Chapitre 3 Sous la Toile

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Je pose la main sur mon visage.

Hop. Sourire.

Attirer les enfants.
Les enfants attireront les parents.
Voilà ma tâche.

Corvin compte sur moi.
Le Cirque compte sur moi.

Troisième village de la journée.

Je prépare mon plus beau sourire.

— C’est Milo !

Certains s’exclament.
D’autres éclatent en sanglots.

Aujourd’hui, je suis du mauvais côté du rire.

Peur ?
Moi ?
Allons… ce sont les adultes qui ont peur. Les enfants empruntent juste leurs cris.

Je souris plus fort.
Plus large.
Je sens mes joues tirer jusqu’aux oreilles.

Ça devrait rassurer.

Mais les cris montent.
Ils reculent.
Ils partent en courant.

Et je me retrouve seul sur la place.
Là où les enfants devraient jouer.

Silence.

Bon.

Ils veulent sûrement jouer à cache-cache.

Je fais apparaître des ballons.
Ils s’élèvent doucement vers le ciel.

— L’Arpenteuse Caravane est en ville !
— Dites à vos parents que c’est gratuit !

Un enfant s’approche.

Un seul.

Je m’accroupis pour me mettre à sa hauteur.

— Bonjour, jeune homme.

Il ne recule pas.
Il me regarde droit dans les yeux.

— Vous êtes Milo… de l’Arpenteuse Caravane ?

— En personne. Et toi, comment t’appelles-tu ?

— Vichss.

Vichss.
Un nom qui siffle comme un secret.

— Eh bien, Vichss, pourrais-tu dire à tout le village que nous sommes à vingt minutes de marche vers l’est ? Que ce soir, c’est gratuit ?

Je tends la main.

Un ballon apparaît, lentement.
Il prend la forme d’un visage chantant.
Les traits de Calliope, délicats, presque moqueurs.

— En échange, celui-ci est pour toi.

Il hoche la tête.
Il sourit.

Mission accomplie.

Je me relève.

Je commence à repartir vers le camp.

Puis je m’arrête.

Mince.

Je devais convaincre tout le village.
Pas un seul enfant.

Je regarde le ballon qui s’éloigne dans la main de Vichss.

Bon.

Parfois, un seul suffit.

Et puis…
j’ai eu la meilleure des récompenses.

Je m’installe au bord d’une rivière verte émeraude.
L’herbe est fraîche sous mes paumes.

Au-dessus de l’eau, Ansel est suspendu à son fil.
Immobile.
Comme s’il avait toujours appartenu au ciel.

Il s’entraîne.
Comme toujours.

Quand il m’aperçoit, il descend sans bruit et se tient debout devant moi.

— Comment ça se passe… depuis l’Incarnation ?

Il incline légèrement la tête.

— Je gère. Comme toujours. Tant que je me représente, je ne risque rien.

Je le fixe.

— Aucun signe de dérive ?

— Non.

Un silence.

Puis :

— Mais je le sens.

— Quoi donc ?

Il regarde la rivière.

— Que je n’ai pas terminé.

Je ne réponds pas.

— Il me reste quelque chose à faire. Quelque chose de… grand.

Il hésite à chercher le mot.

— Digne.

Je sens le vent sur l’eau.

— Tu es vieux, Ansel. Ton corps—

— Se rouille, oui.

Il ne sourit pas.

— Je le sais mieux que toi.

Il lève les yeux vers l’horizon invisible.

— J’ai envie de me suspendre à la Tour.

Le mot reste suspendu entre nous.

— Je t’avais dit de rester au stade de Manifestation.

Il me regarde.
Pas en colère.
Pas encore.

Juste… plus loin que moi.

Quarante ans que je le connais.

Est-ce la Voie qui parle en lui ?

Ou l’homme qui craint de ne pas finir ?

— Ne t’en fais pas, mon vieil ami, dit-il enfin.
— Je suis toujours avec vous.

Je ne réponds pas.

La rivière continue de couler.

Une semaine s’est écoulée depuis mon initiation sur la Voie du Prestidigitateur.

Kami me parle.

Je la vois double.

Ses lèvres bougent, mais les sons se déforment.

— Ooo… jou… rrr ..De …iii…

Je cligne des yeux.

Elle claque des doigts devant mon visage.

Le bruit me ramène.

— T’as failli perdre le contrôle, là. Vraiment ? Mais qui m’a refilé un incapable pareil ?

Je baisse les yeux.
Je fixais le grain de beauté sous sa lèvre.
Comme s’il était plus réel que le reste.

Je relève la tête.

Elle n’était pas si méchante.
Même si elle avait la main facile avec ses couteaux.
Elle les lançait sans prévenir.
Ils n’atteignaient jamais leur cible.

Je suppose qu’avec sa Voie… elle pourrait.

— Désolé.

Elle recoiffe ses longs cheveux bruns d’un geste sec.
Le vent les emporte.

— Bref. Je reprends. Ce soir, représentation gratuite. Première fois pour toi.
— Ne me fais pas honte.

Elle parle comme une menace.
Mais on s’attache vite à son sale caractère.

— J’y veillerai.

Le mot me paraît trop grand.

Je ne peux pas m’empêcher d’y penser.

Le massacre.
La semaine dernière.

Le visage de celui que j’ai vu.

Clair. Lucide.
Pas humain comme les autres.

Un porteur de Voie.

Mais laquelle ?

Je pourrais demander à Kami.

Elle me répondrait sûrement :

“Tu crois que je suis une encyclopédie des Voies ? Il y en a pour presque tout.”

Je soupire.

Il soupire encore. Comme si respirer lui coûtait plus d’effort que tenir debout.

Je vais finir par l’étrangler.

Il pense encore à son village.
À ses morts.
À ce qu’il a vu.

Il risque de perdre le contrôle avant même de monter sur scène.

Un initié qui se dissout dans ses souvenirs…

Il n’était peut-être pas fait pour cette Voie.

Et moi, je n’étais peut-être pas faite pour m’occuper de lui.

Je serre la mâchoire.

De toute façon, c’est trop tard pour reculer.

On ne choisit pas une Voie pour l’abandonner.

La nuit tombe.

Les lanternes s’allument une à une.
Jaune.
Orange.
Rouge.

L’odeur de sciure fraîche se mêle à celle du sucre chaud et des torches.

La toile de la grande tente respire avec le vent.

Mon cœur cogne contre mes côtes.

J’écarte le rideau.

La lumière me frappe.

Corvin entre.

Silence.

Il ne parle pas fort.
Il n’en a pas besoin.

Sa voix ne force rien.
Elle s’impose.

— Bienvenue.

La toile se tend.

Les lanternes brillent plus fort.

Les murmures se fondent en un seul souffle.

Parfait.

Je frappe ma canne contre le sol.

Un battement.

Les tambours répondent.

Les cœurs s’alignent.

La foule respire au même rythme.

Je n’impose rien.

J’harmonise.

Je laisse le silence gonfler une seconde.

— Pour ouvrir ce spectacle…
— Je vous présente le clown de l’Arpenteuse Caravane !

Quelques rires nerveux.

Je souris légèrement.

— Nul ne sait s’il est venu pour vous faire rire…
— ou pour vous faire frissonner.

Un temps.

— À vrai dire… lui-même hésite encore.

Corvin m’annonce.

J’arrive en retard.

Évidemment.

Je trébuche en entrant sur la piste et m’étale de tout mon long.

Un silence.

Je me redresse lentement.

Main sur le visage.

Visage en colère.

La foule hésite.

Je le sens.

Un enfant pleure.

Je tourne la tête vers lui.

Sa petite ombre tremble derrière lui.

Je l’attrape.

Je la tire.

Elle grandit.

Encore.

Encore.

Elle devient immense.
Monstrueuse.

Je pointe l’enfant du doigt.

— Comment quelqu’un qui dégage une aura pareille peut-il avoir peur ?

Je change de masque.

Visage terrifié.

L’ombre se retourne contre moi.

Elle m’attrape.

Je me débats.

Je tombe.

Le sol me renvoie comme une balle.

Je rebondis.
Encore.
Encore.

La foule retient son souffle.

Je le sens.

Je frappe l’ombre.

Elle explose en fumée noire…
puis se reforme derrière l’enfant.

Petite.

Docile.

Je lui fais une révérence.

Rires.

Vrais rires.

La tension se casse.

Je replace mon masque.

Sourire immense.

Et je continue.

Milo a relâché la tension.

Comme toujours.

Il joue avec la peur qu’il inspire.
Peut-être sans même le savoir.

Mais le résultat est là.

La foule rit encore.

Je reviens au centre de la piste.

Je lève légèrement la main.

Le brouhaha descend d’un cran.

Je ne force rien.

Je guide.

— Intéressant… intéressant.

Je laisse le mot flotter.

— Et maintenant…

Je pivote lentement.

Les lanternes vacillent.

— Que diriez-vous d’un spectacle plus… sauvage ?

Un grondement lointain traverse la toile.

— Accueillez notre dompteuse.

Un battement.

— La femme qui marche entre l’homme et la bête.

Les ombres s’allongent.

— Ranvia.

J’avance lentement.

Corvin me l’a dit un jour :

Laisse d’abord entrer tes bêtes.
Laisse le public sentir leur odeur.
Les craindre.
Laisse les yeux des fauves apparaître dans la lumière avant que l’on ne te voie.
Donne-leur le frisson qu’ils cherchent.

Alors je reste dans l’ombre.

Mon sabre entre le premier.

Sa masse fend la sciure.

Ses épaules roulent sous la lumière.

Le Faucon de Lune plane au-dessus de lui, silencieux.

Les spectateurs retiennent leur souffle.

Les yeux brillent.

Jaunes.
Froids.

Quand le silence devient dense…
j’entre.

Fouet en main.

Cassian a embrasé les cerceaux comme je le lui ai demandé.

Les flammes dansent.

Les autres déplacent les décors sans bruit.
Eux aussi sont essentiels.

Je claque le fouet.

Pas pour punir.

Pour guider.

Mon sabre bondit.

Passe dans le feu.

La chaleur lèche sa fourrure.

Le Faucon plonge entre les flammes.

La foule hésite.

Puis la peur change.

Je la sens.

À l’odeur.

Elle devient admiration.

— Ranvia… tes bêtes font toujours aussi peur.

Je laisse un léger sourire passer.

— Mais tu les contrôles avec une précision remarquable.

Le sabre s’approche de moi.

Trop près.

Il grogne.

Un son bas. Vibrant.

— Oula… Sabre n’est pas d’humeur.

Je sens une goutte de sueur glisser le long de ma tempe.

Je vis entouré de personnes dangereuses.

Peut-être trop.

Mais c’est aussi pour cela que le cirque tient.

Ranvia incline légèrement la tête.

Ses bêtes se retirent.

Le public relâche enfin son souffle.

Je reprends le centre de la piste.

— Et maintenant…

Je laisse le silence s’étirer.

— Il est temps d’élever vos regards.

Les lanternes montent d’un ton.

— Vous l’adorez.
— Je le sais.

Un murmure traverse la tente.

Je lève la canne.

— Ansel.

Je marche.

Au-dessus d’eux.

Lentement.

Le fil tremble sous mes pas.

Avant, j’en avais besoin.

Plus maintenant.

Je laisse la tension disparaître.

Le fil s’efface.

Je continue.

L’air suffit.

Un souffle traverse la tente.

Je ne regarde personne.

Je ne marche pas pour eux.

Je marche pour la ligne invisible que je sens au-dessus du monde.

Je lève la main.

La tente penche.

Un cri.

Les spectateurs glissent…
retenus par des fils qu’ils ne voient pas.

Moi, je reste droit.

Toujours droit.

Je regarde le sol.

Je laisse mon corps basculer.

Une seconde.

Deux.

Je tombe.

Puis je m’arrête.

Suspendu.

Un seul doigt contre le vide.

Le vide répond.

Je me redresse.

Je marche.

Sur ce doigt.

Simple.

Silencieux.

Et terriblement nécessaire.

C’était terrifiant. Ansel n’avait jamais influencé l’environnement de cette manière, encore moins les spectateurs. Pendant une seconde, j’ai senti l’équilibre du cirque vaciller. Une seconde seulement. Je n’ai rien laissé paraître.

Je sens un léger décalage dans l’air.

Je frappe la canne.

Un battement.

La tente retrouve son axe.

— À couper le souffle, Ansel.

Ma voix est stable.

Comme toujours.

Il s’incline.

Pas pour moi.

Pour eux.

Puis il disparaît dans l’ombre.

Je laisse le silence une seconde de trop.

Puis je souris.

— Et maintenant…

— Permettez-moi de vous présenter un nouveau visage.

Un frisson léger traverse la foule.

— Il s’appelle Riven.

Je tourne légèrement la tête vers les coulisses.

— Il sera accompagné de Kami.

Je laisse planer.

— Je vous laisse deviner son rôle.

Un murmure.

Je sens la tension revenir.

Parfait.

Je l’ai vu suspendu sur un seul doigt, comme si le vide l’acceptait mieux que le monde. Moi, je ne tiens même pas debout sans trembler. Une partie de moi était fascinée.

— À nous.

Kami parle sans me regarder.

Je hoche la tête.

Mes mains sont moites.

Je sens encore la tente respirer.

Ansel a laissé quelque chose dans l’air.

Je pousse le rideau.

La lumière me frappe.

Ils sont nombreux.

Kami m’avait dit qu’il y avait moins de monde que dans les villes. J’essaie d’imaginer ce que doit être une représentation à Vammilia. Si ce village suffit à rendre mes jambes lourdes, combien de regards supporterai-je là-bas ?

Kami s’avance.

Un couteau siffle.

Il se plante à un centimètre de mon épaule.

La foule sursaute.

Je souris.

Ou j’essaie.

Je fais apparaître un foulard.

Puis deux.

Puis trois.

Ils se multiplient.

Ce n’est pas spectaculaire.

Mais c’est précis.

Kami lance.

Je disparais.

Le couteau traverse mon image.

Je réapparais derrière elle.

Applaudissements.

Polis.

Je le sens.

Je fais apparaître une pluie de cartes.

Elles flottent autour de nous.

Kami les découpe en plein vol.

C’est beau.

Mais je sais.

Je sais que ce n’est pas encore ça.

Je lève les yeux.

Les lanternes.

La toile.

Le vide.

Un jour.

Peut-être.

— Pas mal… pour un nouveau, non ?

Je lance la phrase vers la foule.

Mais elle est pour lui.

Je vois son regard.

Il se juge plus durement que n’importe quel spectateur.

Il n’est pas parti sous les huées.

Pas comme Kami lors de sa première.

Au contraire.

La foule n’est pas en délire.

Mais elle respire à l’unisson.

C’est suffisant.

Parfait, même.

Je frappe la canne.

Un battement.

— Et maintenant…

Je laisse le silence s’épaissir.

— Vous êtes sans doute venus pour elle.

Les lanternes montent d’un ton.

Un frisson traverse la tente.

— La chanteuse aux multiples visages.

Un souffle collectif.

— Calliope.

La bulle éclate.

Silence.

Un sourire trop large.

— Ah…

Les esprits mineurs s’allument.

— Leurs règlements, règlements, règlements !

Flammes bleues.

— Trop grands pour leurs propres épaules !

Les flammes montent.

— Leurs sermons bien polis, bien polis, bien polis—

Un rire sec.

— Gardez-les pour vos salons dorés !

Les esprits deviennent rouges.

— Ils parlent d’honneur !

Un pas.

— Mais vendent leurs mots !

Les flammes explosent en cercle.

— Ils parlent d’ordre !

Un battement brutal.

— Mais vivent de chaos !

La musique accélère.

Les flammes vibrent au rythme de ma voix.

— Hypocrites !

Elle continue de chanter.

La foule est en délire.

À chaque refrain, les voix montent plus fort.

Rien ne rassemble mieux un village que quelques vérités jetées aux nobles.

Les flammes s’éteignent lentement.

Le silence retombe.

Je reprends le centre de la piste.

— Bien.

Ma voix est posée.

— J’espère que cela vous a plu.

Un léger sourire.

— Le rideau va maintenant se fermer.

Je frappe la canne.

— Rentrez prudemment.
— Et n’hésitez pas à parler de notre nouveau talent autour de vous.

Un murmure enthousiaste.

Parfait.

S’ils avaient voulu envoyer un message en attaquant le village, je leur en renvoyais un à mon tour. Le survivant ne se cachait pas. Il suivait désormais une Voie. Les villageois parleraient, comme ils parlent toujours. Et si ces hommes étaient encore dans les environs, ils comprendraient.

Quand Calliope quitte la piste, je reste figé un instant.

Je l’avais déjà admirée. Mais la voir ainsi, de près, sans la lumière ni les flammes, me troublait davantage encore. Sur scène elle brûle. En coulisse, elle semble presque fragile.

Je la rejoins avant qu’elle ne disparaisse dans l’ombre.

— C’était… impressionnant.

Les mots me paraissent trop faibles.

— Tu n’es pas du tout comme ça d’habitude.

Elle incline légèrement la tête.

— Je ne fais que suivre ma Voie.
— Elle prend la forme que le moment exige.

Sa voix est redevenue douce.

Les flammes n’étaient plus qu’un souvenir dans l’air.

Je remarque ses cicatrices.

Elles ne la rendent pas moins belle.

Au contraire.

Je détourne les yeux trop tard.

Je me sens ridicule.

Un jour, peut-être, je pourrai embraser une foule comme Calliope. Ou suspendre le monde comme Ansel. Mais pour l’instant, je me contente de faire disparaître des foulards.

Le matin, je démonte les tentes.

La toile est encore humide.

La sciure colle aux bottes.

Rien à signaler cette nuit.

Pas d’odeur suspecte.
Pas de trace autour du camp.

Quand Riven sort enfin de sa roulotte, je le regarde.

Il a mal dormi.

— On décampe. Viens m’aider.

Il ne discute pas.

Il s’exécute.

Bien.

Il porte encore ses gestes comme un nouveau, mais il apprend vite.

Au bout d’un moment, il demande :

— On va où ?

Corvin me l’a dit hier soir.

— Vammilia. La capitale maritime.

Je serre les cordages.

— Deux semaines de marche.

Le mot “capitale” fait toujours quelque chose aux nouveaux.

Je le vois dans ses yeux.

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