Journal du Gutuater (Entrée XXIV – Le feu qui lie)

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Nous partîmes après le crépuscule.

Les feux d’Avaricum avaient été réduits.
On avait laissé mourir les foyers domestiques.

Un seul brasier brûlait encore, au-delà de la palissade.

Lucius arborait cette tunique sombre qu’il réserve aux soirées où l’on ne marchande pas.

— Ne t’éloigne pas.

Je hochai la tête.

Les roseaux bruissaient.
L’air avait cette odeur d’humus froid qui annonce l’hiver.

Le cercle de feu apparut lorsque nous franchîmes la légère élévation.

Un feu central.
Autour, des torches plantées dans le sol.

Des silhouettes disposées en anneaux concentriques.

Les druides étaient déjà là.

Je les reconnus à leur immobilité.

Ni théâtraux.
Ni exaltés.

Un homme au centre parlait.

Puis un autre.

Deux clans.

Je compris quelques mots.

On s’accusait d’avoir déplacé des bornes après la récolte.
De dettes.
De transactions et de livraisons de bétail non respectées.

Le druide principal leva la main.

Le silence tomba comme une pierre.

Il parla longuement.

Pas en colère.
Pas en faveur de l’un ou de l’autre.

Il rappela les serments anciens, évoqua les ancêtres communs, et rappela ce qui lie.

Pas ce qui divise.

Puis il trancha.

Chacun assumerait une part des dépenses.
Des compensations, visiblement jugées équitables, furent proposées.

Enfin, ce qui s’apparentait à un renouvellement des serments eut lieu.

Les deux représentants des clans concernés posèrent la main sur une lance plantée près du brasier.

Préalablement chauffée.

Juste assez pour officialiser la décision par la chaleur et le feu.

La tension se dissipa.

À l’évidence, il s’agissait d’un événement solennel bien au-delà d’une simple célébration.

Le druide poursuivit.

Il nomma les alliances, les affaires conclues, les accords respectés et à venir.

Lucius fut appelé.

Il ne s’agenouilla pas.
Pas plus qu’il ne s’inclina.

Il se contenta d’avancer d’un pas mesuré.

Quelques mots furent échangés.

Je n’en compris pas la totalité.

Seulement : commerce, engagement respecté… et quelque chose comme confiance.

Lucius confirma.

La coopération continuerait.

Rien de spectaculaire.

Mais public.

Puis le druide se tut un instant.

Son regard balaya le cercle.

Il parla de nouveau.

Je compris seulement ceci :

— Un homme vit parmi nous.
— Sans terre.
— Sous parole étrangère.

Le silence changea de texture.

Je sentis les regards se poser sur moi.

Je restai immobile.

Un peu fébrile.

— Qui répond de lui ?

Lucius n’hésita pas.

On me fit signe d’approcher.

Je me retrouvai dans la lumière du feu.

Pris au dépourvu.

Pas préparé.

Lucius parla.

Un seul mot.

— Ego.

Moi.

Le druide observa Lucius.

Puis moi.

— Puisque tu réponds de lui, notre foyer sera le sien.

Il me fit signe d’approcher du feu.

Je m’attendais à une formule compliquée.

Il ne me demanda qu’une chose :

poser la main sur la lance déjà touchée par les deux chefs de clan.

Je la posai.

Le bois était tiède.

Le druide prononça quelques mots que je compris à moitié.

Des mots comme paix, accueil, foyer… maison.

Aucune proclamation.

Mais lorsque je reculai dans l’ombre, quelque chose avait changé.

Je n’étais plus seulement l’homme de Lucius.

Je devenais un résident officiel.

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