Journal du Gutuater (Entrée VI – Le cantor)
Lucius posa de nouveau la question d’un simple regard.
— Cantas ?
Je hochai la tête, tout en faisant un petit geste de la main qui voulait dire pas tout à fait.
Il ne comprit pas.
Il attendit.
Ah.
Donc c’était maintenant.
Je pris une inspiration.
Et je chantai.
Faux.
Très faux.
Je me sentais tel l’arme de destruction massive que redoutent nos chers Gaulois armoricains, ceux des BD.
Détruisant alégrement l’harmonie.
Quelque chose d’indéterminé, vaguement mélodique, composé d’un enchaînement de syllabes qui auraient fait honte à un élève de CE1.
— La… la… la lune est haute…
— La… la… la terre est… belle…
Pourquoi ces paroles ?
Je n’en avais aucune idée.
Lucius ne bougeait pas.
Son expression ne changeait pas.
Il attendait que cela s’améliore.
Cela ne s’améliora pas.
Je m’arrêtai.
Silence.
Je toussotai, comme si une toux pouvait effacer ce qui venait de se produire.
— Musica… instrumento.
Je mimai un instrument à cordes.
Il comprit.
Il inclina la tête.
— Cithara ?
Je supposai que cela signifiait « lyre ».
Je hochai la tête avec l’assurance d’un imposteur.
— Oui. Cithara.
Très bien.
Je venais d’être promu barde sans instrument.
Lucius sembla satisfait.
Ou du moins… pas encore déçu.
Il déclara quelque chose que je compris vaguement comme :
« Nous verrons. »
Ce qui, dans n’importe quelle langue et à n’importe quelle époque, signifie :
Tu vas devoir prouver.

Annotations