Journal du Gutuater (Entrée XXXIV – Divagations)
Aujourd’hui, je réalise pleinement une chose.
Depuis la visite des Arvernes, cela me tourne dans la tête.
Et Lucius me tanne avec ça.
Comment vous expliquer.
Je ne suis pas complètement inculte en Histoire. Sans être non plus un connaisseur aguerri.
Mais.
Parce qu’il y a un mais.
Dans quelques décennies, Avaricum tombera.
Face à César.
Les Bituriges, les Arvernes et d’autres tiendront les lignes ensemble.
Et ils seront écrasés.
Je sais que je ne dois pas penser à cela.
Et de toute façon, personne ne m’écoutera.
Ou ne me croira. Ou les deux.
Mais si, juste si, je pouvais éviter le massacre annoncé ?
Si Alésia n’avait pas lieu.
Si la Gaule s’unifiait autrement.
Je ressasse. Je ne devrais pas.
Je suis impuissant.
Mais pire encore, Lucius me harcèle.
Je crois qu’il a vaguement compris ce que j’ai écrit un soir.
J’ai peur.
Peur de ce qu’il pourrait faire de ces informations.
Et s’il se jouait complètement de moi depuis le début ?
Pour une fois, je lui ai répondu comme lui :
— Pas tes affaires.
Il m’a regardé. Surpris.
Et je suis sorti.
Marcher.
Dans la forêt, pas loin. Là où l’on croise quand même d’autres promeneurs.
Lucius ne m’a pas retenu.
Ni réprimandé.
J’ai hâte de le voir tout en voulant le fuir.
Je le pensais derrière moi.
Il n’est pas là.
Sachez que je suis sincèrement navré de vous imposer ces pensées désordonnées.
Mais j’en avais besoin.
Pour Lucius, je lui expliquerai plus tard.
Peut-être.
Si je ne suis pas à la rue en rentrant.
Dans ma prochaine chronique, je vous parlerai des druides.
Et de ceux à qui l’on peut tirer les vers du nez moyennant quelques mesures d’hydromel.
À très vite.

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