Journal du Gutuater (Entrée XXII – Banalités)

Une minute de lecture

Le lendemain du banquet, la cité ne semblait pas différente.

Et pourtant.

Les rues étaient les mêmes.
La boue près des palissades.
Les étals encore humides du matin.

Les artisans qui s’activent.

Mais les regards avaient changé.

On me fixait toujours.
Seulement, ce n’était plus la même chose.

Je n’étais plus une étrangeté.

J’étais un étranger identifié.

Un homme qui avait joué.
Qui avait osé chanter devant le roi.
Et que Lucius avait laissé faire.

Un marchand me lança quelques mots en gaulois.

Je ne compris pas grand-chose.

Il rit.

Pas méchamment.

Il répéta plus lentement.

Je répondis avec maladresse.

Il hocha la tête.

C’était peu.

Mais c’était nouveau.

Lucius m’avait laissé sortir seul.

Avant cela, il m’avait arrêté près de la porte.

Pas sans vérifier mon allure.

Toujours les mêmes gestes.

— Tu me représentes.

Ce n’était ni une menace, ni une intrusion.

C’était une nécessité.

Presque une obligation.

Du moins de son point de vue.

J’étais relativement libre, mais sous contrôle.

En observation permanente.

Je pouvais marcher sans lui.

Mais jamais sans son ombre.

Une femme que j’avais vue au banquet m’adressa un signe discret.

Puis un enfant tenta de reproduire la mélodie de ma chanson.

Je ris avec lui.

Ce détail me surprit plus que tout.

On riait avec moi.

Les jours suivants se ressemblèrent.

Je notai encore.

Par habitude.
Par besoin de conserver les choses.

Avaricum ne changeait pas chaque matin.

Le commerce suivait son rythme.

Les négociations revenaient.

C’était moi qui changeais.

Je décidai alors de n’écrire que ce qui me marquerait réellement.

Les événements importants.
Les faits singuliers.
Ou simplement ce qui m’interpellerait.

Avec le temps, on s’habitue.

Trop vite.

Ou pas assez.

Les choses cessent d’être spectaculaires.

Elles deviennent banales.

Affreusement banales.

Le reste appartiendrait à la vie.

Et je me laisse désormais porter par les remous des rivières qui bercent Avaricum.

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