Dis, Moi...

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V’nez on se lâche, on respire, on s’fout la paix, on s’fout du monde et des on-dits. V’nez on vie, on crée on crie, on hurle sur tout c’qui entrave.

La vie coule, elle bataille, v’nez on décrispe, on laisse, on laisse venir ce qui doit être, ce que l’on sent, au fond, ce qui existe mais que l’on nie. On laisse, on laisse.

V’nez on bouge, on dérange, on surprend. Les autres beaucoup, sûrement. Peut-être. On s’fout d’eux, c’est d’nous qu’il s’agit, de Moi qu’on entends, faut-il encore qu’ils s'taisent.

Moi, qu’est c’qui dit ?

On l’entend, j’te jure, tends, tends l’oreille. Toujours pas ? Écoute bien.

Qui est Moi ?

T’as peur, t’as la trouille, la distraction facile, surtout ne pas l’voir. Ce s’rait tourner l’dos à c’que tu t’persuades, s’mentir c’est plus facile, plus souhaitable.

Aimable.

Tu t’aimes ? Pourtant j’sais que tu t’scrutes, regard tranchant. Est ce qu’ils aiment Moi ?

Surtout pas. Pas assez.

Moi en cage. Aimable comme ça. M’dit pas qu’tu t’sens vivant.

Tu te nies.

Tu fais semblant.

L’pire ? Tu crois voir Moi, mais Moi est jugé, mesuré, découpé, disséqué, analysé, taillé, fondu, cabossé encore.

L’est où déjà c’moule ?

C’est lequel ? T’as des sueurs. Pas se tromper.

Moi rentre ?

Il est de bonne forme, de bon fond ? Moi reste coller au fond au démoulage, déborde, reste liquide ? Rajoutes’y plus, une pincée par-ci par-là… C’est bien ?

Jamais.

Ils se penchent, hument, goûtent… couleur, arôme…

Ce Moi t’insupportes. c’qu’il est laid. L’autre est mieux, ragoûtant, beau, luxueux, soigné, réalisé d’une main de maître, chef-d’oeuvre implacable de faux-vrai. Moi d’en face est plus. Mieux. Aimable.

Ecoute !

Ecoute !

Tu l’sais au fond. T’es faux.

Moi c’est pas c’que tu polis dans ton miroir.

Moi c’est celui que tu musèles dans le noir, à grands coups de bâton, d’indifférence crasse.

Moi c’est lui que t’ignores. Tu sais où il est et tu l’écoutes parfois. L’intuition tu dis. C’est juste Moi qui souffle un râle d’espoir dans ton oreille sourde.

Moi tu sais plus l’comprendre.

Tu parles plus la même langue, le même patois.

Faux-Moi est palpable. Tu l’aiguises chaque jour, l’affûte.

Le hais.

Ingrat. Sans Moi, pas de Faux-Moi.

Pas de peut-être-aimable, pas de presque-parfait-mais-non-pas-assez. Rien à comparer. Rien à performer.

Moi donne TON sens à TA vie.

Faux-Moi perd son Moi.

Faux n’est qu’une ombre projetée sur un mur.

Faux se déguise mais Faux souffre.

Faux ne sais pas, trop de bruits. Il entend, écoute plus, comprends plus, ne veux pas, plus.

Un jour Faux s’prend un mur. S’écroule. Des débris, Moi s’arrache. Faux, s’étiole, Moi s’ébroue, Faux en lambeaux sur ses épaules.

Faux murmure : Dis, Moi, tu m’disais ?

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