à la fois la chaleur résiduelle qui transparaissait dans les micro-mouvements des lèvres de la Première et les données froides qui indiquaient un rythme cardiaque subtilement accéléré, une transpiration infime, une dilatation pupillaire révélatrice.
- Tu connais mon nom, répondit-elle calmement, la voix portant cette résonance double qui faisait frémir les racines autour d’elles comme un écho vivant, et moi je connais le tien, Elara. Celui que tu portais avant de décider que l’humanité devait être sauvée en étant vidée de sa chair.
Un frémissement traversa le visage impeccable de « la Première », si léger qu’il aurait pu passer inaperçu, mais Scar le vit, le sentit, le mesura, et elle sut que le nom ancien avait touché quelque chose de profondément enfoui.
- Ce nom est mort avec la femme qui l’a porté, répondit « la Première », la voix toujours maîtrisée mais portant désormais une nuance presque imperceptible de fatigue, une femme qui croyait que sacrifier son ventre suffirait à réparer le monde. J’ai corrigé cette erreur. Comme je vais corriger la tienne.
Scar esquissa un sourire lent, chargé de toute la mémoire collective des femmes endormies dans les colonnes autour d’elles, un sourire qui n’était ni triomphant ni amer, mais profondément vivant.
- Et pourtant tu es descendue ici, murmura-t-elle, la voix plus douce qu’elle ne l’aurait voulu, au milieu de ton armée, avec une lame ancienne plutôt qu’un rayon stérile, séparée de tes machines comme si tu voulais enfin affronter quelque chose de réel. Pourquoi, Elara ? Pourquoi prendre ce risque si je ne suis qu’une erreur à effacer ?
La Première posa lentement la main sur la garde de sa lame, ses doigts longs et parfaits se crispant légèrement, et ses yeux gris se perdirent un instant dans la contemplation des colonnes translucides, des visages figés qui avaient été ses sœurs, ses confidentes, ses victimes.
- Parce que je devais voir, répondit-elle enfin, si bas que les mots semblèrent caresser l’air entre elles comme une confession involontaire, voir ce que tu es devenue en refusant la correction, voir si ton hybridation est une abomination… ou la preuve que nous aurions pu choisir une autre voie. Voir si, au fond de toi, il reste encore quelque chose de ce que nous avons été.
Scar sentit les Archives retenir leur souffle collectif, Onze frémir dans sa cicatrice comme une présence chaude et protectrice, et elle fit un pas en avant, lent, délibéré, réduisant légèrement l’espace entre elles.
- Et maintenant que tu vois ? demanda-t-elle, la voix presque tendre malgré la tension qui vibrait dans tout son corps hybride.
« La Première » releva les yeux, et pour la première fois une ombre véritable, profonde, passa dans son regard gris clair, une faille qui n’était ni calculée ni contrôlée.
- Je vois une possibilité, murmura-t-elle, une possibilité que je dois éteindre avant qu’elle ne nous consume tous.
Elle dégaina la lame dans un geste fluide, ancien, presque élégiaque, la lumière dorée du Sous-Monde dansant sur l’acier comme un souvenir de soleil vrai.Scar ne bougea pas, ne convoqua ni racines ni impulsions numériques, elle resta simplement là, offerte et invincible à la fois, son regard fixé sur la femme qui avait autrefois été Elara.
- Alors viens, murmura-t-elle enfin, si doucement que le mot sembla flotter entre elles comme une invitation et une menace à la fois, viens éteindre ta propre ombre, Elara. Viens voir si tu en es encore capable.
Et la Première s’avança, lame brandie, le pas redevenu déterminé mais portant toujours cette hésitation infime, cette curiosité mortelle, cette humanité qu’elle n’avait jamais complètement réussi à effacer.
Le combat, celui qui scellerait le sort de deux mondes, commença ainsi dans un silence presque sacré : non par la violence immédiate, mais par la proximité de deux femmes qui portaient en elles le poids de tous les ventres interdits, de toutes les mémoires effacées, de tous les futurs possibles, et entre elles l’air vibrait d’une intensité calme, d’une subtilité mortelle, d’une intelligence ancienne et nouvelle qui savait que la véritable victoire ne serait pas dans le sang versé.
La Première arrivait. Et avec elle, le moment où tout basculerait.

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