Journal du Gutuater (Entrée XIII – Préparation)
Lucius m’annonça la nouvelle comme on annonce un changement de saison.
— Toutomaros.
Il ne précisa pas davantage. Son ton suffisait à comprendre que nous ne parlions ni d’un artisan, ni d’un marchand.
Puis ajouta quelques mots que je traduisis approximativement :
« Important. »
« Respect. »
« Pas d’improvisation. »
Je hochai la tête avec le sérieux d’un élève médiocre convoqué chez le proviseur.
La préparation commença immédiatement.
D’abord mes vêtements, à l’évidence inacceptables de son point de vue. Lucius apporta une tunique, puis une autre, puis encore une autre, tant et si bien que je finis par me demander si sa profession ne relevait pas davantage du conseil en image que du commerce.
Après de longues hésitations, son choix se porta finalement sur une laine épaisse, teinte d’un bleu sombre, bordée d’un liseré discret. Il y ajouta des braies à carreaux, qu’il semblait lui-même répugner à porter, mais qui, selon lui, m’allaient parfaitement.
Un savant mélange de tenues romaines et gauloises. Un peu comme moi, finalement.
Comme un compromis soigneusement calculé.
Il ajusta lui-même la ceinture, tira légèrement sur le tissu aux épaules, rectifia le col.
Puis, sans un mot, releva mon menton du bout des doigts. Il observa mon visage, le fit légèrement pivoter, de haut en bas, de gauche à droite, comme on examine un objet dont on cherche encore le défaut.
Il lissa une mèche de cheveux avec une précision irritante, me fit tourner sur moi-même, corrigea ma posture d’une pression ferme dans le dos.
Enfin, il prit un léger recul.
— Bene.
Pour le reste, je devais me tenir droit, mais pas défiant.
Présent, mais effacé.
Tout était affaire de mesure.
Je demandai, prudemment :
— Roi ?
Il esquissa un demi-sourire.
— Non.
Puis il prononça plus lentement :
— Toutomaros.
Je répétai le nom.
Il acquiesça.
Toutomaros n’était pas roi.
Mais il était suffisamment proche du pouvoir pour que Lucius choisisse avec soin chaque pli de ma tunique.
Nous quittâmes la maison un peu avant la fin de la matinée.
Avaricum vibrait d’une activité tranquille : martèlement des forgerons, raclement des outils, discussions sur les étals, fumées des foyers chargées d’odeurs de pain, de cervoise et de ragoûts.
Je sentais les regards glisser sur moi, s’arrêter un instant, puis repartir.
La demeure de Toutomaros dominait légèrement le quartier.
Pas un palais mais une demeure plus vaste, digne de son statut.
Deux hommes armés gardaient l’entrée.
Lucius s’arrêta un instant.
Il posa la main sur mon épaule.
Un rappel ? Une démonstration ? Ou simplement une manière de signaler aux autres que j’étais avec lui. Peut-être.
On annonça notre présence.
Je pris une inspiration.
Le jeu changeait d’échelle.

Annotations