Journal du Gutuater (Entrée IV – Lucius Aemilius)
Il fit un signe aux gardes.
On me laissa passer.
Il m’adressa un mot bref.
Je compris vaguement qu’il m’invitait à le suivre.
Je le suivis.
Entrer dans Avaricum ne ressemblait à rien de ce que les films m’avaient vendu.
Pas de marbre.
Pas de colonnes.
Du bois.
De la terre.
De la fumée.
Et des regards.
Beaucoup de regards.
Lucius Aemilius — j’appris son nom un peu plus tard — avançait avec assurance.
On le saluait.
Pas comme un gouverneur.
Plutôt comme un homme dont on attend quelque chose.
Il me parla en marchant.
Je compris qu’il disait en latin quelque chose comme :
« Tu n’es pas marchand. »
« Tu n’es pas soldat. »
« Tu n’es pas esclave. »
Il me lança un regard qui signifiait très clairement :
Alors quoi ?
Je haussai les épaules.
Il eut un souffle bref, presque amusé.
Curieux.
Plus intrigué qu’inquiet.
Il m’emmena dans une maison plus vaste que les autres.
Pas luxueuse.
Mais solide.
Organisée.
À l’intérieur : une table.
Du pain.
Du fromage.
Du vin coupé.
Il posa la main sur la table.
Je compris qu’il me disait de m’asseoir.
Je m’assis.
Il coupa un morceau de pain et me le tendit.
Ce n’était pas de la générosité.
C’était une manière très romaine de dire :
Tu es sous mon toit.
Par un homme de vingt ans mon cadet.
Il s’assit en face de moi.
Il ne mangea pas tout de suite.
Il m’observait.
Longuement.
Puis il prononça de nouveau :
— Berria.
Cette fois, ce n’était pas une question.
C’était un problème.
Il n’était pas convaincu.
Moi non plus.
Et je compris qu’à partir de maintenant, il allait vouloir des réponses.

Annotations