Journal du Gutuater (Entrée XVIII – Quel est ton peuple ?)

2 minutes de lecture

Les conversations comme les boissons circulaient plus librement.
Lucius parlait toujours à voix basse avec Toutomaros, penchés l’un vers l’autre comme deux hommes qui « conspirent » davantage qu’ils ne célèbrent.
Je versais, surveillais que les verres restent remplis, en faisant mine d’ignorer ce qui m’était destiné.

C’est alors qu’un noble, du nom de Sintorix, à la tenue élégante par rapport aux gens croisés en ville, et à l’évidence d’un haut statut, me dévisagea, puis, se tournant vers Lucius comme pour demander la permission ou simplement l’informer, me demanda dans un latin que je qualifierais de rude la chose suivante :

— Tu es de quel peuple ?

Personne ne sembla remarquer plus que ça, mais quelques regards se déplacèrent.

Quant à Lucius, je cherchais instinctivement son regard, son approbation, tandis qu’il restait immobile, impassible.

Je n’avais pas de peuple, du moins pas au sens où on l’entend ici. En toute sincérité, à cet instant, inventer une tribu aurait été absurde, voire dangereux.

Pour seule façade sociale, et soutien ou appartenance reconnue, je n’avais qu’un nom à donner.

Et c’est dans ce lien que je me réfugiais en répondant simplement :

— Je suis avec Lucius.

Après un léger murmure, Sintorix plissa les yeux.

— Je ne demande pas avec qui tu es.

Il marqua une pause.

— Je demande d’où tu viens.

Ici, on existe par sa terre, par son clan, par ses serments et alliances. C’est ainsi que la société se structure.

N’ayant rien de tout cela, je tentai de préciser ma pensée :

— Sous la tutelle de Lucius.

Sintorix tourna enfin la tête vers Lucius, qui ajouta sans sourciller quelques mots en gaulois que je ne compris pas entièrement.

Aucune autre question ne me fut posée. La hiérarchie, tant gauloise que romaine, avait parlé.

Je n’étais pas un homme sans clan… juste celui d’un autre.

Ici, l’identité n’est pas qu’une origine, elle est un lien.

Et ce soir-là, je venais de choisir le mien publiquement.

Lucius ne me regarda pas.

Mais en quittant la salle plus tard, il posa brièvement sa main sur mon épaule.

Pas pour me corriger.

Simplement pour marquer que la réponse était la bonne.

Annotations

Vous aimez lire Aurelian3310 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0