Journal du Gutuater (Entrée XXV – Tous les chemins proviennent de Rome)
Depuis la fête, je faisais désormais partie intégrante du paysage.
Les regards curieux s’étaient mués en acceptation pleine et sans question.
Les jours s’écoulaient comme d’ordinaire.
J’effectuais les livraisons.
Je notais les arrivées de marchandises.
Je consignais les recettes et les dépenses.
Entre deux tâches, je flânais en ville en sifflotant des airs inconnus ici.
Mais aujourd’hui, quelque chose changea.
Je le perçus dans le regard de Lucius.
Lors de la réception d’amphores et de marchandises, un transporteur romain lui remit un pli scellé.
Nous en parlâmes plus tard.
Apparemment, un membre de sa famille à Rome demandait — pour ne pas dire exigeait — sa présence.
Je lui demandai timidement s’il comptait s’y rendre.
J’espérais qu’il dirait oui.
Et qu’il m’emmènerait avec lui.
Imaginez.
Contempler Rome à cette époque.
Les rues.
L’agitation.
Les arènes.
Les aqueducs.
Et puis les thermes.
Sans compter les latrines.
Oui, les latrines aussi.
Je vous passerai les détails sur le système d’Avaricum, mais c’est… comment dire… rudimentaire.
Même si, étonnamment, bien organisé.
Bref.
Il ne répondit pas immédiatement.
Pas avant le soir, lorsque nous fûmes seuls.
Je mangeais comme d’habitude lorsqu’il me lança, sans prévenir, comme toujours :
— Tu es curieux ?
— Curieux de quoi ?
— De Rome.
Je répondis que oui.
Avec un enthousiasme presque excessif.
Devant cet engouement, il ne put réprimer un sourire.
Un vrai.
Spontané.
Pas celui de façade.
Puis il dit simplement :
— C’est dangereux. Nous n’irons pas.
J’étais déçu.
Mais je réalisai après qu’il avait dit nous.
Pas je.
Comme si ma présence allait de soi.
Même pour un voyage.
Je ne l’interrogeai pas davantage.
Quand la nuit fut bien avancée, je le rejoignis dans sa chambre.
Je ne dormais plus seul dans la pièce centrale.
Plus depuis que mes cauchemars, après mon arrivée, le réveillaient.
Je dormais mieux avec lui.
Et lui aussi.

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